Selon une vieille devise…
…les amateurs de ramen et les chauves ont toujours eu envie de tester leurs talents culinaires.
Il n’y avait aucun chauve ici, cela dit.
Ce qui lançait ce duel à coup de ramen, ce n’était pas un chauve, mais bien un dragon.
Virel contre Alexander-san.
Un affrontement suprême au rayon nouilles entre deux dragoons parmi les plus puissants.
Lequel des deux l’emporterait ?
« Mwa-hahaha ! Bien sûr que c’est moi qui gagnerais ! »
Virel éclata d’un rire tonitruant.
Il affichait une assurance totale, faisant complètement oublier sa peur et ses allures de fuyard qu’il venait encore de montrer.
« Je n’aurais jamais cru que vous prépareriez un terrain aussi avantageux pour moi ! À ce stade, je jure qu’Alexander-nii-san nous laisse tout simplement gagner ! Je prends tout sauf vos maladies, hein ! »
Qu’il était vaillant, Virel.
Enfin, ça devait juste signifier que ce combat lui paraissait plutôt favorable à ses yeux.
Moi-même je pensais exactement la même chose.
Si on parlait de compétitions culinaires, le rapport de force penchait largement vers Virel, disons cent contre un.
Après tout, Virel était désormais le meilleur expert en ramen de ce monde parallèle.
Mais qu’est-ce qui l’avait poussé à s’enrager ainsi sur les nouilles ?
Au départ, Virel n’était que le prototype typique d’un être suprême dont on servait les plats venus de son ancienne vie. Puis, sans prévenir, il s’était mis à cuisiner lui-même, au point de se métamorphoser en un dragon chef spécialisé à cent pour cent dans les ramen.
Si l’on analysait son état actuel sans détours, ses compétences en matière de nouilles auraient été amplement suffisantes pour ouvrir un stand dans un quartier populaire de Tokyo.
En revanche, concernant les capacités culinaires d’Alexander-san… honnêtement, je ne savais pas du tout.
À commencer par la question de savoir s’il savait même seulement préparer autre chose que des ramen.
Son aura ne collait vraiment pas avec ce genre de talent domestique.
On pouvait parler de simple débutant… voir pire, quelqu’un qui n’avait jamais tenu un ustensile de cuisine de sa vie.
Comment un Alexandre pareil pouvait-il tenir tête à Virel, pro du bouillon ?
Même s’il possédait un pouvoir capable d’anéantir ou de créer des univers entiers, cela ne se traduirait en rien dans la qualité d’un bol de nouilles.
Autrement dit, un véritable match de novice contre expert.
Avec l’écart cumulé d’efforts fournis, la victoire de l’un comme de l’autre sautait aux yeux comme le feu de mille feux.
« Ga-hahahaha ! Avec ça, ma victoire est blindée comme un immeuble certifié parasismique niveau trois ! Ne te laisse pas griser par ta toute-puissance, vieux frère ! Tu n’as vraiment pas appris chez ce roi quelconque qu’une arrogance face à l’infini vaut une défaite totale ?! »
« S’il y a autant de choses à apprendre, perdre reste une excellente expérience. Bon, alors, je prête ma poitrine pour l’affrontement ? »
Et c’est ainsi que commença l’affrontement direct entre Virel et Alexander-san.
Dans le cas où il ne s’agissait que d’un pur duel de forces brutes, ce serait incontestablement le grand match des numéro un et numéro deux de l’espèce draconique.
…Non, attends. Comme Alexander-san gagnerait probablement une fois sur dix milliards, peut-être que le spectacle n’en valait pas vraiment la chandelle.
Pourtant, ce qui allait suivre restait un mystère : un combat de ramen orchestré par des dragons.
Ni un concours d’avalage, ni une dégustation à l’aveugle. Les deux devaient préparer leur propre recette et juger laquelle était la plus délicieuse.
« Puisqu’il s’agissait d’un concours de saveurs, un jury s’imposait. Pouvions-nous compter sur Votre Sainteté pour ce rôle ? »
Hein ? Moi ?
Mais je suis officiellement rattaché au camp agricole. N’allait-on pas manquer de neutralité ?
« Nous croyons que Votre Sainteté incarne parfaitement la justice de son titre, sans prendre parti pour l’une ou l’autre partie. De plus, elle fait preuve d’une grande expertise et d’un palais précis. Impossible de trouver juge plus qualifié. »
Eh bien, quand on me flatte de la sorte, on me met mal à l’aise… !
Eh bien très bien, j’accepte donc avec humilité le poste de juré !!
Alors, mettez l’honneur et la puissance draconiques en jeu…
Combat de ramen, ready, go !!
« Eh bien, je vais te laisser gagner avec panache ! »
Naturellement, Virel fut le premier à bouger.
C’était une routine pour lui. D’un geste fluide et sans hésitation, il commença à pétrir et étaler les pâtes.
…Faites main ?
« L’élasticité est la vie même des nouilles de ramen ! Ce rebond unique contre la dent, cette résistance qui pousse en retour lors de la mastication, voilà ce qui fait tout le charme des ramen ! Pour l’atteindre, l’attention minutieuse du cuisinier est indispensable ! La pression utilisée pour battre la pâte ! La quantité et le moment exact pour ajouter l’eau doivent s’effectuer sans la moindre déviation ! Seules l’expérience accumulée et le sens affûté permettent un tel contrôle ! »
Déclara Virel.
Quant au temps de repos des pâtes, la Professeuse et compagnie gérèrent les délais grâce à quelques manipulations temporelles.
« Il faut découper la pâte durcie en portions pour former les nouilles ! Et là encore, c’est ardu ! Pour obtenir une texture agréable, l’épaisseur doit être parfaitement uniforme ! Trancher chaque segment à intervalle strictement identique requiert une précision digne d’une machine ! »
Toi, tu connais vraiment le fonctionnement d’une machine ?
Pourtant, Virel hachait et fendillonnait la pâte avec une précision mécanique, jusqu’à obtenir des filaments fins comme des soies. (Figure de style)
Difficile de croire qu’il ait su parfaire un tel tour de magie.
En même temps, on se demandait pourquoi un dragon comme lui gaspillait tant d’énergie à se fatiguer ainsi.
« Viennent ensuite les nouilles, place au bouillon ! Mais attention, un bon fonds ne s’improvise pas en un claquement de doigts ! Il faut faire mijoter les ingrédients pendant des heures pour en extraire l’essence ! J’ai même entendu parler de chefs ajoutant du liquide jour après jour pendant des années pour continuer à servir le même stock ancestral ! Pour un artisan du ramen, les années n’entassent pas uniquement savoir-faire et technique ! Le bouillon lui-même se construit année après année ! »
Virel ne semblait pas prêt de lâcher le morceau sur son art.
Ce type accumulait décidément des points d’expérience culinaire dans des directions fort compliquées.
« Dans mon bouillon signature aux os spéciaux, j’immerge mes nouilles al dente ! Après vient le tour des garnitures ! Quantité et variété varient selon la base du ramen choisi ! L’équilibre général prime avant tout ! Pour le mien, le mieux est encore de disposer avec parcimonie quelques ingrédients rigoureusement sélectionnés ! »
Ainsi naquit le plat… un spécial Os-Speciaux de Virel me fit face.
Vint donc l’heure de mes fonctions de juré.
Je portai une première bouchée du ramen de Virel à mes lèvres…
« Ouais, c’est bon. »
C’était un ramen incroyablement savoureux, presque idéal.
Le bouillon d’os (issu de la viande draconique), emblématique du style ramen.
Ce fond-là était déjà un pur délice en soi, malgré sa forte concentration de composés actifs.
Des garnitures auxiliaires comme des légumes avaient été judicieusement dosées pour sublimer le bouillon principal. On gardait la richesse tout en offrant une rondeur accessible à tous les palais.
C’était littéralement un ramen si bon qu’on aurait voulu bondir de joie.
L’équivalent d’un repas commandé dehors qui garantissait qu’on terminerait la journée sur une note de pure félicité.
Merci pour ce festin.
« Maître, votre réaction est un peu fade », murmura-t-il.
Inévitable, après tout.
Il ne s’agissait pas de ma première fois à goûter tes créations. Simuler une surprise virginale à chaque bouchée devenait impossible.
Mon verdict de « exceptionnellement délicieux » restait intact, donc ça devrait le faire.
En clair, ma notation pour Virel passait en score parfait, cent sur cent.
Maintenant, comment comptait s’y prendre pour affronter ce résultat ?
Même le dragon le plus puissant de l’univers perdait toute crédibilité en cuisine si son bagage technique était nul. Face à Virel, verrou culinaire imprenable, il n’avait aucune chance.
Quelle stratégie secrète Alexander-san avait-il donc prévu… ?
Alexander-san, lui, commença par faire chauffer de l’eau dans une casserole classique…
Il ouvrit un sachet de nouilles qu’il avait préparé et y versa le contenu !
« Euh ?? »
Des nouilles en sachet ??
Pourquoi diable existaient-elles dans cet univers fantastique alternatif ??
« Je les ai faites venir d’ailleurs », répondit l’intendante.
C’était son intendante qui s’expliquait ??
« En tant que Roi du Non-Vivant, je reste loin de rayonner autant que les Trois Sages. Néanmoins, je possède quelques sorts maîtrisés. Parmi eux figurent les déplacements dimensionnels. A la base conçu pour transporter Votre Majesté dans un vide interstellaire afin de combattre sans restriction… »
Elle disait ça bien tranquillement, mais c’était franchement effrayant.
« C’est par cette compétence que je vous ai rapatrié ces ramen instantanés en sachet depuis un autre monde. Si cela sert Alexander-sama, ce petit effort me coûte moins qu’une plaisanterie. »
Et surgit le résultat : des nouilles instantanées en sachet…
Sans aucune connaissance culinaire de la part d’Alexander-san, le bol restait totalement nu. Un ramen en état de marche à mains nues, sans garniture.
Cependant, en ma qualité de juré, j’étais obligé de goûter moi aussi.
Une petite bouchée… zoulp zoulp zoulp.
« ……! »
……
Qu’est-ce… qu’est-ce qu’il m’a fait avaler, Alexander-san ?
A peine les lèvres refermées, le souvenir me submergea.
Mes souvenirs d’enfance mangeant des ramen en sachet… ??
Ces soirs où, le dîner terminé, je réclamais une collation tardive que maman préparait avec des sachets trouvables partout.
Prêts en quelques minutes, pourtant si réconfortants.
Grandis, j’avais pris le pli de les cuisiner moi-même dès que je savais manipuler les flammes.
Le goût de ces nouilles en sachet demeurait indissociable de mes premières années…
Cette certitude tranquille de se glisser sous les couvertures après une longue journée en mordant dans un sachet bouillant…
La douceur familiale se déverrouillait à travers ce simple aliment… !
Pour moi, ayant vécu cette époque, c’était presque l’odeur du foyer maternel.
« Je vous remercie profondément pour ce mets mémorable… ! »
Il est vrai que le ramen artisanal créé par Virel était formidable.
C’était un goût capable d’éveiller des émotions vraies.
Toutefois, ces sachets destinés à tous les jours possédaient leur propre charme singulier.
Tu m’en rappelas soudain l’importance.
Merci beaucoup.
…Bon, et le résultat du match finalement ?
Virel l’emporte logiquement.
Le sachet en lui-même était délicieux, mais impossible de déclarer un vainqueur sans aucune préparation ajoutée.