Je suis Junior.
On m'avait dit qu'une fête de bienvenue serait organisée en mon honneur au château royal, et j'avais été convié.
Mais à mon arrivée, les imprévus se sont succédé.
Bon, mon manque d'organisation en est aussi une cause……
Bref, ma situation actuelle : infiltration réussie au château royal.
……Infiltration ?
Cependant, l'endroit précis n'a rien à voir avec la salle de réception.
C'est un lieu bien plus chaotique que la salle de fête, et, en un sens, empli d'une ferveur brûlante.
« Les hors-d'œuvre sont en retard ! Qu'est-ce que vous fichez !? »
« Il faut que toutes les assiettes soient garnies avant l'arrivée des invités ! »
« Et la préparation du plat principal !? Les plats mijotés, il faut les commencer maintenant sinon on ne sera pas prêts ! »
« La boisson aussi, soignez ça ! Le stock de vin est-il suffisant !? »
« On manque de bras ! Il nous faut du monde !! »
Hum, ici, c'est……
La cuisine.
L'endroit où l'on prépare les repas.
À en juger par l'ambiance, ils doivent être en train de cuisiner pour la fête d'aujourd'hui.
Pour un grand événement, la charge de travail doit être décuplée, sans aucun doute.
Tous, les yeux hors de la tête, manient le couteau, secouent les marmites, et produisent les plats les uns après les autres avec une cadence quasi industrielle.
Une tension fantomatique émanait de cette atmosphère.
« Hé, toi aussi, au lieu de rester planté là, mets la main à la pâte ! »
L'injonction m'est lancée.
C'est la jeune fille qui m'a conduit jusqu'ici qui la profère.
En la regardant de plus près, sa tenue est à base de blanc, une chemise simple et un tablier devant.
Sous n'importe quel angle, c'est l'uniforme d'un cuisinier…… non, plutôt d'un apprenti cuisinier.
C'est pour ça qu'elle m'a amené ici ?
« Avec cette fête improvisée, nous le personnel de service, on est débordés ! Vraiment, Monsieur le Président ne comprend rien aux difficultés du terrain et ne nous colle que des demandes impossibles…… »
« Euh, excusez-moi…… »
« Hein ? Pourquoi c'est toi qui t'excuses ? »
Non, c'est parce que vous êtes submergés par une charge de travail vertigineuse qui trouve son origine en moi.
« Junior n'a pas à s'abaisser ainsi. »
Veil, qui se tient à mes côtés, intervient.
« Le boulot des cuisiniers ici, c'est de préparer le repas sur ordre des pontes. Même s'ils leur demandent l'impossible, râler est hors de propos. Puisqu'ils touchent un salaire, remplir leur devoir va de soi. »
Hé……!?
Tu parles plutôt réaliste, toi ?
« De plus, à en juger par les apparences, des mesures comme des renforts ont dû être prises pour ce gros travail soudain. Alors d'autant plus, il n'y a pas lieu de se plaindre. »
« Bon, c'est vrai qu'on a dit qu'une prime spéciale serait versée vu la charge, donc c'est pas si mal… »
Les propos de Veil et ceux de la jeune apprentie s'emboîtent par miracle.
Quant à Veil, il use peut-être de magie de dissimilation, car personne autour ne perçoit sa présence.
Avec son tempérament, s'il le voulait, il pourrait souffler tout le monde rien que par son regard meurtrier, pourtant il retient son souffle comme ça.
Il doit avoir une idée derrière la tête.
Et puis…… le fait que j'aie été tiré ici signifie qu'on m'a pris pour un renfort des cuisiniers.
……Pourquoi ?
Est-ce que j'ai tant l'air d'un cuisinier que ça ?
« Eh ? Mais puisque tu portes un vêtement aussi intégralement blanc, tu ne peux être que cuisinier, non ? »
Me répond l'apprentie cuisinière, et je revérifie ma propre tenue.
……Blanc.
C'est un costume reçu de mon père, mais pour une raison quelconque, du haut en bas, il est d'un blanc pur, immaculé.
C'est à cause de ça qu'on m'a pris pour un cuisinier.
Pas possible ?
« Maître avait dit que n'importe quelle couleur allait, ceci dit. »
Veil complète.
« Mais Bati, qui a accepté la commande, a fait preuve d'obstination. "Si l'on cherche une formalité qui ne soit impolie en aucune circonstance, la couleur ne peut être que le blanc !" et j'en passe. »
L'artisanat de Bati-san a fait une embardée.
« Le costume tissé en soie kongō, dit-on, repousse toute salissure et conserve son blanc pur. D'une certaine manière, il est parfait pour tenir en cuisine. »
C'est à cause de ces circonstances que je me suis fait prendre pour un renfort cuisinier.
Mais la fête d'aujourd'hui, c'est pour m'accueillir, moi, non ?
Et je devrais moi-même cuisiner pour ma propre fête de bienvenue ?
Quel renversement de situation !?
« Hé, là-bas ! Qu'est-ce que tu fous à glander !!? »
Un rugissement tonitruant s'abat.
L'apprentie à côté de moi et moi-même bondissons sur place.
« Tu ne vois pas que c'est la course !? Ici, que ce soit un bleu tout juste arrivé ou un renfort sorti de nulle part, on n'a pas la marge pour les laisser jouer ! Perina ! Puisque t'as ramené le retardataire, fais-lui éplucher les patates ! Aujourd'hui, y'a trop de boulot, y'en a pas de manque !! »
« Oui, Chef !! »
Appelée Perina, l'apprentie saisit prestement un couteau et se dirige vers la montagne de patates entassées.
Elle s'appelle Perina-san……
Et l'homme qui a hurlé tout à l'heure, on l'a appelé Chef.
Une carrure imposante, massive, qui impose le respect.
Il a un certain âge, et comme figure de proue de cette cuisine, il a effectivement la trempe.
« Et toi, le renfort, ton poste c'est là-bas. Fais à ta guise, aligne les plats les uns après les autres. »
Il désigne un coin de la cuisine où se trouve un espace de travail.
Petit, mais pourvu d'un point d'eau et d'un fourneau, de quoi préparer à peu près n'importe quel plat.
Le renfort, c'est bien moi qu'il vise.
« Y a-t-il un menu ? Il faut penser à l'équilibre global…… »
Hum, si le porc fait double emploi, on risque de se retrouver avec seulement soupe de porc et riz…… une situation à éviter.
« Pas le temps de réfléchir à ça ! Maintenant, la vitesse prime sur la présentation ! Une table avec des vides, c'est bien plus moche ! »
Il hurle d'une voix qui n'admet aucune réplique.
« Se laisser aller à la bâclade sous prétexte de la précipitation, ce n'est pas très louable. »
Veil, lui aussi, émet une réserve.
Tandis que moi, je me rends à l'espace qui m'a été assigné.
Bon, même si je clamais « Je suis l'invité d'honneur de la fête ! », je doute qu'on me prenne au sérieux.
Autant avancer un peu le travail pour créer de la marge, comme ça ils seront plus enclins à m'écouter.
Surtout…… face à mon plan de travail, contenir l'excitation qui monte en moi est difficile.
« La revoilà, le sang de cuisinier hérité de Maître. »
Comme dit Veil.
Mon père, dès qu'il avait un moment, se tenait aux fourneaux pour créer sans cesse de nouveaux plats.
Un génie qui ravissait les gens avec des mets inédits, jamais vus ni goûtés.
J'ai grandi en dégustant la cuisine de mon père, m'étonnant maintes fois.
C'est pourquoi j'ai moi aussi imité mon père et acquis la technique culinaire.
Mon père me l'a apprise de zéro, donc je peux manier les fourneaux sans problème.
Je saisis le couteau mis à disposition.
Le manche est branlant et l'affûtage insuffisant, je le sens dès la prise en main, mais immédiatement le « Porteur Ultime » s'active et lui confère un tranchant qui n'a rien à envier aux épées sacrées.
Des ingrédients alignés sur le côté, diverses idées surgissent, sont triées, corrigées, organisées dans mon esprit……
« Yosh. »
Le plan est ficelé.
C'est maintenant que ce couteau doit être brandi.
« Ouraryaryaryaryaryaryaryaaaaaaaaaaaa !! »
Hachis express !
Couvercle tombant, dénerbage, évidération !
Kiééééééééééééééééé !!
« C'est fait ! Premier plat ! Sole meunière ! »
« De ce processus culinaire… ce plat sort ? » Voilà la technique culinaire forgée sous la tutelle de mon père !
Ça continue !
Le suivant, c'est le rendang !
La piadina !
Le carpaccio !
Les saltini ! (Sardinian savory biscuits)
Le tom yum kung !
Le buldak pokkeummyeon !
Le beignet noix de coco-banane !
Le scone wilish ! (Welsh scone)
Comment ça ! Le répertoire culinaire que j'ai acquis sous la guidance de mon père !?
« Comme d'habitude, la cuisine de Junior, c'est plein de trucs incompréhensibles. »
Hein ?
Vraiment ?
Je pensais que des plats rares suscitaient l'intérêt, moi……
« Même si tu dis ça, face à des plats qu'on voit pour la première fois, on ne sait pas quel goût ça a, et du coup on se méfie, c'est un fait. De ce point, la cuisine de Maître, rien qu'au nom et à l'apparence, on comprend, et ça donne envie. »
En entendant ça, je réalise que c'est là encore un point où je n'arrive pas à la cheville de mon père.
Je vois…… mon père allait jusque-là dans la considération, en créant des plats faciles à comprendre.
Moi, je me suis contenté de me noyer dans ma technique, sans assez de cette attention.
La prochaine fois, je réussirai un buldak pokkeummyeon que tous pourront accueillir et comprendre facilement !
« Donc c'est quoi, le buldak pokkeummyeon ? »