Les elfes ayant rejoint la ferme, l'éventail de ce que nous pouvions faire s'est considérablement élargi.
Jusqu'ici, la fabrication à la ferme était soutenue par le fait que mes maigres connaissances modernes de l'ancien monde étaient plus que compensées par le « Porteur suprême ».
Il y avait donc une limite à ce qu'on pouvait faire, et les aspects fins et spécialisés restaient imparfaits.
Bon, même comme ça, le « Porteur suprême » comblait la plupart des gouffres de l'impossible, ce qui nous aidait bien, mais ce n'était pas parfait pour autant.
Ce qui rend les choses parfaites, ce sont elles, les elfes.
Les techniques et connaissances qu'apportent ces filles du peuple des forêts s'imbriquent avec mes connaissances de l'ancien monde et portent leurs fruits.
Ces derniers temps, plusieurs projets qui piétinaient à « un pas de la finalisation » ont été menés à bien d'un coup.
Et cette fois encore…….
………… « Bouclier, terminé ! »
Un orque et un elfe sont venus me montrer quelque chose, main dans la main.
……
Bon, peu importe. Face à ce duo orque‑elfe, je ne peux m'empêcher d'imaginer autre chose…….
Non, jetons aux orties les valeurs sales de l'ancien monde.
Dans notre ferme, les orques sont charpentiers, chargés du génie civil et de la construction, et les elfes s'occupent de la petite fabrication.
De par leurs métiers, ils sont souvent amenés à travailler ensemble, c'est l'ordre naturel des choses !
« Donc, quelque chose est fini ? »
« Un bouclier !! »
Ce que brandissaient les ouvriers orques et elfes, c'était une grande carapace de tortue, ronde.
« Ah, ça ne serait pas……. »
N'est‑ce pas la carapace du monstre tortue qu'on a abattu dans le donjon remanié par Viel, l'autre jour ?
Après l'avoir vaincu, on avait examiné s'il y avait des matériaux utilisables : la chair s'était révélée immangeable, trop mauvaise.
En revanche, la carapace était dure et bien formée, alors on avait essayé tant bien mal de l'exploiter.
« Du coup……. Un bouclier ? »
Un bouclier en carapace.
D'une certaine façon, l'utilisation la plus orthodoxe.
« Oui ! Puisque c'est la partie la plus résistante du monstre d'origine. Non seulement c'est simplement dur, mais sa forme hémisphérique dévie la force, ce qui est très efficace ! »
C'est un des nouveaux orques qui dit ça.
Comparé aux anciens comme Orkbo, il a l'air jeune et fringant.
« …… Cela dit, la carapace d'une tortue‑monstre morte perd sa fraîcheur, disons‑le comme ça : les interstices de la carapace deviennent fragiles……. »
« Du coup, on se disait qu'on ne pourrait en faire quoi que ce soit……. C'est là que ! »
Zubaban !
« Grâce à leur coopération, tout a changé »
et les orques font un geste de louange à fond pour les demoiselles elfes.
…… Euh.
Elles font partie de l'équipe elfe… du groupe menuiserie, non ?
« Non, nous, on a juste……. »
« On s'est dit que si on coulait du vernis dans les interstices fragiles de la carapace, ça pourrait renforcer la solidité……. »
Du vern ?
Tiendrais‑je, il y en avait dans mon ancien monde aussi. De la sève d'arbre qu'on applique sur le bois pour faire briller ou renforcer, et qui servait autrefois de colle.
« Comme on a découvert des vernis du Japon dans la forêt annexe……. On a rapporté la sève……. »
« Du coup, la carapace de tortue, renforcée par le vernis, a évolué en la meilleure armure qui soit ! C'est grâce aux elfes !! »
Yé ! Et les elfes et les orques se tapent dans la main.
……
…… Ouais.
Dans notre ferme, les elfes et les orques sont potes. S'entendre bien, c'est ce qu'il y a de mieux.
« Du coup, on voudrait que le Saint vérifie le résultat……. »
Hum.
La carapace a vraiment été travaillée en bouclier ; l'intérieur porte une poignée bien placée.
Je la prends : elle pèse son poids, semble difficile à manœuvrer, mais inspire confiance comme armure.
« Horyaa ! »
« Oo !? »
Soudain, les orques tailladent, mais je pare sans peine avec le bouclier.
Les elfes tirent aussi des flèches, mais l'hémisphère disperse la force et la dureté intrinsèque les renvoie.
Pas une ne perce, pas une n'égratigne.
« L'intention se comprend, mais arrêtez les attaques surprises ! Ça fait flipper !! »
«««« Désolés »»»»
Pourtant, c'était une attaque assez violente, je crois, et zéro dégâts : c'est costaud.
À l'échelle de ce monde, ça correspond à quel rang ?
Même si ce n'est pas de l'équipement légendaire, ça doit se classer assez haut.
« Saint‑sama »
Là, un gobelin m'appelle d'un autre côté.
« Le prince Arowana est venu jouer ! »
………… Aujourd'hui encore, le prince Arowana des hommes‑poissons est venu jouer.
« Faisons du sumo !! »
Et il a toujours l'air accro au sumo.
Les orques et gobelins qui partagent ce goût accourent, s'empoignent avec le prince Arowana en position de yotsu et se font projeter.
« …… Le prince Arowana, il n'est pas trop fort ? »
Moi qui l'évite depuis un bon moment, je le regarde lutter et je le pense sincèrement.
Nos orques et gobelins, au contact de mon « Porteur suprême », ont évolué au‑delà de l'extrême pour devenir des variantes : Warrior Orc, Spartan Goblin, et sont censés être ultra‑forts.
Les plus anciens sont montés encore d'un cran en Legionnaire Orc et Brave Goblin, dit‑on, assez pour broyer un héros d'une pichenette.
Pourtant, ils perdent.
Contre le prince Arowana, au sumo.
Tout à l'heure encore, Gob‑Zaemon, son partenaire de sumo le plus familier, s'est fait jeter.
Lui aussi est censé être en forme à deux évolutions, Brave Goblin, mais bon.
« Oh ! Saint‑dono ! Pardon de me défouler avant même de saluer ! »
Il dit ça en avançant en position de hakkeyoi.
Arrêtez de vous glisser vers moi comme ça.
Vous comptez me happer à la première ouverture, hein ?
« Hé, vous avez l'air d'avoir quelque chose d'intéressant ? »
Le prince Arowana réagit déjà à mon bouclier‑carapace.
Je l'avais encore en main depuis l'essai.
« C'est un bouclier costaud. Lourd et stable. »
Et, on ne sait comment, le bouclier est passé de ma main à celle du prince Arowana ?
« Les hommes‑poissons utilisent des boucliers ? »
« La tactique de base des hommes‑poissons, hors potions magiques, c'est l'attaque de charge en tirant parti de la nage. Un bouclier pour la parer est donc crucial. »
Et, bouclier en main, il mime le mouvement de dévier une pointe de harpon qui fondrait sur lui.
« …… Si vous voulez, vous l'emportez ? C'est un prototype, excusez‑le. »
« Quoi ! Vraiment !? Mais je ne peux pas只 prendre sans rien donner !? »
Il dit ça, mais il a l'air ravi.
Dans n'importe quel monde, une nouvelle arme ou armure fait battre le cœur des garçons.
« Prince Arowana ! »
Nouveau personnage.
C'est Puffa, une des hommes‑poissons qui travaille à la ferme.
Elle est amoureuse du prince Arowana.
« Si tu viens, dis‑le à l'avance ! Tu déranges le Saint ! »
Moi, ça ne me dérange pas.
« C, c'est vrai !… Désolé, Saint‑sama, j'ai cru qu'on était devenus assez proches pour me permettre ça……. »
C'est exactement ça.
On est proches. Pas de réserve.
« Bon, tant pis. Tombe bien, prince, sers de cobaye pour mon nouveau produit. »
« Cobaye ? »
Ça sonne dangereux.
« En ce moment, au chai, un nouveau tsukemono est prêt. Le nukazuke, tu vois. Toi, le roi No‑Life King en raffole, non ? Si tu as un autre favori, la demande se répartira et ça nous arrangera. »
« Inutile de te faire du souci. C'est toi qui l'as fait avec tout ton cœur. Quoi que ce soit, ce sera bon. »
« …… ♡♡♡♡♡♡ »
Le visage écarlate, de la fumée bouillonne au sommet de sa tête.
Vraiment facile à lire.
« Alors c'est ça, le nukazuke ? Hmm, ça a l'air bon aussi ! »
Et ce que le prince Arowana saisit, c'est un concombre entier en nukazuke.
Crac crac, il croque le concombre.
Une mine vraiment appétissante.
« …… ? »
Attendez.
En regardant ça, je pense.
Le prince Arowana, qui s'est mis au sumo récemment, tient un bouclier en carapace de tortue et croque un concombre avec délice…….
Sumo.
Carapace.
Concombre.
« Il devient de plus en plus kappa !? »
Le prince des mers, Arowana‑san.
À chaque visite, il se transforme en enfant de la rivière !!
Faut peut‑être vraiment l'arrêter !?