Ce n'est pas que j'aie quelque chose à me reprocher, dit le Roi Démon en se justifiant, ce qui était rare de sa part.
« Juste, je pensais que tu te soucierais... non, que ce serait mal. »
« Tu allais dire "embêtant" tout à l'heure, non ? »
Même si elle le fusille du regard, Claude reste assis, son visage habituellement composé ne bronchant pas. Pourtant, au niveau de ses pieds, de petits tourbillons se forment et disparaissent par intermittence. Il a l'air agité.
Face à son fiancé, Irène se tient les jambes écartées, les mains sur les hanches.
« Claude-sama. Je vous le dis : si je venais ce matin et trouvais deux ou trois femmes nues roulant dans votre lit, je ne serais même pas surprise. »
« Là, j'aimerais quand même que tu sois surprise. »
« De toute façon, le pire c'est de cacher les choses ! Vous m'entendez ? Malgré votre fiancée, cette montagne !! C'est une déclaration de guerre à mon encontre ! »
Là où elle pointe fermement le doigt, la montagne de chocolats que Claude venait de cacher quelque part avec sa magie a réapparu.
Il y en a décorés de jolis rubans colorés, d'autres dans de belles boîtes en papier de luxe, d'autres encore emballés dans du papier d'emballage fait main et rustique : aucune uniformité. Il y a même des pains fourrés au chocolat.
« Impossible de cibler la tranche d'âge !! Ni la classe sociale non plus !! »
Les personnes convoquées par Irène s'affairent à trier cette montagne.
Irène croise les bras, irritée.
« Mais où est-ce que vous avez reçu tout ça, Claude-sama ? »
« On m'en donne quand je marche dans la rue. »
« C'est quoi, ce genre de rue ?! »
« C'est le bas de la capitale, Irène-sama. Chaque année c'est comme ça. Puisque je suis ce pauvre prince qui vient en incognito, tout le monde se donne la peine de m'en offrir. »
C'est Keith, qui trie d'un air habitué, qui répond ainsi. Walt, qui suit les instructions de Keith, acquiesce avec conviction. Au début, en voyant cette montagne, il avait l'air blessé par la différence incomparable avec lui-même, mais il semble s'être remis.
« C'est vrai qu'à chaque fois que Claude-sama montre son visage dans le bas de la capitale, il reçoit plein de trucs. »
« Maintenant que tu le dis, les personnes âgées s'inquiétaient souvent de savoir s'il mangeait correctement. »
« Comme il y va depuis petit. D'ailleurs, moi-même, j'ai fait le tour en disant : "Si ce visage fait quelque chose, contactez le château en ruine de la forêt." »
On devine les peines de Keith, qui sourit avec un regard lointain.
Claude soupire et s'assoit profondément, croisant ses longues jambes.
« Tout le monde est gentil sans connaître ma vraie nature, et on me dit que la Saint-Valentin arrive. »
...
Souligner que tout le monde connaît sûrement sa vraie identité serait inutile, alors personne ne le dit.
Décidé à expliquer correctement, Claude appuie sa joue sur sa main et continue.
« En guise de remerciement, j'ai demandé aux monstres de réparer des toits la nuit, d'éliminer les parasites des champs, et en faisant tout ça, le nombre a inexorablement augmenté... »
Le Roi Démon fait comme les petits hommes ou les fées.
« Récemment, il y a souvent des vœux, des soucis, des demandes de conseil à l'intérieur. Je les lirai plus tard, alors faites attention de ne pas les jeter. Ce sont les voix importantes de nos sujets. »
« Claude-sama... »
Alors qu'elle est stupéfaite par cette histoire inattendue, Jasper dit avec un sourire amer.
« ...C'est pas étonnant que les gens du bas soutiennent le Roi Démon. Avec un traitement comme ça... »
Ruck, qui vient de la cinquième couche, c'est-à-dire du bas, incline la tête.
« Mais nous, on n'a jamais entendu parler de ça... Ah, c'est réservé aux femmes, peut-être ? »
« C'est la Saint-Valentin, après tout. Ce tricot, c'est sûr que c'est fait main par une grand-mère. ... Hé, Roi Démon, on peut checker les lettres qui sont dedans, nous aussi ? »
Isaac demande en agitant une lettre avec une enveloppe. Claude hoche la tête.
« Ça ne me dérange pas, mais vous allez m'aider ? »
« Ça deviendra une bonne source d'info pour la société Oberon. Bon, on se partage le travail. Chacun note le contenu du cadeau et l'expéditeur, et les regroupe avec la lettre. Ceux dont le contenu est urgent, dans cette boîte-là. Équipe Canard, vous aidez aussi ! »
« Qui est l'Équipe Canard ! »
« C'est quoi, l'Équipe Canard ? »
À côté de James qui s'énerve, Belzébuth incline la tête.
Auguste rit.
« Moi aussi, je aide un peu. Ça va ici, Keith-san ? »
« Oui, ça aide vraiment. Chaque année, c'est cette quantité, alors... »
« ...Vous ne faites pas de retour ? Je peux préparer des fleurs, si c'est juste ça. »
C'est Ruck qui répond à la proposition de Quartz.
« Des réactifs, ça pourrait être bien aussi. Y'a moins de risque de plaintes. »
« Ça ne serait pas de l'expérimentation humaine, ça ? »
« Oui, oui, Roi Démon-sama, qu'est-ce qu'on fait de ces chocolats et cadeaux ? »
« Ce qu'on reçoit est donné à l'orphelinat. Traitez-les bien. »
Doni, ayant obtenu sa réponse, répond à nouveau gaiement « Ha~i ».
En regardant tout le monde commencer le travail efficacement, Claude murmure.
« Il y a beaucoup d'enfants qui attendent les chocolats et les cadeaux, et en y pensant... cette année, malgré ta présence, je n'ai pas pu refuser. Pardon, Irène. »
« N-nooon ! »
Prise au dépourvu par cette excuse sincère, Irène secoue la tête en panique.
Elle se tortille un peu.
Dire qu'elle n'a aucune pensée face à cette quantité massive de chocolats serait un mensonge. Au début, elle a même pensé à l'appeler derrière le gymnase. Mais maintenant.
« ...Je trouve ce que fait Claude-sama très honorable. J'en suis fière. »
« C'est ça ? Je pensais que tu m'avais trouvé déraisonnable. »
« C-c'est pas vrai ! Moi aussi, j'en ai distribué à d'autres hommes qu'à Claude-sama... »
En y pensant, le fait d'avoir hurlé comme ça devient insupportable.
Mais Claude la regarde doucement, comme s'il comprenait tout parfaitement.
« C'est bon. Je sais que tu es la femme la plus fidèle qui soit. »
« Claude-sama... »
« Hé, y'a du monde, quand même. »
« C'est peine perdue, Isaac-sama. Il nous le fait exprès, c'est clair. »
« ...Sans doute. »
« C-c'est vrai, j'allais l'oublier. Moi aussi, j'ai préparé un gâteau au chocolat pour Claude-sama. »
Elle serre contre sa poitrine la boîte contenant le gâteau au chocolat, son cadeau principal, qu'elle avait laissé de côté à cause de tout ce remue-ménage. Le cœur battant un peu, elle regarde Claude.
« Enfin... il y a plein d'autres chocolats, mais... est-ce que vous accepteriez le mien ? »
« Bien sûr. Celui-là, je le recevrai comme il se doit. »
« C-c'est... fait main, ceci dit... »
Claude a déjà mangé les pâtisseries qu'Irène a faites elle-même jusqu'à maintenant. Mais pour le gâteau au chocolat seulement, avouer que c'est fait main a demandé du courage. Même si elle sait que Claude n'en douterait pas.
Claude se lève et soulève Irène légèrement. Alors qu'elle cligne des yeux, Claude arbore un sourire fondu, doux comme du miel.
« Avoir une fiancée douée pour la pâtisserie, je suis un homme comblé. »
Incapable de trouver les mots pour répondre, Irène rougit.
Comme du chocolat qui laisse une pointe d'amertume, le passé fond en douceur.
« Claude-sama, moi, vous... je... »
« Irène-sama~ Cette lettre, il y a marqué "Rompez vos fiançailles", mais je fais comment ? »
« Doni, toi, à ce moment-là !? »
« C'est exprès !? C'est naturel !? »
« Eh~ Je fais pas exprès, moi~ Je suis pas comme Isaac-san ou Ruck-san. »
Alors que tout le monde est stupéfait par Doni qui boude en gonflant les joues, Irène se retourne lentement.
Elle va devenir l'épouse d'un homme aussi merveilleux. Bien sûr, elle ne laisse pas son sourire gracieux faiblir.
« Quel est le nom de cette femme ? »
« E-etto mu-gu, nani fu-fu-n de fu-ka-hya-fu-paa-han »
« Lis l'ambiance, jeune homme ! Na ! L'oncle va voir son espérance de vie réduire ! »
« Peu importe. Jasper, plus tard, tu enquêteras à fond sur son identité. Claude-sama. »
« Q-qu'est-ce que c'est ? »
« Pour cette femme, je choisirai moi-même le cadeau de la Saint-Valentin blanche. C'est entendu, n'est-ce pas ? »
Pas besoin de réponse. C'est décidé.
Face à Irène qui sourit gentiment, Claude répond par un soupir.