J'ai échoué sur l'île aux Démons, moi, Junior.
Cette île paraît être un lieu fort ancien.
Jadis, elle s'est détachée des démons du continent pour suivre un développement bien à elle.
C'est l'île aux Démons.
Un paradis oublié au bout de la mer……
« Pas oublié du tout ! »
Mais y a pas mal de paradis, dans la mer.
Y a l'île-paradis des sirènes, le monde divin des mers Okeanos, et maintenant cette île aux Démons……
C'est juste la preuve que la mer est assez grande et assez vaste pour contenir plusieurs paradis.
« Tu m'ignores ? Bon, tant pis. Si t'es un naufragé, je te prends sous ma protection et j'arrange ton retour sur le continent. C'est aussi le devoir du seigneur. »
Vraiment ? Youhou !
Ce petit vieux nommé Azeil. On l'aurait cru difficile d'accès, mais en discutant un peu, c'est quelqu'un de gentil et de bienveillant.
On sent le dirigeant modèle qui gère l'île entière.
« Mais enfin, seigneur, avant de rencontrer le roi Démon du continent, vous vous la pétiez en vous faisant appeler "Vrai Roi Démon". Vous faisiez le malin, c'était pathétique. »
« Tais-toi ! À l'époque, on se croyait les derniers survivants des démons, alors s'autoproclamer roi Démon, c'était normal ! »
Il traite ses sujets avec une familiarité naturelle.
Le gouverneur idéal.
« Euh… puis-je vous demander quelque chose ? »
« Hm ? Ah, pardon de t'avoir laissée de côté. Si t'as dérivé, t'as dû avoir ni eau ni nourriture. Commence par bouffer un morceau. »
Non, je viens de le dire, j'ai eu de la nourriture en abondance pendant ma dérive.
Mais là, tout de suite, y a quelque chose d'important !
Je vous en prie, ne pourriez-vous pas me faire visiter cette île aux Démons ?
« Une visite ? »
C'est ça !
Cette île aux Démons a suivi un développement unique, différent de tous les pays du continent, et il doit y avoir plein de choses à voir.
Échoué ici par le hasard des flots, c'est une espèce de destin, de *destiny* !
Pour apprendre un maximum avant de rentrer chez moi, laissez-moi parcourir l'île aux Démons de long en large, voir, entendre, tout graver dans ma mémoire !
« Hm… En gros, c'est un gamin studieux. Bon, très bien, dans ce cas, moi, Azeil, seigneur de l'île aux Démons, te ferai visiter l'île moi-même ! »
Hein, le seigneur en personne ?
Quel accueil prévenant !
« C'est pas ça. Le seigneur n'a rien à foutre, il a juste trouvé un bon passe-temps. C'est pas bien, de faire accompagner un jeune par les occupations d'un vieux. »
« J'm'ennuie pas ! J'assume mes devoirs de seigneur de l'île aux Démons au quotidien ! Faire connaître les atouts de l'île à l'extérieur, c'est aussi l'obligation du seigneur ! Et j'suis pas assez vieux pour me soucier de ma retraite ! »
Le seigneur qui cause à tue-tête avec ses sujets.
Comme ça, je gagne une occasion d'apprendre là où je m'y attendais pas. C'est un voyage d'entraînement, faut que j'en tire le maximum.
………………
Le seigneur Azeil m'emmène dehors… dans la zone habitée de l'île aux Démons.
L'intérieur de l'île est aménagé de main d'homme : chemins tassés, rizières en terrasses bien alignées, et au loin, un port construit le long de la mer.
En marchant, je croise pas mal de monde, ambiance paisible mais vivante à la fois.
En débarquant, j'ai cru à une île déserte, mais à l'intérieur, c'est le jour et la nuit.
« La zone d'habitation est concentrée au sud. C'est une petite île, donc y a pas des gens partout non plus… Mais toi, t'as dérivé au nord. Ça a dû être costaud. »
Ouais… Enfin, c'était mon premier débarquement, je savais pas par où monter efficacement.
Y a pas d'efficacité dans un naufrage ou une dérive.
Là n'est pas la question, visitons la zone habitée.
Bon, comparé à la capitale des démons ou à la capitale royale, y a moins de maisons, c'est moins développé, mais du coup, y a une impression de quiétude, le temps qui passe lentement.
« L'île aux Démons a un climat relativement tempéré, chaud toute l'année, peu d'écart entre l'été et l'hiver. Du coup, l'agriculture et la pêche sont faciles, nous, les gens de l'île, on vit tranquillement sans craindre la faim ni le froid. Enfin, c'est grâce à ce climat que nos ancêtres l'ont choisie comme nouvelle terre. »
Ceux qui ont fui le continent en plein chaos, il y a cent ans.
« Du coup, jusqu'à la reprise des échanges avec le continent, l'île aux Démons n'a connu aucune guerre digne de ce nom. Résultat, les insulaires sont ramollis par la paix, y a plus de combativité. »
C'est pas une bonne chose, ça ?
J'aimerais que tous les gens du monde finissent par s'habituer à la paix.
« Hum, bref, les industries principales de notre île, c'est l'agriculture et la pêche… Et parmi elles, le produit phare, c'est… ça ! »
On est arrivés dans un vaste champ sans que je m'en rende compte.
Des arbres bas sont plantés en rangs serrés… C'est quoi, ces arbres ? L'arbre qui intrigue ?
« C'est du café !! »
« Oh , tu connais la plantation de café ? T'es cultivé, toi ! »
Azeil-san me complimente.
« Ce qui pousse ici, c'est des caféiers qui donnent les grains de café ! Comment trouves-tu ? C'est exactement ça ! »
Euh, oui… voilà.
C'est bien ces grains qui font cette boisson noire, amère et corsée, le café.
Je connais le caféier, je l'ai même déjà vu.
À la Ferme, on le cultive.
Papa adore le café, alors il mise tout sur la culture du café, récolte et traitement compris, malgré Vire qui râle « Fais pousser des trucs sucrés au lieu de trucs amers ! » et les elfes qui disent « Plantez du thé plutôt que du café ! ».
« Faut-il en faire autant pour une boisson ? » me demandais-je, mais récemment, même Norito a pris l'habitude d'en boire, et nous, les hommes de la famille, on se sent de plus en plus à l'étroit.
Parce que l'amertume, j'aime pas !
J'ai essayé de vaincre ça au café de Grisilver-san dans la capitale des démons, mais j'ai échoué.
C'est le café au lait qui m'a sauvé.
Mais du coup, y a d'autres lieux de culture du café que la Ferme.
Mes connaissances s'élargissent déjà.
« Y a d'autres lieux de culture, mais en volume de production, l'île aux Démons est numéro un ! Même le "Samida Coffee" et le "Star Shaks" sur le continent s'approvisionnent ici en grains ! C'est pas dingue ? T'es pas surpris ?! »
Ah… oui.
C'est sûrement des noms de cafés, mais désolé, je connais pas…
Je suis allé qu'au café de Grisilver-san.
« Le grain de café, c'est sans conteste l'industrie clé de l'île aux Démons ! Il est exporté dans le monde entier et ça nous rapporte un max de devises ! Tant qu'y a du café, l'île aux Démons ne coulera pas, elle sera éternelle ! »
Il se met à haranguer bizarrement, d'un coup.
Qu'est-ce qui lui prend, soudain, comme un ambitieux qui vise la conquête du monde ?
« Pour soutenir le volume d'exportation, on a défriché. Maintenant, tout l'est de l'île, c'est des champs de café ! Cette année encore, on vise une récolte record ! »
L'est, c'est les champs de café.
Pour la nature des terres, il l'a dit tout à l'heure.
Au sud, zone d'habitation concentrée ; au nord, terres vierges non développées.
Avec nord, sud, est, il reste une zone…
« Et à l'ouest, y a quoi ? »
« Ugu !? »
Hé ?
L'épaule d'Azeil-san a tressailli, puis tout s'est figé.
Sa fierté à vanter le café s'est tue net.
… Qu'est-ce qui se passe ? Quel sens, ce silence ?
« Tu veux voir, l'ouest de l'île aux Démons ? »
Hein ? Pourquoi vous le dites avec autant de sous-entendus ?
Avec une insistance pareille, j'ai plutôt peur…
« J'y vais ! »
« Bonne réponse. »
………………
Une fois sur place, je comprends tout de suite.
Pourquoi Azeil-san bredouillait comme ça.
Des ruines.
À l'ouest de l'île aux Démons, y a des maisons abandonnées depuis des années, recouvertes d'herbes folles, d'un aspect misérable.
Bref, des ruines.
Pourquoi un tel paysage désolé dans un coin de l'île aux Démons ?
Un contraste total avec le sud, pastoral et vivant.
Devant ces ruines, Azeil-san parle, les épaules basses.
« Quand les échanges avec le continent ont repris… »
Il y a plus de dix ans.
« Des gens de l'extérieur ont commencé à venir, et on s'est enflammés : "Yosh ! Maintenant, on peut viser l'industrie touristique ! " Sur cet élan, on a construit à tour de bras des hôtels et des bâtiments qui pouvaient devenir des attractions… »
Mais ça a pas marché comme espéré.
« Y a bien eu des visiteurs, mais surtout des marchands qui venaient acheter du café. L'auberge du sud suffisait amplement. La zone touristique à l'ouest, c'était loin du centre urbain au sud… Du coup, pas de bonne idée, le temps a passé… »
Finalement, beaucoup ont lâché l'affaire touristique, il ne restait que les bâtiments immobiles, et ils sont devenus des ruines.
C'est bien « l'après-rêve des soldats »…
« Uooooooooon !! À cause de l'échec du tourisme, on s'est coltiné une dette monstre, et le bénéfice du café, ça l'annule juste ! Du coup, malgré la reprise des échanges, on a pas développé autant qu'on voulait !! »
Et il s'effondre en pleurant.
La logique, je la comprends, mais vu de mes yeux, les dégâts d'un échec commercial, c'est violent.
Moi qui dois reprendre la suite de papa plus tard, je vais devoir assumer ce genre de risques, hein.
Juste prendre conscience de ce risque, ça valait déjà le coup de venir sur l'île aux Démons ?