Ainsi prit fin le rapport au dieu des Enfers Hadès, et l'on peut dire que la conquête de la surface par le Roi des Démons-san Zedan fut menée à son terme.
« Le plus dur commence maintenant. »
Pourtant, le Roi des Démons-san ne baissa pas sa garde d'un poil.
Il ne sait dire que des choses admirables, ce Roi des Démons.
« La n'est que l'entrée. La vraie question, c'est comment rendre heureux sans contrainte les peuples qu'on a conquis et placés sous son joug. C'est là que se mesure la valeur d'un souverain. Le véritable travail du Roi des Démons commence ici. »
Un Roi des Démons sans faille, c'est en un sens le cheat ultime, non ?
Même face à un héros de niveau 1, il ne ferait absolument pas de favoritisme.
« En effet, c'est à partir d'ici que les choses deviennent vraiment difficiles, je le pense. »
Dit Astarès-san, qui se tenait à sa droite en tant qu'épouse du Roi des Démons.
« Surtout, ce que nous allons devoir gouverner désormais, ce sont les humains. Puisqu'il s'agit d'une espèce différente des démons que nous dominions jusqu'ici, rien que cela laisse présager bien des difficultés. »
« L'ancien régime qu'était le Royaume des Hommes n'a pas non plus été entièrement démantelé. De petits mais épineux problèmes couvent encore ça et là, qu'on ne saurait laisser pour compte. »
Ajouta Grashara-san, postée symétriquement à gauche en sa qualité d'épouse du Roi des Démons.
« Hé… Devant le Saint, évitez un peu les discussions politiques… »
Le Roi des Démons-san le reprend sur ce ton, mais…
« Mais puisque le roi s'est rendu, le pays des humains n'a pas totalement disparu, si ? »
Comme j'ai mordu à l'hameçon, il n'y a plus moyen de reculer.
« Ce n'est pas si simple. Le Royaume des Hommes possède, outre la famille royale, un autre facteur crucial qui soutient l'appareil d'État. »
« Le Cult. »
Le Cult vénère Zeus le Dieu Céleste, l'une des Trois Divinités, comme divinité suprême ; c'est, pour ainsi dire, la première secte des humains.
En ce monde, chaque race voue un culte fort au dieu qui l'a engendrée, si bien que l'organisation religieuse qui l'honore détient naturellement une grande influence.
Plus particulièrement, l'Église des humains possède sa propre structure organisationnelle et a bien la substance d'un « Cult ».
Elle a bâti son siège hors de la capitale royale, ce lieu a prospéré jusqu'à devenir une seconde capitale, s'immisçant profondément dans la politique nationale pour imposer sa volonté et engranger d'énormes profits, dit-on.
« Les gens du Cult géraient en monopole la magie rituelle octroyée par Zeus le Dieu Céleste, et en accaparaient aussi les bénéfices. L'existence du Cult est donc capitale. Dans un sens, elle rivalise avec la famille royale elle-même. »
« Non seulement la famille royale, mais il faut aussi anéantir complètement le Cult, sinon la pacification des humains ne verra pas sa véritable achèvement. »
Dit Astarès-san.
« Nous avons adressé une sommation de reddition non seulement à la famille royale, mais aussi aux sommets du Cult. Le roi, lui, s'est soumis docilement, mais les hautes sphères du Cult…, le Pontife et les cardinaux… »
Dit Grashara-san.
Pas possible…
« Ils ont fui, à toutes jambes. »
Depuis, la trace des dirigeants du Cult demeure introuvable.
« Nous y mettons toutes nos forces, mais les recherches piétinent sur cette terre de conquête qui nous est encore étrangère. »
« Pourtant, nous les avons menacés : "Si vous n'obtempérez pas, nous exterminerons tous les humains, civils compris." Ils n'ont pas hésité une seconde. On ne pouvait pas vraiment commettre un massacre, du coup le bluff a été éventé. »
C'est justement parce qu'ils ne tuent pas vraiment qu'ils sont trop gentils…
« C'est pourquoi le dispositif d'occupation de l'ancien Royaume des Hommes conserve encore des facteurs d'instabilité. Nous ne pouvons pas encore baisser la garde, et il nous est malaisé de nous rendre librement auprès du Saint… »
« Non, non, ne vous en faites pas. »
Quand le travail est dur, donnez la priorité au travail.
C'est ce qu'il y a de plus important.
« En vérité… les problèmes qui subsistent ne se limitent pas à cela… »
« ? »
La conversation commence à prendre une drôle de tournure.
Et l'on sent poindre une odeur de soufre.
« Côté famille royale ayant capitulé, bien entendu, ce n'est pas seulement le chef de l'État, le roi, que nous avons capturé. »
Devant le Roi des Démons-san qui peinait à parler, Astarès-san poursuit.
« Frères du roi, enfants, tout cela compris forme la famille royale. Il n'y a pas de sens si l'on ne les capture pas tous. »
« C'est vrai, en effet… »
Surtout le prince, qui est le légitime successeur du roi.
Même si l'on tuait le roi, si un prince parvenu à s'enfuir proclamait quelque part « À mon tour d'être roi !! », ce serait reparti pour un tour.
« Heureusement, nous avons pu placer en détention l'ensemble des proches du roi sans tarder. Mais leur sort pose problème… »
« Problème ? »
« Au sein de la haute direction de l'armée démoniaque, l'avis majoritaire est : "Exécutez toute la famille royale." »
« Ah… »
Ça, c'est… disons, inévitable…
Même si ce n'est pas inévitable.
« Mais le Roi des Démons-san lui-même, l'intéressé, ne semble pas enclin à suivre cette voie… »
« Je veux éviter autant que possible l'effusion de sang. Surtout, puisque le roi des humains a su faire preuve d'une telle résolution en se livrant lui-même, je ne veux pas infliger plus de souffrance à son pays. »
« …Et comme il a forcé la main en conseil, on a fini par décider d'exiler dans le territoire démoniaque le père du roi, l'ancien roi, encore vaillant à quatre-vingt-dix ans, ainsi que les frères et sœurs du roi, leurs épouses et leurs enfants. »
« S'ils sont hors d'atteinte, on sera tranquille. »
« Simplement, une seule personne subsiste qui ne permet pas d'être tranquille… »
C'est de plus en plus louche.
Je sais que ça va m'embarquer dans une histoire à problèmes, mais je ne peux pas ne pas demander la suite…
« …Qui est cette personne ? »
« La princesse. »
La princesse, hein.
Astarès-san continue sur un ton neutre.
« À l'heure actuelle, l'unique enfant du roi est la princesse Retasrate, âgée de dix-sept ans. Le Royaume des Hommes étant patrilinéaire, les femmes n'ont pas de droit de succession ; il était prévu que son futur époux devienne le prochain roi. »
« Ce projet a pris une tout autre ampleur dans la situation actuelle… »
Dit le Roi des Démons-san d'une voix exténuée.
« Chez les humains, si quelqu'un d'ambitieux veut arracher le pays aux démons, la princesse devient un prétexte tout trouvé. »
« S'il l'enlève et l'épouse, n'importe qui peut se proclamer roi légitime… »
« Étant le membre de la famille royale le plus dangereux, l'opinion majoritaire penchait pour la grâce des autres, mais l'élimination de la princesse seule… »
Astarès-san et Grashara-san aussi, en tant qu'épouses du Roi des Démons, avaient apparemment appuyé la clémence pour la famille royale, mais même elles n'avaient pu s'associer à celle-ci pour la princesse.
« À ce point, pour les démons, la princesse humaine est une existence périlleuse. »
« Je comprends que le Roi des Démons-san soit bon, mais il ne devrait pas y avoir de problème prioritaire sur la sécurité des démons. »
L'argument des deux reines démons est d'une justesse implacable, et le Roi des Démons-san ne peut le contredire, d'où son abattement.
« J'ai fait une promesse au roi des humains… »
En laissant percer son amertume, le Roi des Démons-san dit :
« En échange de sa vie, je garantis la sécurité de tous les humains. Cela inclut sa famille. Pour un parent, y a-t-il plus grand supplice que de voir sa fille tuée ?! »
« Non, même ainsi… »
C'est le destin de qui naît dans une famille royale…
« Astarès… »
« ? »
« Porte déjà mon enfant. L'accouchement est prévu pour l'été ou l'automne. »
Oh !
C'est vrai ? Félicitations !!
« Puisque je vais devenir parent moi aussi, je le comprends d'autant plus… ! La souffrance d'un parent dont l'enfant est blessé ! Je ne peux pas fouetter un roi qui a fait preuve d'une telle résolution, et moi-même je ne veux pas faire une chose pareille. Je cherchais une issue, mais… »
…………
C'est bon, j'ai compris.
Ce que le Roi des Démons-san veut dire, je l'ai saisi. Ou plutôt, c'est une requête.
Comme il est réservé et n'arrive pas à le formuler, je vais le faire à sa place.
« Compris. »
Dis-je.
« Cette princesse, on la prendra chez nous, à la ferme. »