Au final, Ardhegg déclara aux autres dragons :
« Nous devons, en tant qu'espèce, conserver notre cohésion afin de pouvoir entretenir des relations pacifiques avec les autres races. Les paroles et actes de quelques rebelles deviennent la faute de l'espèce entière. En tant qu'Empereur-Dragon, je ne saurais le permettre !! »
« Kyaa ! Ardhegg, t'es trop classe ! »
À côté de moi, Bloody Mary s'agitait d'excitation.
Les dragons convinrent d'élaborer des règles pour s'organiser.
« Et le royaume des dragons ? »
« Pour l'instant, ne vaudrait-il pas mieux se contenter de rester en contact les uns les autres ? »
Ce sont des dragons qui, jusqu'ici, vivaient en toute liberté.
Le simple fait de se voir imposer des règles leur est déjà étranger ; s'ils devaient en plus former un État, ce serait un stress excessif.
À ce stade, on se bornera à leur faire respecter la règle « ne pas créer de friction inutile avec les autres races ».
Une fois cette unique décision actée, la séance fut levée.
« Je compte demander à des spécialistes de nous aider pour la rédaction détaillée des règles. »
« « « Heu !? » » » »
Le Roi Démon, Arowana et Letheasus retinrent leur souffle en l'entendant.
Des gens déjà débordés qui voient leur charge augmenter encore.
Ainsi s'acheva le tumulte des dragons…….
……………………
Et du côté de notre nation agricole, il y eut aussi du mouvement.
Jusqu'ici, pour sécuriser des espaces habitables, nous avions abattu des arbres, abattu, abattu sans relâche.
Grâce à cela, les plaines s'étaient étendues et les terrains constructibles s'étaient multipliés.
Mais le travail ne s'arrête pas là.
Les gens ne peuvent pas se contenter d'exister sur place.
Pour vivre, pour perdurer, une multitude de choses deviennent nécessaires.
Parmi elles, la plus importante : la nourriture.
Jusqu'ici, les vivres provenaient de l'aide envoyée par les divers pays.
La ferme en expédiait aussi une partie.
Mais ça ne peut pas continuer comme ça.
Chacun doit gagner sa pitance de ses propres mains. Ce n'est qu'en atteignant l'autosuffisance alimentaire qu'un pays peut se dire indépendant.
Notre nation agricole doit, elle aussi, devenir capable de produire sa propre nourriture, et ce le plus vite possible.
C'est pourquoi, à partir de maintenant, c'est de cela qu'il sera question.
Sur place, je réunis les pionniers et leur annonçai :
« Écoutez bien. Vous allez désormais vous charger de la mise en valeur des terres. »
Bon, vu qu'ils abattent déjà les arbres pour créer des plaines, ça compte aussi comme une forme de mise en valeur.
« Il s'agit de labourer la terre, de la rendre bien meuble, d'y épandre de l'engrais pour en faire un sol riche en nutriments. Une fois ce terrain prêt, on y sème des graines qui pousseront vigoureusement. »
Qu'est-ce qu'on va semer, au juste ?
Des fleurs ?
Bien sûr que non.
Des légumes, des fruits. De quoi mettre dans son ventre des racines, des feuilles, des fruits et avoir le ventre plein.
C'est en cultivant ce genre de choses qu'on établira l'autosuffisance de notre pays !!
Bien sûr, les fleurs aussi, rien qu'en les regardant, enrichissent le cœur !!
« L'abattage a progressé, nous avons pu sécuriser des espaces exploitables comme champs et rizières. Mais ce n'est pas le point final ! Ce n'est qu'une étape !! »
Aménager des champs sur ces espaces ouverts, y faire pousser des cultures, les récolter, et produire assez de nourriture pour nourrir tous les habitants de cette terre.
Voilà le vrai point final !
« Alors, tous ensemble, donnons-nous à fond pour créer nos champs !! »
« « « « « « Ouais ! » » » » » »
Une réponse nous est revenue, mais quelle mollesse !
Si le patron d'Ikaya entendait ça, il hurlerait « Y'a pas d'énergie, reprenez ! » — c'était à ce point plat.
Hein ? Qu'y a-t-il, tout le monde ?
Vous allez enfin pouvoir créer des champs sur notre territoire, vous savez ?
En franchissant un nouveau palier, vous ne devriez pas être surexcités ?
Comme je pensais ça, un des pionniers vint me le dire timidement.
« Euh… on comprend bien que c'est nécessaire… »
Vous comprenez, et alors ?
« Comment dire… c'est juste que… c'est un peu terne comme boulot… »
Ah ?
Terne ? Terne, dis-tu ?
« Jusqu'ici, tout ce que le Saint a fait, c'étaient des trucs tape-à-l'œil… »
« Du coup, à côté, ça fait pâle figure… non, on ne se moque pas, hein !! »
Les pionniers ayant leur part d'expérience, ils surent me rassurer illico.
Mou mou mou mou mou mou !…
Certes, depuis qu'ils ont rejoint la colonie, j'ai fait bâtir des demeures somptueuses, posé des rails, créé des donjons… pas mal de trucs qui en jettent.
Les stimulations répétées ont fini par engourdir leurs sensibilités.
Du coup, même si c'est nécessaire, la création de champs ne les fait plus vibrer.
Mais !
Je ne suis pas du genre à m'arrêter là, j'ai bien prévu un élément « tape-à-l'œil » pour cette fois aussi !
Susciter la motivation du peuple, c'est aussi le devoir crucial d'un dirigeant !
« Fufufufufu… Je m'en doutais, alors j'ai réfléchi, dans ma contrition, à un système spécial que je vais mettre en application. »
« Un système ? »
Ouais, l'élément « tape-à-l'œil », c'est ça.
Le système que j'instaure, c'est…
« La Loi de la Propriété Perpétuelle des Terres Mises en Valeur !! »
« « « « « Loi de la Peine de Mort Perpétuelle pour les Terres Mises en Valeur !? » » » » » »
Les caractères sont différents.
Laissez-moi expliquer. La *Konden Einen Shizai Hō*, promulguée vers l'époque de Nara, dit en gros : « Les champs et rizières que vous avez créés deviennent vôtres pour l'éternité. »
C'est une loi qui reconnaît ce droit.
Si on l'applique dans l'actuelle nation agricole…
« Ça veut dire… que les terres qu'on a mises en valeur ici deviennent les nôtres, tout simplement ?
C'est exactement ça.
« C'est ouf !! Si c'est le cas, je vais mettre en valeur comme un dingue !! »
« Toute la terre par ici, c'est la mienne !! »
Dès qu'ils ont compris, leurs yeux ont changé, d'une promptitude à toute épreuve.
C'est sûr, quand il y a un profit mirobolant à la clé, la motivation grimpe en flèche.
C'est là un « tape-à-l'œil » qui rivalise avec la construction du chemin de fer ou la création du donjon !!
… Bon, la *Konden Einen Shizai Hō* a ses propres problèmes, ceci dit.
Mais même en tenant compte de ces risques, la simple sonorité de *Konden Einen Shizai Hō* est si belle qu'on a envie de la prononcer à voix haute, c'en est effrayant.
Quoi qu'il en soit, limitons cette loi à la période de fondation du pays, en mesure temporaire.
C'est ainsi que les pionniers se mirent à manier la bêche avec entrain.
Créer des champs, ce n'est pas juste rendre la terre molle.
Pour que les cultures poussent bien, il faut en faire un sol gorgé de nutriments.
À cette fin, on y mélange toutes sortes de choses en labourant.
Coquilles d'œufs, os d'animaux broyés, etc.
Ils pourrissent, se décomposent, et sont absorbés par le sol comme nutriments essentiels.
Ces terres, à l'origine, faisaient pousser des arbres à foison, donc elles ont de la vigueur, mais comme ce sont des sols naturels, il faut y mettre la main pour y maintenir une répartition nutritionnelle idéale.
Un champ, dès lors que la main de l'homme y est passée, devient un ouvrage artificiel.
« Saint-sama ! Une fois les champs prêts, qu'est-ce qu'on y plantera ? »
« Hum… »
J'y ai pensé.
Bien sûr, si on cultive les mêmes légumes qu'à la ferme, le goût sera bon et ça mènera à l'exportation.
Mais il ne faut pas oublier.
Les légumes de la ferme ont été faits germer par moi grâce à « Porteur Suprême ».
En fait, de ces légumes-là, on ne peut pas récupérer de graines.
Pourquoi un tel mécanisme ?
Est-ce une disposition divine pour ne pas briser l'écosystème bêtement ?
Au final, ça a eu le mérite d'empêcher les variétés de la ferme de fuiter, mais du coup, j'hésitais à étendre mes légumes jusqu'à la nation agricole.
Si j'utilise mon pouvoir pour y faire pousser des légumes, ce pays tout entier finira par dépendre de moi indéfiniment.
Moi qu'on appelle Saint, je n'existerai pas éternellement.
Surement. Probablement.
Si ce pays en arrive à considérer comme normal de dépendre de moi, ma disparition signifiera sa ruine.
Un tel état dysfonctionnel, il faut l'éviter à tout prix.
« C'est pour ça que j'ai préparé ça. »
« Oh ! »
Des haricots.
Ne les sous-estimez pas parce que ce sont de simples haricots : c'est une pièce aboutie après d'innombrables sélections variétales par ce type de Lettuce Rate.
Par pure passion, il a créé, sans compter sur moi, une variété qui rivalise de saveur avec mon pouvoir !
Une amour des haricots à faire peur.
Et comme ce n'est pas un don du « Gift », les graines restent naturellement et se transmettent à la génération suivante.
La passion et l'amour de Lettuce Rate allaient porter les fondations de ce pays.
Les haricots sont bourrés de nutriments et peuvent servir de base alimentaire, après tout.
J'ai hâte de voir le jour où les champs fraîchement mis en valeur porteront des haricots à perte de vue.
… Hein ? Attendez ? Dans ce cas, ce pays ne risque-t-il pas de se faire absorber par Lettuce Rate ?