LE Concept Vivant ne se retourna pas. Sa forme, un nuage scintillant, en perpétuel changement, de pure pensée géométrique, resta fixée sur le carnage silencieux et en boucle !
LE Émotif Vivant s'en approcha, sa propre forme un kaléidoscope de toutes les couleurs qui avaient jamais été et qui le seraient jamais.
« Mais tu sais, » continua-t-il, son ton teinté désormais d'une finale quasi dédaigneuse, « tous les Systèmes d'Existence qu'ils utilisent, à moins d'être grandement modifiés, n'autoriseront aucune de ces existences à passer à l'Échelle d'Existence supérieure. Ce sont de belles, d'intriquées cages. Elles permettent une croissance immense entre leurs barreaux, mais... ce ne sont toujours que des cages. »
WAA !
À cela, LE Concept Vivant réagit enfin. Une pulsation d'indignation purement logique, un hochement conceptuel, traversa sa forme.
« Fut-il si aisé d'atteindre l'état de LA ? » Ses pensées étaient une transmission nette, tranchante, une lame de pure raison.
« Même pour nous, cela a coûté nos Touts et plus encore. Ce ne fut pas une simple ascension ; ce fut une auto-immolation, un consumage de tout ce que nous étions pour devenir quelque chose de nouveau. Ces "cages", comme tu les nommes, sont les voies mêmes qui rendent une telle ascension ne serait-ce que lointainement possible pour des êtres inférieurs. »
LE Émotif Vivant acquiesça, un geste qui fut une vague d'accord contemplatif. « Oui, mais LA CRÉATURE n'est-elle pas... la plus profonde parmi nous ? De nous tous, c'est le seul qui ne s'inquiète pas d'avancer. Pendant que le reste de nous... cherche encore à grimper plus haut dans l'Échelle d'Existence, lui continue d'être le plus puissant parmi nous ! »
... !
Le nom, LA CRÉATURE, flotta dans l'air, un poids qui semblait courber la lumière même de l'atelier conceptuel.
La forme de LE Émotif Vivant tourbillonna d'une émotion nouvelle, plus profonde : une curiosité ancienne, profonde, presque nostalgique.
« Il joue. Il observe. Il expérimente. Tandis que nous construisons nos échelles vers les cieux, il semble se contenter de marcher sur la terre, et pourtant il est déjà dans le ciel. »
Une pensée nouvelle, plus leise, plus dangereuse, s'immisça dans la conversation, un murmure venu des tréfonds de l'être d'Émotif.
« Peut-être... la seule façon d'avancer n'est pas de grimper plus haut, mais de bâtir un tout autre genre de maison. Un sanctuaire de croissance... de Civilisation. »
HUUM !
La forme de LE Concept Vivant scintilla, ses motifs géométriques se décalant avec une alarme soudaine, vive.
« Un sanctuaire ? » Ses pensées étaient un contre-point froid, analytique.
LE Émotif Vivant sourit, une expression brillante, belle, et utterly terrifiante qui envoya des vagues de joie pure, inaltérée, onduler à travers le vide.
« Qu'est-ce que la maîtrise, sinon la capacité de choisir de ne pas jouer le jeu ? » chanta-t-il, sa voix un chœur d'excitation pure, inaltérée. « Qu'est-ce que le vrai pouvoir, sinon la liberté de bâtir un jardin de glorieuse Civilisation orientée vers l'avancement ? Huhuhu ! »
... !
Sur cette déclaration finale, cryptique, et utterly terrifiante, la présence de LE Émotif Vivant s'effaça, laissant LE Concept Vivant seul dans son atelier de carnage silencieux et en boucle, avec une idée nouvelle, troublante, et très, très dangereuse à contempler.
—
Noah passa ce qui lui sembla une heure en tant que papillon, une danse silencieuse, partagée, dans un monde de glace et de lumière !
Puis, d'un dernier battement respectueux de ses ailes cristallines, il reprit sa forme.
Il poursuivit sa promenade, et bientôt, il croisa une autre créature dans ce royaume de froid cuisant !
C'était un Diplodocus, sa forme colossale une montagne mobile de brillance glaciaire. Sa peau n'était pas de chair, mais d'une glace iridescente, scintillante, qui semblait contenir la lumière de mille aurores.
Il avançait avec une grâce lente, pondérée, son long cou s'élevant pour brouter les feuilles gelées des arbres titanesques.
Noah l'observa, puis se transforma à nouveau.
Le Diplodocus cligna de ses yeux massifs, anciens, alors qu'une seconde créature identique, de glace et de lumière, apparaissait à ses côtés.
Il sembla s'étonner, d'une curiosité lente, placide, de ce qu'un être d'un pouvoir de transformation si immense avait tant de temps pour jouer.
Noah, sous sa nouvelle forme, se mit à manger comme mangeait le Diplodocus, à bouger comme il bougeait. Il sentit sa Voie d'Existence.
C'était une philosophie de force tranquille, inébranlable.
Il n'avait pas besoin d'être rapide, car il était inévitable.
Il n'avait pas besoin d'être agressif, car il était insurmontable. Sa puissance ne résidait pas dans le port d'un coup, mais dans le fait simple, absolu, de sa propre présence massive et durable.
Il reprit sa forme, une compréhension nouvelle, plus profonde, s'installant en lui !
La Voie du papillon était de danser avec la tempête.
La Voie du Diplodocus était d'être la montagne contre laquelle la tempête se brise.
Les deux étaient valides. Les deux étaient vraies.
Comme il s'apprêtait à poursuivre son voyage d'exploration existentielle, une voix, claire, résonnante, et choquante d'humanité, retentit derrière lui.
Elle était emplie d'un émerveillement vif, presque académique !
« Wahou, je n'aurais jamais pensé à faire quelque chose comme ça pour mieux comprendre la nature des choses ! »
... !
Noah se tourna, et sa propre existence, qui venait d'être un fleuve calme, contemplatif, bourdonna !
Là, dans le froid cuisant, concept-gelant, des Premiers Plis, se tenait un humain.
Un Habitant des Plis. Il portait de simples robes archaïques, son visage était celui d'une intelligence vive, aiguë, et ses yeux... ses yeux contenaient une lumière à la fois brillante et utterly, terrifiantement, normale.
Noah ne pouvait sentir la moindre once de mana ou d'autorité émanant de lui, et pourtant il était là, survivant, prospérant, dans un lieu où un être de même quelques Quadrillions de puissance, s'il n'était pas né de cet environnement, périrait !
Et il ne l'avait pas senti. Il ne l'avait pas vu arriver.
L'expression de Noah s'alourdit. Qui était cet être face à lui ? Comment ne l'avait-il même pas senti, et comment était-il apparu ?!
Avec de telles questions en tête, il demanda calmement, sa voix un murmure bas, dangereux : « Qui es-tu ? »
... !
À une telle question, le brillant Habitant des Plis cligna des yeux, puis un sourire, une expression chaleureuse, nostalgique, s'étendit sur son visage.
Il pouffa, un son d'amusement authentique, presque nostalgique. « On dirait pas si longtemps que je posais la même question à certains êtres... bref, peu importe. Salut, je suis... Anaximandre. »
HUUM !