« Coup de poing divin de la ferme ! »
« Gahouuuuuuuuu ! »
Ensuite aussi, j'ai continué à gagner sans encombre, et j'ai réussi à remporter les quarts de finale.
Du coup, la prochaine étape, c'est la demi-finale.
Pas mal pour une première participation.
Au fait, Norito, lui, est rentré prestement dès que son ami Yellowtail a été éliminé.
Avec ses camarades de Wego.
Vraiment sans cœur.
Il n'a même pas envie de voir jusqu'où son grand frère va aller ! ?
« Félicitations pour votre victoire éclatante, Junior-sama. »
Ah ! C'est vous...
Hendler-oncle ! !
« Atteindre la demi-finale dès votre première participation est un exploit notable. Avoir écarté le général Shark et le prince Tetra, ce n'est certainement pas le fruit du hasard. On devine le sang du Saint. »
Mais non, voyons, c'est tout à fait excessif... !
Permettez-moi de présenter Hendler-oncle.
C'est un homme de la race des sirènes, haut fonctionnaire du Royaume des Sirènes. Qui plus est, il occupe un rôle si important qu'il tient la position de bras droit du roi Arowana.
Du roi Arowana qui règne en maître sur le Royaume des Sirènes.
De par cette position cruciale, on le surnomme « le poignard du roi des sirènes », et tous les siens le respectent à sa juste valeur.
C'est pourquoi il entretient des liens profonds avec la Ferme, et moi aussi, je l'ai croisé maintes fois depuis l'enfance.
Son épouse est Lamp Eye-san, une sorcière qui travaillait autrefois à la Ferme.
C'est pour ça que je comptais aller le saluer à l'occasion de cette visite au Royaume des Sirènes.
Mais je n'imaginais pas qu'on se retrouverait dans de telles circonstances.
……Cependant, pourquoi à ce moment précis ?
En plein cœur de l'effervescence du tournoi de natation martial ?
« En effet... si les choses se passent ainsi, je risque d'affronter Junior-sama en demi-finale. J'ai donc souhaité vous saluer avant cela. »
... Hein ?
Non, mais c'est vrai.
Le nom d'Hendler-oncle figure au deuxième quart de finale ! ?
Cela veut dire que s'il gagne et atteint la demi-finale, son adversaire sera moi, qui suis déjà qualifié !
L'obstacle le plus redoutable de ce tournoi, sans conteste ! ?
« Croiser le fer avec le jeune Junior-sama serait l'honneur suprême. Cela fera aussi un beau récit à rapporter au Saint. Je souhaite de tout cœur que nous livrions un beau match en demi-finale. »
« Tu te vois déjà vainqueur, grand frère ? »
Un nouvel arrivant ?
Qui est-ce ?
Je vois là un homme-sirène à l'allure un peu frustre.
« Plagatt. »
« Le poste de chef de clan t'a monté la tête, grand frère ? Tu crois que les quarts seront faciles, mais je vais te faire trébucher, moi. »
« Je n'ai jamais été négligent. D'autant plus que mon adversaire, c'est toi. »
« On verra bien. Tu dois croire que ton frère cadet raté est facile à tordre, mais tu vas vite comprendre que tu te trompes. Dès le début du match. »
Lâchant une réplique qui sonnait comme un adieu, Plagatt-san s'en est allé illico.
Qu'est-ce que c'était que ça ?
« Hé, attends. »
« Aïe ! ? »
Hendler-oncle a piqué le départ du fuyard avec le manche de sa lance.
Son geste avait quelque chose de rodé.
« Junior-sama est sous vos yeux, et vous partiez sans le saluer ? En tant que membre de la maison Beta, ignorez-vous les bonnes manières ? »
« Guh, pardon ! ? »
Repris de justesse, il a compris qu'il avait tort et a baissé la tête à contrecœur.
« Je suis Hendler, chef de la maison Beta, et voici mon cadet, Beta Plagatt. Il sert comme chef d'escouade dans l'armée des sirènes. »
Mais non, pas la peine d'être si formel ! !
Moi, c'est Junior ! !
Juste un jeune encore vert, qui n'a pour seul atout que d'avoir des parents extraordinaires ! !
« Moi aussi, je combats en quarts de finale, donc votre adversaire en demi-finale, c'est peut-être moi. Tenez-en bien compte... »
Et sur cette provocation, il est parti pour de bon cette fois.
« ... Veuillez excuser mon idiot de cadet. »
Hendler-oncle s'incline profondément.
Cette aisance, cette habitude à s'excuser, donnent un drôle de sentiment.
C'est votre frère, lui ? Il a l'air d'un adulte accompli, pourtant.
« Il est censé être un adulte responsable, mais il reste insouciant, c'est un souci. ... Cela dit, lui aussi a pas mal galéré, en son temps. »
Dit Hendler-oncle avec un air pénétré.
« Autrefois, on l'appelait enfant prodige. Une intelligence vive, une sagesse précoce. Il apprenait vite, que ce soit les études ou les arts martiaux. Nos parents ne tarissaient pas d'éloges sur lui seul. Nous, mes frères et moi, nous en avions, enfants, une irritation tenace. »
Quoi ? Juste parce qu'il était doué, ils faisaient des différences entre frères ?
Mon père, lui, ne ferait jamais ça ! !
« Le Saint est équitable, en effet. Mais un enfant ne connaît pas les critères du monde. Pour lui, le cocon protégé par ses parents est le monde entier. À l'époque, j'ai sincèrement cru que j'étais « un bon à rien ». »
Hendler-oncle sourit avec amertume.
Aujourd'hui, on le vénère comme « le poignard du roi des sirènes », il a gravi tous les échelons, et pourtant, il n'est pas indemne du complexe d'infériorité.
« Le tournant est survenu quand j'ai grandi et pu voir le monde extérieur par moi-même. Dans ma jeunesse, mes relations avec mes parents s'étaient tellement détériorées que j'ai fui le foyer très tôt, pour tracer ma propre voie. »
Quand on se lance sans s'appuyer sur le nom de famille, on découvre bien des facettes de la société.
C'est exactement comme vous maintenant, a plaisanté Hendler-oncle.
« Grâce à cela, j'ai accumulé des expériences précieuses que je n'aurais jamais eues en restant chez moi, je les ai transformées en force réelle, et avant de m'en rendre compte, j'étais promu bras droit de Sa Majesté Arowana. On m'a même réintégré à la maison principale et désigné comme chef de clan, me voilà plongé dans des jours plus chargés que jamais. »
Je n'ai jamais souhaité rien de tout ça, a-t-il ajouté avec une mine fatiguée.
« En revanche, pour mon cadet Plagatt, l'épreuve a véritablement commencé une fois adulte. L'enfance et l'âge adulte, les défis n'ont pas la même saveur. Lui qui fut acclamé comme un prodige a vu l'ombre poindre à mesure qu'il grandissait. »
J'étais déjà parti à ce moment-là, donc ce ne sont que des ouï-dire.
A poursuivi Hendler-oncle.
« Mon frère était sans doute du type précoce. Il partait avec une longueur d'avance sur les autres. L'avantage de ce départ précoce lui permettait de creuser l'écart, mais plus il courait, plus l'écart se resserrait, jusqu'à ce qu'on le dépasse même. »
Pourtant, s'il avait reçu une guidance adaptée, il aurait pu exploiter son avance initiale pour rester en tête tout du long.
Mais mon cadet n'en a pas pris le chemin, dit Hendler-oncle.
« Comme je l'ai dit, notre père ne faisait que se réjouir ou s'emporter selon l'immédiat. Face à son cadet rattrapé par ses pairs, il ne faisait que le tancerd. « Tu es un génie », il le répétait comme un mantra. S'il perdait, il entrait dans une rage folle ; s'il gagnait, c'était normal. Le pire traitement qui soit. »
Traité ainsi, il est logique qu'il s'use.
Le talent de mon cadet s'est érodé, et à l'âge adulte, il n'était plus qu'un homme ordinaire.
« Il a échoué aux examens pour devenir officier ou chevalier, et n'a eu d'autre choix que de gravir les échelons depuis le rang de simple soldat. Notre père en a été déçu, paraît-il. Pour mon cadet, choyé comme un trésor depuis l'enfance, quelle humiliation... »
Et comme par un hasard orchestré, l'aîné jadis délaissé comme un médiocre est revenu, auréolé de ses exploits extérieurs.
De combien cela a-t-il lacéré la fierté de l'ancien enfant prodige.
« Pour toutes ces raisons, mon cadet me déteste encore aujourd'hui. Que le tournoi de natation martial me force à l'affronter directement... il sait y faire, celui-là. »
Bon, moi aussi j'ai un cadet encombrant, alors je comprends son ressentiment.
Mais on voit bien que, dans tous les mondes, l'aîné a la vie dure.
Pourtant, c'est justement parce qu'on est l'aîné qu'il faut se battre pour ses cadets !
Pour accomplir cette mission d'aîné, Hendler-oncle, donnez tout dans le prochain match ! !
« Je ne suis pas l'aîné, moi. »
Hein ?
Mais tout votre récit laissait entendre que vous aviez l'étoffe de l'aîné...
Et tout à l'heure, vous avez dit être devenu chef de clan.
Le chef de clan, c'est l'aîné qui l'hérite, non ?
« J'ai un grand frère. Je suis donc le second fils. D'ailleurs, mon frère a aussi participé à ce tournoi, mais il a perdu au deuxième tour contre Sa Majesté Arowana. »
Son apparition comme son départ ont été d'une fluidité...
« C'est quelqu'un d'intrinsèquement habile. En y repensant, même enfant, il n'était pas un raté comme moi, ni un surdoué comme mon cadet, juste une présence floue qui laissait les remontrances paternelles lui glisser dessus. »
Du coup, il a traversé l'enfance sans histoire ?
Mais... pour moi, l'aîné, c'est le sommet de la fratrie.
Celui qui, par sa force et son savoir acquis en grandissant le premier, protège ses cadets, non ?
L'image de l'aîné, proche d'une vocation, que je porte en moi... !