Dans un autre Tissage de l'Existence, éloigné des territoires familiers où les Existences Vivantes poursuivaient leurs luttes infinies pour l'avancement et la domination, gisait un domaine qui existait selon des principes qui auraient plongé la plupart des entités conscientes dans la folie par leur profonde perversion.
C'était un lieu inconnu, un coin oublié de l'Existence où les lois fondamentales qui régissaient l'Existence, la vie et la mort avaient été tordues en configurations servant des desseins trop étrangers pour une compréhension normale.
Le domaine entier était façonné dans de l'obsidienne qui luisait d'une lumière intérieure qui parvenait paradoxalement à transmettre à la fois beauté et désespoir en proportions égales.
L'obsidienne s'étendait dans toutes les directions, formant des paysages de tissages impossibles où des formations de cristal noir s'élevaient comme les os de titans morts !
L'air lui-même semblait épais du poids d'un chagrin accumulé, chaque respiration transportant des saveurs qui parlaient de perte à une échelle existentielle.
Au cœur de cette magnificence morne gisait quelque chose qui défiait toute attente quant à ce qu'un Rivage Voilé Primordial devrait représenter.
Là où de tels domaines incarnaient généralement la vie, la croissance et les possibilités infinies, ce Rivage ne parlait que de fins, de décadence et de la terrible finalité de la mort donnée forme.
Finalité !
Les eaux qui auraient dû scintiller d'une clarté cristalline étaient au contraire troubles et noires, leur surface ne reflétant aucune lumière tandis qu'elles venaient battre contre des rives de sable broyé à partir des os de civilisations oubliées.
Chaque grain portait en lui l'essence compressée de rêves qui ne seraient jamais accomplis, d'ambitions qui avaient été coupées court par des forces trop vastes pour être résistées.
Les arbres qui parsemaient ce paysage désolé se dressaient comme des monuments à la futilité elle-même !
Leurs branches s'étendaient vers le ciel avec l'empressement désespéré de ceux qui cherchent un salut qui ne viendra jamais, leur écorce marquée par des blessures qui pleuraient une sève noire comme minuit.
Aucune feuille ne parait leurs membres tordus, aucun fruit n'offrait de subsistance à ceux qui auraient pu chercher abri dans leur ombre.
Des Totems Sacrés qui avaient jadis résonné de la musique de l'harmonie gisaient brisés sur les sables noircis, leurs cloches fêlées et silencieuses.
Les fondations mêmes sur lesquelles ils avaient été érigés montraient des signes d'une violence si profonde qu'elle avait laissé des cicatrices dans le tissu de l'existence lui-même.
Des sanctuaires qui auraient dû abriter la sagesse accumulée des âges se tenaient comme des coques creuses, leurs espaces sacrés profanés par des forces qui ne reconnaissaient aucune sainteté !
Les parcelles de terrain qui auraient dû nourrir une croissance miraculeuse gisaient stériles et empoisonnées, leur sol si totalement corrompu que rien n'y pousserait jamais plus.
Au centre de ce paysage de cauchemar siégeait une figure qui commandait l'attention par sa seule présence, malgré les terribles blessures qui marquaient sa forme.
La Créature Primordiale portait les signes inconfondables de celui qui avait atteint les sommets de la puissance, sa charpente musclée témoignant d'une force qui avait jadis commandé le respect des Existences Vivantes.
Son torse nu était une carte de la violence, chaque cicatrice racontant l'histoire de batailles livrées contre des forces imperceptibles pour beaucoup !
Mais c'était la tête qui attirait l'œil avec une fascination horrifiée.
Une massive entaille fendait le crâne presque en deux, partant du sommet jusqu'au cou avec une précision chirurgicale.
La blessure béait comme une seconde bouche, révélant des profondeurs qui semblaient contenir une obscurité tourbillonnante plutôt que les structures biologiques qui auraient dû exister sous l'os et la chair !
Pourtant, malgré des blessures qui auraient dû entraîner la mort immédiate de tout être normal, la créature cligna des yeux qui brûlaient d'une conscience terrible.
Devant elle flottait un écran d'obsidienne vacillant qui pulsait de la même radiance sombre qui imprégnait tout le royaume, sa surface affichant des informations demeurant cachées à l'observation extérieure.
Dans ce paysage de désolation absolue, où l'espoir avait été systématiquement éliminé et où la beauté n'existait que pour souligner l'ampleur de la perte, la voix de la Créature Primordiale résonna avec une autorité qui fit trembler les fondations mêmes de la réalité.
« Sang... » dit-elle, chaque syllabe ruisselant d'une faim qui transcendait le désir normal.
« Tout ce que je veux... c'est du Sang ! »
HUUM !
Alors qu'elle prononçait ces mots, on pouvait voir derrière elle des herbes vert-or tenter de percer le sable noir pour lui donner un peu de couleur, mais dès qu'elles le faisaient, il n'y avait qu'une lueur terne qui semblait devoir être dévorée en l'espace de quelques heures !
La Mort... imprégnait cet endroit bien trop puissamment.
Et en contraste... il y avait d'autres lieux remplis d'une surabondance de vie !
---
Dans les Plis du Front de Bataille des Origines Transcendantes, où la lutte entre l'ordre et le chaos se jouait sur une scène assez vaste pour contenir les ambitions de nombreuses puissances, la magnifique citadelle d'Aeternitas Concordia s'élevait face à des horizons s'étendant au-delà de l'imagination.
À l'extérieur de ce monument à la coopération entre les forces des Existences Vivantes, contenue dans une bulle de radiance dorée qui courbait la lumière autour de sa surface comme une lentille focalisée sur l'infini, Noah flottait aux côtés d'êtres dont les Existences combinées étaient bien trop brillantes !
Sigrid se tenait à ses côtés avec l'assurance de celle qui n'avait jamais douté de son droit à commander l'attention des êtres les plus puissants de l'existence.
Altheon maintenait sa position derrière eux avec une vigilance patiente. La forme lumineuse de la Première Origine Vivante pulsait d'une énergie à peine contenue, prête à défendre ses protégés contre les menaces qui pourraient surgir de n'importe quelle direction.
Trois Existences Vivantes Honorées complétaient leur suite immédiate, leur présence ajoutant des couches de protection qui auraient fait hésiter même des Existences Vivantes Honorées avant d'envisager une action agressive !
La bulle dorée qui les contenait existait hors de portée de toute observation casuelle, sa surface configurée pour dévier même les perceptions augmentées des Existences Vivantes Honorées.
Duc Gwendolyn avait écouté les demandes de Sigrid avec une attention soigneuse. Lorsqu'elle eut finalement accepté, ce fut pour assurer la protection de leur voyage vers les Portes Vivantes du Métier, et son acquiescement était venu avec des conditions qui reflétaient la véritable ampleur des dangers auxquels elles seraient confrontées !
« Si vous devez véritablement traverser les Portes du Métier, » avait-elle déclaré, « vous irez avec une équipe composée d'entités que je sélectionne personnellement pour assurer votre survie. »
...!