L'homme tenait un râteau dont les dents avaient été lissées par l'usage.
La femme portait une houe dont la lame avait été aiguisée tant de fois qu'elle avait changé de forme.
Tous deux avaient les cheveux blanc-bleu qui semblaient contenir la couleur du ciel juste avant l'aube, ce moment liminal où la nuit avoue sa défaite mais le jour n'a pas encore tout à fait revendiqué la victoire.
Au moment où ils apparurent, d'autres se matérialisèrent à leurs côtés… tous vêtus d'habits de cultivateur similaires, tous portant des outils de culture plutôt que de destruction !
Sept figures de plus se résolurent de la possibilité en présence, jusqu'à ce que neuf se tiennent au total au-dessus du rassemblement des êtres les plus puissants de l'existence.
Et le moment où les neuf eurent pleinement manifesté, une aura calme et claire se dégagea de chacun d'eux.
Le pouvoir qui irradiait de ces silhouettes simplement vêtues n'assautait pas la réalité ni ne défiait d'autres autorités !
Il était simplement, avec la certitude patiente des saisons qui changent, des graines qui poussent, de la moisson qui suit inévitablement le semis.
Pourtant, cette certitude patiente portait un poids… un putain de poids lourd !
C'était grandiose dans sa simplicité. Cela ressemblait à la moisson dans son inévitabilité. Et indubitablement, incontestablement, impossiblement… cela dépassait un quadrillion.
Un quadrillion. Pour chacun d'eux !
La marque d'une Jeune Créature Primordiale, multipliée par neuf, debout en habits de paysan au-dessus d'un rassemblement qui s'était cru le summum de la puissance !
Ce qui était le plus choquant n'était pas seulement l'ampleur, mais la nature de leur pouvoir.
Cinq des neuf entités ne montraient aucune Autorité Existentielle Vivante, les marquant clairement comme des Habitants des Plis… des êtres qui avaient atteint une hauteur impossible sans devenir des Existences Vivantes, qui étaient restés purement eux-mêmes tout en transcendant ce qu'ils étaient.
Parmi les quatre autres, la variété était révélatrice.
L'une rayonnait de l'autorité d'un Concept Vivant.
Une autre portait la signature d'une Origine Vivante.
Le troisième existait comme un Paradoxe Vivant. Le quatrième vibrait du pouvoir d'un Quantique Vivant !
Pourtant, malgré ces natures différentes, ils semblaient tous venir du même lieu, façonnés par la même philosophie, unis dans un but qui transcendait leurs autorités individuelles.
Parmi les jumeaux, l'homme leva son râteau du geste décontracté de quelqu'un sur le point de faire valoir un point dans une conversation amicale.
Lorsqu'il parla, sa voix tonna !
« Il semble que les Habitants des Plis n'aient pas été conviés à cette réunion exclusive. Nous espérons sincèrement que ce ne sera pas une intrusion que d'apparaître maintenant. »
HUUM !
Les mots ne portaient aucune menace, aucun défi, aucune exigence.
C'étaient simplement une observation et un espoir, énoncés avec la patience de cultivateurs qui comprenaient que certaines choses ne pouvaient être précipitées, que le bon moment importait plus que la force.
En bas, des êtres qui s'étaient crus au sommet de l'existence regardèrent vers le haut avec stupeur.
Noah resta assis avec Sigrid toujours positionnée sur ses genoux, mais ses yeux s'étaient aiguisés en pointes d'intérêt qui auraient pu trancher les voiles entre les réalités !
C'étaient très probablement des Habitants des Plis des Territoires Errants… des êtres qui avaient atteint le niveau de puissance de Créature Primordiale tout en conservant leurs natures originelles, qui avaient trouvé une voie différente vers la transcendance !
L'héritage de… La Créature Primordiale du Premier Paysan !
Oh !
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Héritage.
Une fois que quelque chose était parti… qu'est-ce qu'il laissait exactement derrière lui ?
Une telle question était difficile à répondre, mais il y eut une conversation qui eut lieu dans les Premiers Plis et qui parla de ce qu'un quelque chose de vraiment important laissait derrière lui… une fois qu'il était parti.
Ce fut une conversation entre L'ÊTRE VIVANT ÉMOTIF et… LE PARADOXE VIVANT !
À l'époque.
L'ÊTRE VIVANT ÉMOTIF se tenait devant des barreaux qui n'étaient pas physiques mais conceptuels, des barrières faites de l'idée de confinement plutôt que de quelque matériau qui pût être brisé.
Derrière ces barreaux, LE PARADOXE VIVANT existait dans son état d'emprisonnement éternel… punition pour des actions qui avaient remodelé l'existence elle-même.
La forme de l'Émotif ondulait de couleurs sans noms, chaque teinte représentant un état émotionnel différent traversant son être.
Mais à cet instant, ces couleurs s'étaient apaisées en quelque chose qui approchait du calme… non l'absence d'émotion mais la présence de toutes les émotions en un équilibre parfait, terrible.
« Tu as l'air paisible », observa LE PARADOXE VIVANT, sa voix portant cette qualité particulière d'être à la fois question et affirmation.
« L'ÊTRE VIVANT ÉMOTIF a-t-il enfin lâché prise ? Enfin accepté ce qui est ? »
L'Émotif considéra cela, sa forme traversant des spectres de sentiments avant de se fixer sur quelque chose qui pouvait être l'acceptation.
« Ne t'inquiète pas pour moi. Je suis venue te demander quelque chose aujourd'hui. L'ORDRE VIVANT a cessé à cause de toi », dit-il, les mots ne portant aucune accusation, juste l'observation. « Comment cela se sent-il ? Que sera l'existence sans Ordre ? Qu'est-ce qu'il laissera derrière lui ? »
HUUM !
Le rire jaillit du Paradoxe emprisonné… non un simple son mais le concept d'amusement donné voix.
« L'Ordre est-il vraiment l'Ordre s'il s'effondre ? Peut-être n'était-il jamais censé se répandre. Peut-être l'existence était-elle censée être… sans Ordre. »
Le rire continua, devenant plus sombre, plus certain.
« Si l'Ordre resurgit un jour, l'existence elle-même pourrait s'y opposer intrinsèquement. L'existence n'est-elle pas censée être chaotique ? Remplie d'une merveille et d'un désordre sans cesse croissants ? L'Ordre est l'anomalie, pas le chaos. L'Ordre est l'erreur que la réalité commet occasionnellement avant de se corriger elle-même. »
L'ÊTRE VIVANT ÉMOTIF écouta cette philosophie avec une immobilité parfaite, traitant les implications d'une existence qui pourrait être fondamentalement opposée à la structure.
Puis, avec une simplicité qui tranchait à travers toute la complexité, il répondit.
« Je vois. »
L'attention du PARADOXE VIVANT s'aiguisa à cette acceptation, et lorsqu'il parla à nouveau, sa voix porta une qualité différente… de l'anticipation mêlée à une méfiance ancienne.
« Et toi, alors ? Parmi nous tous, j'ai toujours été le plus prudent à ton égard. Je savais que le jour où tu craquerais serait terrifiant au-delà de toute mesure. As-tu craqué ? Ou tes émotions sont-elles… encore ordonnées ? »
… !
La question bourdonna dans l'espace entre eux comme une lame attendant de tomber.
La forme de L'ÊTRE VIVANT ÉMOTIF commença à changer, les couleurs s'approfondissant et s'éclaircissant simultanément, créant des motifs qui n'auraient pas dû pouvoir coexister.
Puis il sourit… une expression qui n'aurait pas dû être possible sur un être fait d'émotion pure, et pourtant elle était là, dangereuse, belle et terrible à la fois.
« N'as-tu pas juste dit que la nature de l'existence était le désordre ? » Le sourire s'élargit, devenant quelque chose qui fit briller même le Paradoxe. « Alors dis-moi… quel est l'état de mon existence maintenant ? Celui de l'ordre, ou du désordre ? »
HUUM !
La question renversait tout, transformait la philosophie en arme, forçait LE PARADOXE VIVANT à confronter sa propre logique.
Si l'existence était vraiment censée être chaotique, alors L'ÊTRE VIVANT ÉMOTIF embrassant le chaos ne serait pas craquer… ce serait atteindre son état propre.
Mais si les émotions sans ordre étaient vraiment terrifiantes, alors l'Ordre avait peut-être plus de valeur que le Paradoxe ne le prétendait.
Face à une telle question, LE PARADOXE VIVANT ne répondit pas… et ne fit que sourire diaboliquement !
Le silence s'étira entre eux, lourd d'implications qui prendraient des éons à déballer complètement.
Dans cette prison en dehors de l'existence normale, deux forces fondamentales de l'existence jouaient un jeu dont les règles faisaient elles-mêmes partie du jeu, dont les conditions de victoire changeaient selon qui gagnait.
On ne sait pas comment cette conversation se termina !
Une autre question qui ne fut jamais répondue… fut exactement quel héritage L'ORDRE VIVANT laissa derrière lui.