Je suis moi.
Apparemment, il s'est passé quelque chose de grave.
Je l'ai appris d'Hadès, qui a débarqué dans ma ferme.
Il arrive vraiment n'importe quand pour quémander, c'est un calvaire.
Hadès fourrait du riz frit à l'ail dans sa bouche tout en me racontant ce qui s'était produit avant sa venue.
« Haa, quand on a appris que Zeus s'était échappé, j'ai eu une frayeur, mais grâce à Se○m, tout s'est bien passé. Si une anomalie survient, moi ou Poséidon sommes prévenus immédiatement. Le temple de scellement d'Héphaïstos est vraiment bien entretenu. »
On dirait qu'un dieu maléfique a ressuscité.
C'est effectivement grave.
Selon les cas, le monde qui avait enfin trouvé la paix risque de replonger dans le chaos.
Mais cette fois, la crise a été évitée grâce aux dieux légitimes qui veulent protéger le monde.
Enfin, les dieux, c'est leur job à la base, alors tant mieux s'ils bossent correctement.
Alerté par le signal d'urgence, Hadès s'est précipité sur les lieux.
Zeus était traçable par système GPS dès l'instant où il a quitté l'espace de scellement, donc il a été retrouvé tout de suite.
Heureusement, Poséidon arrivait par le même système, et par chance, Cronos était avec lui en train de faire du sm○rtphone, donc il l'a accompagné.
Zeus, encerclé par ses frères avec qui il est en froid, et son père avec qui il a fait la guerre pour de vrai. Plus aucune issue.
Et le plus surprenant, c'est que celui qui a porté le coup final n'était ni un frère, ni le père.
« C'est Sugawara no Michizane qui... a agi. »
Hein ? Pourquoi ce dieu ?
Il est devenu pote avec Cronos, mais c'est le territoire d'un autre, il ne peut pas intervenir si facilement, non ?
« Comme il insistait absolument. Apparemment, le fait qu'il n'y ait pas de dieu de l'érudition dans ce monde lui restait en travers de la gorge. Il a demandé des comptes à Zeus, le dieu suprême. »
Bien sûr, Zeus n'a pas pris ça au sérieux et ça a dégénéré en combat.
« Michizane en mode combat, c'était flippant. Zeus s'est fait massacrer unilatéralement sans pouvoir faire quoi que ce soit. Pourtant, ils manient tous les deux la foudre, mais il n'a pas fait le poids. »
Ainsi, Zeus, réduit à l'impuissance jusqu'à ne plus pouvoir bouger, a été capturé et remis dans le scellement.
« Franchement, s'il était resté sage en montrant des signes de repentir, je comptais le libérer dans cent mille ans. Mais comme il s'est enfui, on ne peut pas dire qu'il a manqué de respect à la sincérité, alors ce sera dix millions d'années de travaux forcés. Dommage, s'il ne s'était pas évadé... »
Hadès le dit avec un air regretté, mais on n'entend pas tant de regret que ça.
Sûrement que même si Zeus faisait sa peine sérieusement, il trouverait une excuse pour ne pas le sortir avant cent millions d'années.
« Hé, Saint, une autre bière. »
Oui, oui.
La preuve, Hadès, qui a réussi à remettre Zeus en prison, boit de bon cœur.
Comme pour trinquer à la victoire.
Mais est-ce qu'on peut vraiment se réjouir comme ça ?
Le fait que Zeus ait réussi à s'évader veut dire qu'il existait un moyen d'annuler le scellement, non ?
Si on n'en identifie pas la cause, ça risque de se reproduire, non ?
« De ce côté, c'est bon. La cause est déjà élucidée. »
Ah bon.
« Cette évasion de Zeus, c'est l'œuvre d'Athéna, une consœur de la sphère céleste. Elle élève Érichthonios, le fils d'Héphaïstos, et en exploitant les mêmes informations génétiques qu'Héphaïstos, qui a conçu le scellement, elle a réussi à créer une faille. »
La déesse Athéna.
Le coupable, c'était elle !
Pour Athéna, je m'en souviens, elle a hurlé des absurdités dans ma ferme, et la héroïne Momoko, à bout de patience, l'a envoyée valser au bout du monde. C'est encore frais.
Que cette Athéna ait agi pour la résurrection de Zeus... c'est difficile de penser que ce soit sans lien avec l'affaire de la ferme.
Elle a dû prendre ça comme une vengeance pour s'être fait rejeter et envoyer bouler.
« La prévention de la récidive est simple. J'ai fourré Athéna dans l'espace de scèlement en même temps. »
Waouh.
Du coup, dans le scellement céleste, il n'y a plus que Zeus et Athéna, tous les deux.
« Les cris d'Athéna au moment où on la fourrait dedans, c'était du spectacle. "Seule avec un vieux pervers pareil, ma virginité est morteeeee !" qu'elle hurlait !! »
Hadès avait l'air vraiment ravi de le dire.
Une déesse vierge et le grand dieu de l'adultère, enfermés pour l'éternité dans un espace isolé. Impossible que rien ne se passe...
« Même Zeus n'a jamais mis la main sur sa propre fille. Il faisait une tête blessée, genre "tu n'as même pas cette confiance en moi ?". Comme s'il avait le droit d'être blessé, cet enfoiré !! »
Et Hadès d'éclater de rire, incapable de se retenir.
« De toute façon, pour la guerre, y a Bélasrès qui gère, donc la disparition d'Athéna ne pose aucun problème. Au contraire, sa présence ne faisait que créer des ennuis, alors ce double scellement, c'est que du bon ! »
Ah, c'est bien ce que je pensais.
« Le problème, c'est Héra, qui est folle de Zeus pour une raison incompréhensible. Par un hasard heureux — ou malheureux —, elle était pile à un buffet de gâteaux à ce moment-là. Quand elle est revenue et qu'elle a appris la nouvelle, elle a hurlé. »
— « Hein !? Zeus a été libéré sous condition !? Pourquoi on me l'a pas dit !? »
— « Et en plus Athéna est reseignée avec lui !? Quel culot !! »
— « Au final, la fille chatte voleuse est une chatte voleuse elle aussi !! »
« Elle a fait un scandale avec tout ça, et à la fin, elle a même dit qu'elle allait se faire sceller avec Zeus, c'était le chaos. Bélasrès a eu toutes les peines du monde à la calmer. »
C'est...
Encore un gros bordel.
Mais c'est Héra, quand même ?
Fallait-il vraiment l'arrêter ?
Au contraire, si elle se faisait sceller dans le paquet, ce serait jackpot pour le monde...
« Pour Bélasrès, c'est quand même sa mère biologique. Vu son caractère, il ne peut pas l'abandonner. Surtout quand on voit que sa relation avec son autre fils, Héphaïstos, est catastrophique... ! »
Bélasrès...
Une telle noblesse d'âme, et il tombe sur une mère au caractère pourri.
De lui aussi, on sent l'odeur d'un type qui en bave...
Non, d'un dieu qui en bave ?
« Héra, elle, est irremplaçable comme déesse mère céleste, son rôle est trop important. Contrairement au dieu de la guerre ou au chef des dieux, des postes où les remplaçants se bousculent, on ne peut pas l'éliminer à la légère, c'est ce qui la rend ingérable. Franchement, c'est la numéro un des dieux pénibles. »
Hadès grommelait.
Quoi qu'il en soit, Athéna, qui semait la guerre à tout va, est scellée, et le monde avance vers plus de paix.
Pour couronner le tout, Athéna était la déesse chargée d'attribuer les compétences aux gens d'autres mondes lors de leur invocation.
Moi, j'ai eu la chance de recevoir mon don d'Héphaïstos, qui faisait l'intérim pendant l'absence de la déesse.
Mais Athéna, elle, se contentait de donner des compétences aux invoqués pour les jeter dans la guerre comme des obus, jusqu'à ce qu'ils s'épuisent.
Sous cet angle, ce scellement me semble une issue on ne peut plus logique.
« Tout se règle petit à petit, hein. »
C'est la héroïne Momoko qui a dit ça.
Depuis sa première visite, elle est restée à la ferme.
« Depuis que j'ai trouvé cette ferme, j'ai l'impression que toutes les choses qui tournaient en rond en moi se démêlent. J'ai vaincu le Roi des Démons, accompli mon devoir de héroïne, et la déesse qui nous a appelés sans notre consentement a reçu son châtiment divin. »
Un dieu du ciel qui se fait châtier par le ciel, c'est ironique, mais bon.
Momoko, elle aussi, doit avoir des pensées sur le chemin qu'elle a parcouru.
Portée aux nues comme héroïne, croyant que combattre les démons était la justice, voyant cette justice niée en bloc, et cherchant sa propre voie jusqu'à aujourd'hui.
Même venue d'un autre monde comme moi, elle a porté l'archétype de la tragédie de l'invoqué, là où moi j'ai pris une route différente.
Son parcours chaotique a enfin trouvé une conclusion uniforme.
Elle a de quoi être émue.
« Hmm... Vu comme ça, même si c'est l'œuvre des dieux célestes, en tant que dieu moi-même, je sens que j'ai ma part de responsabilité. »
C'est Hadès qui a marmonné ça.
On en est où, là ? Le héros et un dieu qui causent tranquille dans le même espace, c'est normal ?
« Les invoqués d'autres mondes sont des victimes, appelées sans qu'on leur demande leur avis. Les avoir appelées et basta, "le mal absolu est détruit, fin heureuse"... est-ce qu'on peut vraiment en rester là ? »
Hadès marmonne pour lui-même.
« Bon, c'est décidé. »
Hein ? Quoi ?
« Assumer les conneries des dieux célestes, c'est le devoir de nous autres, dieux du même acabit. Je vais réfléchir à tout un tas de mesures pour prendre en charge les gens invoqués dans un autre monde, du côté des enfers !! »