« Ahahaha ! Voilà qui ressemble à une entrée en scène éclatante pour le nouveau président ! »
Shazes-san arriva, tout guilleret.
À la vue de son fils, Shax-san afficha instantanément une mine déconfite.
« Te voilà enfin, Shazes. Tu es en retard. J'avais pourtant ordonné d'être sur place cinq minutes avant l'heure ? »
« Arrête avec tes détails ! Cinq minutes, dix minutes, ça ne change pas grand-chose, non ? »
Beurk. La réplique type du retardataire chronique, la pire qui soit.
D'ailleurs, ce n'était pas cinq minutes : plus d'une heure s'était écoulée depuis l'heure de rendez-vous.
« Cette légèreté est fatale pour un marchand, ne cessais-je de le répéter. Ne te rends-tu pas compte que ton retard fait perdre son temps à l'autre partie ? »
« Le vieux, tu es dépassé ! Désormais, c'est mon époque, et à nouvelle époque, nouvelles méthodes, c'est ça qui est smart ! »
Il n'y a jamais eu d'époque où le retard était toléré, depuis que l'histoire existe.
Bref, discuter avec Shazes-san ne menait nulle part, je décidai de le laisser faire.
J'abandonnai l'idée d'une compréhension mutuelle.
« Écoute bien, Shazes. C'est lors de ce tournoi des marchands que se décidera si tu restes à la tête de la Pandemonium. Toi aussi, tu participeras, et tu prouveras ta valeur ! »
Son aptitude de marchand ?
Dans un tournoi martial !?
« C'est ce que je veux ! Je vais te faire toucher du doigt ma puissance ! »
« Bien sûr. Si les résultats ne sont pas à la hauteur, je ne pourrai pas te reconnaître. Premier tour, deuxième tour… jusqu'où pourras-tu aller ? »
« Hein ? Qu'est-ce que tu racontes, mesquin ? Si je participe, c'est pour gagner ! »
Voyons, Shazes-san.
Mieux vaudrait ne pas trop en dire, non ?
« Oh ? Alors, si tu ne gagnes pas, tu quittes la présidence de la Pandemonium ? »
« Évidemment. Faut bien ça pour que tu daignes me reconnaître, non ? »
Des étincelles crépitaient entre le père et le fils.
« Si je remporte ce tournoi, tu m'acceptes !? C'est dans la poche ! Je vais te faire voir la vraie force d'un party-people ! »
Une insouciance sans fond.
Qu'en pensez-vous, Shax-san ?
Votre fils a-t-il l'étoffe pour gagner ce tournoi des marchands ?
« Et vous, que pensez-vous de Junior-sama ? »
Répondre à une question par une question.
« Pardon, je voulais simplement dire qu'il est exactement tel qu'il en a l'air. »
Donc c'est impossible ?
Au mieux, élimination au premier tour ?
« Naturellement. Le monde du commerce n'est pas assez tendre pour laisser prospérer un tel individu. Le commerce repose sur la confiance. Cette confiance ne se bâtit que par de longues années de gavroche et de sincérité. »
Mais le tournoi d'aujourd'hui, la confiance n'a pas grand-chose à voir, si ?
« L'actuel Shazes ne fait que s'asseoir sur la confiance que les aînés de la Pandemonium ont accumulée pendant des siècles, et la dilapide. Lui-même n'inspire aucune confiance. À ce rythme, des centaines d'années de prospérité prendront fin avec lui. »
C'est pas une catastrophe, ça ?
Shax-san, vous l'acceptez ?
« Bien sûr. Moi qui ai assumé la présidence de la Pandemonium, j'en porte la responsabilité. Si j'ai confié la succession à la mauvaise personne, je dois corriger le tir au plus vite et tracer la voie pour que la maison survive aux générations futures. »
Les yeux de Shax-san brillèrent d'une lueur tragique.
Si cela arrivait, Shax-san devrait éliminer son propre fils de sa propre main.
Impitoyable, mais nécessaire pour protéger la Pandemonium qui fait travailler des centaines de personnes et en implique des milliers.
En y songeant, je ne pouvais m'empêcher de frémir en me mettant à sa place.
Moi aussi, si je me révélais incompétent, mon père me couperait les vivres.
Avec un petit frère prometteur juste en dessous, il n'aurait guère d'hésitation à trancher.
…… Je dois m'efforcer de ne pas le décevoir.
Quoi qu'il en soit, le sort de l'enfant terrible Shazes-san se scellera aujourd'hui même au tournoi.
Pourquoi le sort d'un marchand se décide-t-il dans un tournoi martial, me demandais-je.
Mais puisque les intéressés en ont décidé ainsi, soit.
Toutefois, les chances de survie de Shazes-san sont infinitésimalement proches de zéro.
Zéro virgule zéro… pas de « ka-ra-no~ ? » qui tienne.
« …… Oy ? Ne serait-ce pas Shax-dono, l'ancien président de la Pandemonium ? »
Pendant que je ruminais, un passant m'interpella.
Qui ça ?
À en juger par l'apparence, un beau jeune homme frais comme la brise printanière.
La réaction de Shax-san fut vive.
« Hum ? Tu n'es pas Oberon-kun, le nouveau président de la Walpurgis ? »
« Comme on s'y attend de l'ancien président de la Pandemonium, surnommé le "bras de fer", même à la retraite vous gardez l'antenne tendue. C'est un honneur que vous connaissiez le visage d'un jeune novice comme moi. »
En disant cela, le beau jeune homme s'inclina avec une élégance évidente.
Pas un homme ordinaire !
Son attitude le montrait au premier coup d'œil.
Et, sur un pressentiment, je déportai mon regard sur le côté.
« Ah~ , la gueule de bois, c'est costaud. Hier aussi, j'ai trop bu jusqu'au matin~ »
…… Juste un type ordinaire.
« J'avais ouï dire que la Walpurgis avait récemment changé de dirigeant… C'est regrettable que moi, déjà retiré des affaires, n'aie pu envoyer de cadeau de nomination. »
« Pas du tout. Shax-senpai a déjà quitté la première ligne, après tout. Et puis, le cadeau de nomination, nous l'avons bien reçu de la Pandemonium… »
« Oh !? De mon fils, alors !? »
Un instant, les yeux de Shax-san s'allumèrent d'espoir.
« Non, des cadres de la maison. »
« C'est ainsi… »
Et la lumière s'éteignit aussitôt.
Ce Oberon.
Même pour moi, simple observateur extérieur, il saute aux yeux qu'il est impressionnant.
Son langage est poli, et sa considération pour l'autre transparaît clairement.
Il garde un sourire aimable du début à la fin.
Surtout, il adopte cette attitude avenante avec une naturel absolu.
Pas la moindre once d'affectation.
C'est ça, un vrai marchand sans faille ?
En comparaison, l'homme à mes côtés…
« Ah~ , c'est pas encore mon tour ? Alors je vais en profiter pour boire un coup~ »
…… Lui, il incarne plutôt la lignée des marchands "yoshsha-yoshsha".
Non, je vais trop loin dans la défense.
« J'ai entendu dire qu'Oberon-kun, bien que fils de l'ancien président de la Walpurgis, a passé de longues années en bas de l'échelle, faisant pendant des années un travail équivalent à celui d'un garçon de course. Cette attitude de s'imposer soi-même la peine, malgré sa position de fils du patron, force le respect. »
« Notre maison est petite, alors même le fils du président n'a pas le luxe d'être choyé. »
« Qui se méprend le fait, quelle que soit sa position. Dans ce milieu, votre parcours acharné est une denrée rare. »
Shax-san le couvrit d'éloges sans réserve.
Illusion ou non, son regard glissait sans cesse vers son fils.
« La Walpurgis a eu un successeur béni. Tandis que ma Pandemonium… »
« Ne dites pas ça. Shazes-san a aussi plein de bons côtés. »
« …… Par exemple ? »
« Euh… »
Le beau jeune homme se tut face à l'inquiétante nullité de Shazes-san.
« Ahahahaha ! Le nouveau président d'une petite maison qui s'incline en pleurant, c'est pathétique. Moi, j'ai eu la chance de naître dans une grande maison ! »
Le fils représentant du "mal fait" s'avança avec son aplomb habituel.
« Shazes, haut les cœurs !! »
« Toi aussi, tu participes au tournoi ? Si tu tombes contre moi, assure le service, hein. Tu pourras peut-être nous laisser quelques miettes de la Pandemonium. »
Il demande discrètement qu'on lui fasse grâce !?
Espérer la pitié de l'ennemi avec une telle arrogance, c'est trop honteux, Shazes-san.
Mais le fils "bien fait", Oberon-san, arborait son sourire rafraîchissant de beau jeune homme…
« Bien, à ce moment-là, je me ferai un honneur de croiser le fer avec vous. »
« Tu connais ta place ! Admirable, admirable ! »
À côté, Shax-san se cachait le visage.
Comment dire… vu de l'extérieur, la différence entre les deux est flagrante.
Le seul à ne pas s'en rendre compte, c'est l'intéressé lui-même. Quel tableau.
Shazes-san gagner ce tournoi, c'est vraiment impossible, non ?
Sa place de président de la Pandemonium n'est plus qu'une bougie au vent qui s'éteindra aujourd'hui…
« Hé~y, Oberon-sama~ ! N'avancez pas sans moi~ ! »
Pendant que je spectaculisais, une silhouette me rattrapa.
D'après le ton, c'était un serviteur d'Oberon-san, mais un serviteur bizarrement rampant.
Moi, je n'aurais pas voulu d'un subalterne qui s'abaisse aussi maladroitement tout en dégageant une telle pression.
… Pensais-je, quand…
… Hein ?
Ce serviteur, je l'ai déjà vu quelque part ?
Non, c'est normal de l'avoir déjà vu.
« Norito !? »
« Frangin ? Pourquoi t'es là ? »
C'est mon tour de le dire !?
Je venais de retrouver mon frère cadet, Norito, le second fils de la famille Saint.