L'étage supérieur dans lequel on me guida était une pièce quelque peu modeste pour un membre de la famille impériale. Il n'y avait que le strict nécessaire : une commode, des étagères, et le papier peint affichait un vert mousse apaisant.
Mais tout était proprement rangé, et surtout, c'était silencieux. L'endroit idéal pour une convalescence.
« Voici le salon commun. La pièce contiguë à gauche est ma chambre, et celle au fond du couloir est celle de mon frère aîné. »
Il n'y a qu'une seule entrée.
Ce qui signifie que pour entrer dans la chambre de Claude, il faut soit passer par la terrasse, soit traverser cette pièce que Cédric utilise également.
Qu'il se soit aperçu ou non qu'Irène calculait les voies d'intrusion, Cédric s'assit sur la chauffeuse du salon, les jambes jetées nonchalamment.
« Je reste ici. Fais ce que tu veux pour le reste. »
« … Que comptez-vous faire exactement ? Pourquoi m'avoir guidée jusqu'ici ? »
Irène ôta sa perruque et, secouant ses longs cheveux, dévisagea Cédric.
« Seriez-vous en train de coopérer avec moi parce que vous craignez que Lilia ne soit prise par Claude ? C'est aimable, mais c'est faire preuve d'une bien petite capacité. »
Elle avait lancé la hypothèse la plus probable pour le provoquer, mais Cédric ne s'emporta pas ; il prit simplement le livre qui était près de lui, l'ouvrit, et répondit d'un ton plat.
« Cela ne te concerne pas. Allez, dépêche-toi d'y aller. Même si l'heure de la ronde arrive, je ne te préviendrai pas. »
« … Élefas, reste ici. Préviens-moi s'il se passe quelque chose. »
« Compris. »
Ne pas pouvoir lire les intentions de Cédric était inquiétant, mais on ne pouvait pas traîner. Irène laissa Élefas, posa la main sur la poignée de la porte du fond, respira profondément, et l'ouvrit.
Au milieu de la vaste pièce où flottait un rideau blanc, on apercevait des cheveux noirs sur le lit à baldaquin.
« … Claude-sama… »
On aurait dit qu'ils ne s'étaient pas vus depuis des années.
Claude dormait, le buste légèrement relevé sur plusieurs oreillers épais. Irène s'approcha en hâte et posa timidement la main sur sa joue qui s'élevait et s'abaissait au rythme de son souffle. Elle était tiède.
(Il vit…)
Ce n'est qu'au moment où ses yeux se mirent à se troubler qu'elle réalisa à quel point elle avait été angoissée. Elle prit délicatement la main qui reposait sur la couverture et y pressa sa propre joue.
(Dieu merci, Dieu merci… ! S'il vit, rien d'autre n'a d'importance.)
Il semble que ce soit vrai, la blessure est superficielle. Il ne souffre pas, il dort paisiblement. Un livre ouvert était posé à l'oreiller ; il a dû s'endormir en lisant.
Voulant se rapprocher encore, elle se pencha sur le lit sans faire de bruit. Alors, le bout des doigts de Claude, qui effleurait sa joue, tressaillit.
« … Claude-sama ? »
L'a-t-il réveillé ? Elle vit ses longs cils trembler.
Réprimant l'élan irrépressible de se jeter dans ses bras, elle arbora le plus beau sourire possible. Pour que son reflet dans ses yeux soit la plus belle du monde.
Les paupières de Claude s'ouvrirent lentement.
La couleur de ses yeux était le noir.
Devant Irène qui écarquillait les yeux, les fines lèvres de Claude tremblèrent. Sa voix rauque de réveil était douce.
« … Lilia ? »
***
Au moment où il ouvre les yeux, un individu indéterminé, homme ou femme, vêtu d'un uniforme de chevalier, est chevauché sur lui.
« Bonjour, Claude-sama. »
C'est une voix de femme. Il cligne des paupières, et Claude bouge ses lèvres sèches au réveil.
« … Qui es-tu… Pourquoi m'as-tu ligoté ? »
La femme est en train de lui attacher soigneusement les deux poignets avec une corde. Face à la confusion de Claude, elle esquisse un fin sourire.
« Ne vous inquiétez pas, Claude-sama. Il n'y a rien à craindre. Ce n'est rien du tout. »
« Non, c'est bizarre ! C'est une situation assurément anormale ! D'ailleurs, qui es-tu ? »
« Claude-sama. Le terme "occase toute trouvée" vous dit-il quelque chose ? »
« Je te demande qui tu es… Occase toute trouvée ? … »
Ne serait-ce pas, par hasard, une crise pour sa vertu ?
Claude avala sa salive. La femme inconnue rit avec une joie suspecte et, pour une raison incompréhensible, sortit un biscuit.
Un frisson glacial lui parcourut l'échine. Pourquoi ? Cela lui rappelle quelque chose.
« Je l'ai apporté par précaution, et j'ai bien fait. Claude-sama n'a plus de pouvoir magique, et vous n'avez pas de capacité de détoxification, n'est-ce pas ? Votre corps est à l'origine habitué aux poisons, donc les drogues font peu d'effet, mais c'est bon. Ryuu l'a rendu plus puissant. Allez, Claude-sama. Aaah. »
« … P… Parlons d'abord. »
« Ara, c'est vous qui avez dit qu'entre nous, les mots étaient inutiles… »
On ne sait quoi a froissé son humeur ; la femme s'approche en riant, la colère flamboyant dans ses yeux. Elle semble connaître le Claude du passé, ce qu'il comprend à peine dans un coin de sa tête, mais ce n'est pas le moment de réfléchir : on essaie de lui fourrer de force un biscuit pour le moins suspect dans la bouche.
« Ma mie, ma mie, vous essayez de fuir ? »
« At… Attendez, je ne sais pas ce qui se passe, mais ne vous précipitez pas… »
« Ne dites pas des choses qui manquent de virilité, rendez-vous ! »
La femme, qui le plaque en riant alors qu'il tente de se tordre pour échapper, lui fait peur. Vraiment peur.
Mais sa force n'est pas grande. Heureusement, le nœud de la corde aux poignets, noué à la hâte, se desserre au fur et à mesure qu'il se débat sur le lit. Profitant de sa main libre, Claude appuie d'une main la tête de la femme sur le futon et lui tord le bras en la maintenant face contre terre.
Le fait qu'il y parvienne sans peine suggère qu'il a des connaissances en arts martiaux.
« Qui es-tu au juste ?! »
Il souffle sur son épaule, essayant de se calmer. Mais voyant le dos de la femme trembler, il sursaute. Elle a l'air de pleurer.
(Je ne l'ai pas maintenue si fort que ça…)
Se demandant s'il ne l'a pas blessée quelque part, il relâche sa prise. À cet instant, la femme se retourne avec vivacité. Sur le point de lui fourrer le biscuit dans la bouche, elle se fait attraper le poignet droit et laisse échapper un petit claquement de langue.
Une émotion indistincte, mélange de colère et d'étonnement, explose en Claude.
« C'était du faux pleur ?! »
« Ara, c'est vous qui avez fait un contresens tout seul ! »
La femme tente de nouveau d'enfoncer le biscuit avec sa main gauche cachée ; Claude saisit froidement ce poignet aussi. Effectivement, il semble avoir des notions d'arts martiaux.
« Vraiment, qui es-tu… »
« Demandez-le à votre propre cœur. »
« Je n'ai pas de connaissance qui soit une nymphomane… enfin, je crois. »
« Quel culot de la part de quelqu'un qui a une tête à faire de l'exhibitionnisme public. »
« C'est quoi, cette tête ?! »
« … Vos yeux ne sont plus rouges, hein. »
Alors qu'ils étaient enlacés sur le lit, se dévisageant au plus près, la femme laissa soudain tomber les épaules.
« … En fait, vous ne vous souvenez vraiment pas de moi… »
Claude était encore sur ses gardes, pensant à un piège, mais cette phrase unique fit tressaillir sa poitrine.
(Qui est-ce ? Je ne la connais pas, je ne m'en souviens pas.)
Cette chevelure dorée au toucher si agréable, ces yeux qui brillent avec la force de gemmes bleues.
« Mais, si c'est le cas, c'est aussi très bien ! J'ai compris, alors épousez-moi, s'il vous plaît ! »
— Ce circuit de pensée farfelu, impossible à savoir par où commencer le tacle.
Face à la femme qui écarte les bras en souriant, Claude, plus accablé par la fatigue mentale que physique, posa les deux mains sur le lit et baissa la tête.
« … Pourquoi est-ce que ça en arrive là… »
« Il suffit de dire "oui" pour que je vous promette une vie confortable et un avenir heureux. Si vous voulez être heureux, faites preuve de courage et franchissez le pas. »
« C'est du démarchage de nouvelle secte. — Même amnésique, je ne suis pas assez idiot pour négocier avec quelqu'un dont je ne connais même pas le nom. Assez joué, donne ton nom. »
« C'est vrai, excusez-moi. J'ai été emportée par l'émotion sans y penser. »
Elle descend du lit avec souplesse, et, toujours en uniforme de la garde rapprochée, accomplit une révérence parfaite de dame.
« Je m'appelle Irène Lauren Dautriche. »