Ayant accepté la requête de l'ange Horcosfon, je réparai et fis revivre les anges camarades détruits.
Cependant, ces anges ressuscités avaient été restaurés en combinant les pièces de deux corps ou plus, si bien qu'il était impossible de savoir qui était qui.
La scène se poursuit depuis ce moment.
…………
« Oui, c'est bon pour aujourd'hui. »
Moi, Horcosfon, et l'ange rapiécé tout juste réparé.
Une voix que je n'avais jamais entendue résonna soudain dans cette salle de travail qui ne devait contenir que nous trois, et je sursautai.
« J'ai eu peur moi ! »
Je regardai : un jeune homme au visage fin et à l'allure d'un beau garçon, que je n'avais jamais rencontré, flottait mollement dans les airs.
Il avait un visage allongé et beau, mais une impression de fatigue indistincte se dégageait de lui. Me demandant où j'avais déjà vu cette atmosphère, je réalisai qu'elle était identique à celle du livreur du monde d'avant.
Pourtant, ce n'était pas un homme ordinaire.
Il tenait un bâton unique autour duquel s'enroulaient deux serpents vivants.
Qui plus est, il y en avait deux.
Celui qui porte de telles choses avec un air décontracté ne peut être un personnage ordinaire.
« Je suis Hermès. Dieu de la sagesse et de la connaissance appartenant au Ciel. »
Alors que j'étais perplexe, l'autre se présenta de lui-même.
……
Hein ? Un dieu ?
« Un dieu, comme Hadès-sama et les autres… !? Sans même avoir été invoqué par le maître !? »
Le dieu de la sagesse à l'allure de beau garçon fit tournoyer son bâton tout en parlant.
« En ma qualité de messager des dieux, je bénéficie d'une plus grande marge de manœuvre que les autres. Même sans invitation de ton voisin, le Roi Immortel, je peux descendre sur terre si j'ai un motif légitime. »
Hé…
Oui…
« Je souhaite constamment être un dieu bienfaisant pour les enfants des hommes. Comme mon frère Héphaïstos, qui t'a offert le "Porteur Suprême". C'est précisément pour cela que je suis descendu en urgence sur la terre. »
Le regard du dieu de la sagesse à l'allure de beau garçon glissa vers l'ange qui venait de revivre.
« … Mais quel prodige tu as fait revivre là. Même avec le don d'Héphaïstos, je n'aurais jamais cru qu'un être vivant de la terre puisse réparer un ange. »
« Euh… ! C'était donc vraiment impossible, après tout ? »
Je m'en doutais vaguement, mais il semble qu'Hermès ait détecté la résurrection de cet ange rapiécé et se soit empressé d'accourir.
« Évidemment. Tu as dû entendre d'Hadès à quel point les anges sont terrifiants. Un seul ange est une menace capable de détruire la surface. Le fait qu'on ait toléré la présence de celui-ci était déjà une exception parmi les exceptions. »
Et Hermès désigna Horcosfon de son bâton orné de serpents.
… Oui.
Pour cette fois, je suis profondément reconnaissant d'avoir eu gain de cause pour notre égoïsme !
« À la base, la protection de la surface relève du devoir des dieux de la Terre comme Hadès, mais comme les anges ont été créés à l'origine par les dieux du Ciel, nous en portons aussi la responsabilité. C'est pourquoi je suis descendu. »
« Euh… Alors, cet ange ressuscité… ? »
« Bien sûr, la règle voudrait qu'on le détruise à nouveau pour qu'il ne puisse plus revivre, ou qu'on le scelle. »
Pas possible !!
Pourtant, je me suis donné tant de mal pour le réparer !!
« Je veux que tu comprennes à quel point les anges sont dangereux. L'autre jour, à propos de cet ange… »
Hermès désigna à nouveau Horcosfon.
« … L'affaire de sa dissimulation a fait monter Hadès et Poséidon dans une colère noire jusqu'au Ciel. Ils étaient bien décidés à enfermer notre père dieu pervers au Tartare pour de bon. »
Il veut dire que l'existence des anges est suffisamment grave pour mettre les dieux principaux dans un tel état.
« Et… Zeus-sama… ? »
« Lui, il s'est mis à plat ventre pour s'excuser, alors on a réussi à réduire la peine à mille ans de retraite. D'habitude il fait le fier, mais il n'a absolument aucune fierté, ce dieu pervers. »
Comment dire ?
Dans la bouche de ce dieu de la sagesse, le stress — ou plutôt la rancœur — envers son père qu'on devrait respecter est si épais qu'on ne peut le cacher…
« Bref. C'est dommage que tu t'es donné tant de mal, mais je vais devoir prendre cet ange rapiécé en charge. Devant Hadès et les autres, je ne peux pas laisser les dieux du Ciel causer un nouveau scandale. »
De sa demande de compréhension, on sentait la responsabilité du dieu de la sagesse qui s'efforce de soutenir le Ciel à la place de son père insensé.
« Je vous en supplie. »
C'est un autre ange, Horcosfon, qui s'opposa frontalement.
« Si vous l'emmenez, emmenez-moi aussi. J'accepte d'être éliminée comme bon vous semble, avec elle. »
« Mais toi… »
« Elle est la camarade que j'ai enfin retrouvée après quatre mille ans. Plutôt que de revivre une nouvelle séparation d'avec un modèle identique, je choisis de périr avec elle. »
Horcosfon, qui avait obtenu l'aval d'Hadès pour vivre paisiblement dans ma ferme.
Mais elle ne supportait pas d'être la seule à connaître la tranquillité. Elle jouait sa vie pour obtenir la grâce de sa camarade.
« Moi aussi, je vous en prie. »
Moi aussi, je négociai directement auprès du dieu.
« Même si les anges ont été créés dans le but de détruire et d'envahir, ils ne sont pas obligés de vivre selon ce dessein. Elles sont capables de penser par elles-mêmes, et elles ont un cœur. »
Ceux qui sont nés dans ce monde n'ont-ils pas le droit d'en profiter et d'y vivre ?
« Oui, compris. »
« Ha, aussi facilement ? »
Hermès allait bien au-delà de la simple docilité.
« Si on me dit que les anges ont aussi le droit de vivre, je ne peux répondre que "c'est exact". Depuis qu'il y a le précédent d'Horcosfon, je ne peux pas non plus ignorer cela et imposer sa destruction. »
« Alors… !? »
« Toutefois, je vais devoir prendre cet ange au Ciel pour un temps. Votre réparation de bricoleurs laisse encore bien des points imparfaits, et il faut aussi écarter le danger : une révision complète s'impose. »
Effectivement, moi-même, ayant compté à cent pour cent sur le "Porteur Suprême", je n'ai pas la certitude d'avoir fait un travail parfait.
Puisque le dieu fait une concession, je ne peux pas non plus rester campé sur mes positions.
« C'est compris. Nous la confions aux dieux. Horcosfon, tu es d'accord ? »
« Y-yes… »
Elle semblait encore avoir des regrets, mais Horcosfon fit preuve de maîtrise de soi et acquiesça.
« Mais, concrètement, en quoi consiste une révision complète ? Zeus-sama, qui a créé les anges, n'est-il pas en retraite ? »
« Non, ce n'est pas mon père idiot qui les a fabriquées. »
« Hein ? »
Voilà que les informations s'embrouillent.
« Officiellement c'est ce qui est dit, mais ce père idiot ne pourrait pas créer une arme biologique aussi puissante. Quand il s'agit de création, c'est l'œuvre du dieu artisan Héphaïstos. »
« Ah… »
« Les dix anges créés il y a quatre mille ans ont tous été réalisés par le dieu artisan Héphaïstos, sous la commande du dieu céleste Zeus, sous la supervision rigoureuse de la déesse du carnage Éris. »
Héphaïstos… Le dieu qui m'a donné le "Porteur Suprême", celui-là même…
« Le fait que j'aie pu réparer l'ange grâce au "Porteur Suprême" est-il lié à cela ? Puisque c'est à l'origine le pouvoir du même dieu. »
« Mon frère Héphaïstos. On dit qu'il a achevé les anges en pleurant sous les retouches répétées et les critiques sans pitié d'Éris. C'est pour cela qu'il y tenait comme à un chef-d'œuvre, et qu'il a reçu un choc terrible quand ils ont été détruits. »
Je comprends.
Moi qui cultive et créé tant de choses à la ferme, je comprends douloureusement les sentiments d'Héphaïstos.
« C'est pourquoi, cette fois-ci, mon frère Héphaïstos acceptera volontiers le travail. Il ajustera sûrement cet ange pour qu'il devienne pacifique. »
« Je vous en prie ! Merci beaucoup ! »
De mon côté aussi, le nom d'Héphaïstos dissipa le dernier doute.
« Toi, l'ange. Viens sous mon aile. Au Ciel, tu renaîtras en une bonne amie de ce monde. »
« Haa ? Genre, moi, je sais même pas c'que j'suis, moi… »
« … !! »
Le dieu est sur le point de s'emporter.
J'espère qu'Héphaïstos parviendra à corriger ce caractère aussi.
…………
Ainsi, l'ange rapiécé partit pour le Ciel, emmenée par Hermès.
Quand elle reviendra, elle aura sûrement subi les ajustements nécessaires et sera devenue une enfant plus facile à vivre qu'à présent.
Horcosfon aussi a accepté, croyant en l'avenir.
Et au moment de partir, Hermès dit une dernière chose.
« Au fait, Saint. »
« ? »
« Je passerai aussi en privé un de ces jours, alors fais-moi manger du riz aux pousses de bambou et du riz aux petits pois, veux-tu. »