Depuis quelques jours, mon mari est plongé dans sa lecture.
« Vous ne dormez pas encore, Claude-sama ? »
« C'est vrai. Dors avant moi. »
Comme prévu, il dit cela sans quitter son livre des yeux.
Ce que Claude tient en main est un roman en plusieurs volumes. Depuis peu, dès qu'il rentre de ses fonctions d'empereur, il ne fait que le lire.
Allongée à côté de Claude, qui s'appuie sur des oreillers empilés sur le lit, Irène continue de lui parler.
« … Vous lisez cette série depuis un moment, n'est-ce pas ? »
« C'est vrai. »
« C'est intéressant ? »
« C'est vrai. »
« Il va bientôt se finir, non ? »
« C'est vrai. »
« Vous ne m'écoutez pas. »
« C'est vrai. »
Il n'y a rien d'urgent pour demain matin, il n'est pas particulièrement fatigué, et pourtant, pendant cette soirée tranquille où sa femme est allongée dans le lit, il la traite ainsi. Irène est furieuse, mais l'exprimer serait indécent.
Mais faut-il laisser passer cela ?
Hier soir comme avant-hier, pas seulement le soir mais même pendant l'heure du thé, dès qu'il trouve un moment, Claude s'immerge dans sa lecture.
'(Ce n'est pas comme si je me sentais seule ou quelque chose comme ça !)'
Devant les yeux d'Irène allongée, il y a ses cheveux noirs soyeux. Alors qu'elle les attrape pour faire de petites tresses par méchanceté, Claude change légèrement de posture, enfonçant le haut de son corps dans l'oreiller.
Sa main gauche tombe juste devant Irène, qui la saisit aussitôt et appuie sur sa paume.
Claude lui rend alors la pression de ses doigts. Il semble avoir l'intention de s'occuper d'elle.
Mais son regard ne quitte pas le livre.
Alors qu'elle boude, sa main gauche s'échappe pour tourner la page.
Avant qu'elle ne s'en rende compte, sa main gauche caresse sa joue et joue avec ses mèches latérales. Le pouce trace sa tempe, touche son lobe d'oreille, et Irène grimace de chatouillement.
« Vous ne jouez pas avec moi ? »
« Je me disais que tu ressembles à un chat… — aïe ! »
Quand elle mord son pouce de toutes ses forces, Claude finit par quitter son livre des yeux.
Avec un air de triomphe, Irène attrape la main gauche de Claude des deux mains et sourit avec malice.
« Les chats sont capricieux, vous savez. »
« … J'étais juste à un bon passage. »
Il soupire, met un signet et ferme son livre.
« Je lirai la suite après avoir satisfait le chat. »
Irène, qui se réjouissait intérieurement d'avoir gagné contre le livre, pâlit à ces mots.
« Hein, vous ne dormez pas !? »
« Je ne dors pas. La suite m'inquiète. Mais tu as l'intention de me déranger, non ? Alors, il faut d'abord te faire dormir. »
Comprenant ce que pense Claude, qui retire vite sa veste, Irène tente de s'enfuir, mais Claude est plus rapide.
Il attrape sa taille et la traîne de retour sur le lit. En prime, le ruban dans son dos est déjà à moitié défait. Toujours aussi rapide.
« Je, je ne vous dérangerai plus ! Je dormirai toute seule correctement ! »
« Les chats sont capricieux. Je ne te crois pas. »
Claude, feignant l'indifférence, murmure en mordillant doucement son lobe d'oreille.
« Mieux vaut ne pas trop déranger l'heure de lecture. »
Environ une heure plus tard, après avoir répété « pardon » et « laisse-moi tranquille » jusqu'à épuiser corps et âme, Irène ne fait que fixer avec rancœur le profil calme de Claude, qui a rouvert son livre dans la même position qu'avant, son superbe torse nu exposé.
'(Claude-sama, quel Claude-sama, qu'il manque de sommeil demain !)'
On ne sait si son vœu a été exaucé ou si c'est la conséquence logique inévitable, mais le lendemain, en entrant dans la chambre, elle trouve son mari déjà enfoncé dans le lit.
« Claude-sama ? »
« … J'ai sommeil… »
C'est bien normal.
Face à cette réponse donnée le visage enfoui dans l'oreiller, Irène fait « hmpf » et se détourne.
« Hier comme avant-hier, vous avez lu presque toute la nuit. C'est votre faute. »
« … Malgré ça, je me suis bien occupé de toi… »
« C'est ça, merci beaucoup ! C'est bon maintenant, dormez. »
Elle baisse la lumière et entre aussi sous la couette. Alors, lentement, le bras de Claude s'enroule autour de sa taille.
Irène n'est pas assez enfant pour refuser un baiser de bonne nuit. « C'est pas possible », murmure-t-elle en le pardonnant — c'est aussi le rôle d'une épouse.
Lorsqu'elle se tourne vers lui, des lèvres sèches se pressent sur son front.
Il a vraiment sommeil. Le visage d'ordinaire si beau de Claude, assoupi, paraît enfantin. Un rare moment où elle trouve son mari mignon.
« … Alors, ce soir, que dirais-tu d'être au-dessus… »
« Arrêtez de dire des bêtises et dormez. »
Quand Irène lui caresse le dos, Claude expire profondément, on ne sait si c'est un soupir ou un soulagement, et ferme les yeux.
Elle enfouit son visage contre sa poitrine et ferme les yeux à son tour.
Puissiez-vous être là demain et après-demain, tout comme cela.