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If You’re Obsessed, You’re Doomed

Chapitre 4 : Ne laissez que la Demoiselle

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Chapitre 4

Chapitre 4 : Ne laissez que la Demoiselle

Chapitre 4/4100%~12 min de lecture2 308 mots

Ariel resta le regard vide sur le visage du Prince. Sa chevelure d'or tranchait avec éclat sur le ciel sombre.

Cet or éclatant, marque héréditaire de la lignée impériale.

'... La famille royale ! Mais oui ! Je dois lui présenter mes hommages...'

Reprenant ses esprits avec un temps de retard, Ariel baissa posément la tête. Elle recula sans tarder, saisit le bas de sa robe à deux mains et parla.

« La fille aînée de la maison comtale Huckley, Ariel Huckley, salue Son Altesse le Prince. Soyez le bienvenu au domaine comtal, Votre Altesse. »

...

À ces mots de bienvenue si maîtrisés, il ne répondit que par le silence. Ses yeux, pourtant, restaient rivés sur Ariel.

Tout comme l'apparence du Prince avait saisi Ariel, celle d'Ariel saisissait le Prince.

La Demoiselle était assez belle pour troubler jusqu'au cœur gelé du Prince. Son visage pâle encadré de cheveux noirs évoquait un croissant de lune dans le ciel nocturne. Si claire, si délicate : il émanait d'elle quelque chose de presque envoûtant, qui retenait le regard malgré soi.

C'était précisément pour cela qu'il ne comprenait rien à la situation.

Elle avait un visage qu'on n'oubliait pas même en s'y efforçant, un visage qui ferait parler d'elle même si elle réclamait le silence, une beauté qui la servirait même sans qu'elle cherche jamais à s'en servir.

Et pourtant, il n'avait pas le moindre souvenir de la fille de la Comtesse. Ce que celle-ci avait dit était donc vrai : cette jeune fille s'était cloîtrée au domaine et n'avait jamais assisté au moindre événement, à la moindre réception donnée par le Palais impérial.

Une seule apparition dans le monde aurait suffi à lui valoir des éloges sans fin. Quel défaut assez grave avait donc pu tenir enfermée dans sa chambre une personne dotée d'un tel visage ? Il n'arrivait pas à le concevoir.

Et si c'était affaire de maladresse en société, elle venait de prouver le contraire : ressaisie en un instant, elle affichait un visage d'une parfaite indifférence.

Voilà qui était singulier.

Elle paraissait prête à se briser comme une poupée de porcelaine, et pourtant ses réactions demeuraient d'une impassibilité totale.

Une silhouette inattendue au visage indéchiffrable : cela retenait son attention plus que de raison.

Il planta son regard sur la Demoiselle comme s'il voulait la disséquer. Mais elle ne releva pas la tête pour si peu.

Le silence s'étira bien au-delà du nécessaire, tendu comme une épreuve de force. Autour d'eux, on commença à percevoir l'étrange courant qui passait entre ces deux-là, et les regards inquiets s'échangèrent un à un. L'aide de camp impérial lui-même jetait des coups d'œil furtifs pour surveiller l'humeur du Prince.

« Votre Altesse. »

Il avait lancé cela avec prudence, comme pour sonder les intentions de son maître.

Le Prince détacha alors seulement son regard d'Ariel. Avec une froide indifférence, il la dépassa et se dirigea vers la porte.

Sentant cette présence la frôler, Ariel releva lentement la tête.

Par l'entrebâillement des doubles portes d'acajou, les dos de la Comtesse et du Prince s'éloignaient déjà.

La tête tout à fait redressée, Ariel contempla un moment l'embrasure ouverte.

Elle n'arrivait pas à démêler l'intention derrière le long regard que le Prince venait de poser sur elle. Et cela la mettait mal à l'aise.

Il était très probablement une cible de conquête. À tout le moins, il lui fallait lui laisser une impression convenable.

Elle avait su éviter toute impolitesse franche lors de cette première rencontre, mais la façon dont il interpréterait ses paroles et sa conduite était une tout autre affaire.

'Son caractère n'a pas l'air spécialement doux, et la conversation... n'a pas l'air facile non plus.'

Faire monter son affection allait être une rude bataille.

Le Prince avait déjà atteint le bout du corridor, rayonnant d'un orgueil hautain sans un seul regard en arrière. Il marchait devant la Comtesse comme s'il était chez lui, chaque pas débordant d'assurance.

Tout dans sa démarche respirait cette arrogance. Comme l'annonce que rien, désormais, n'irait sans heurt.

Le cœur d'Ariel s'alourdit.

Derrière la fenêtre, le vacarme ponctué d'éclairs se fit plus pressant qu'auparavant.

Une fois dans le manoir, le Prince s'entretint en privé avec la Comtesse, eux deux seulement.

Quelques minutes plus tard, seul l'aide de camp fut autorisé à entrer dans le salon de réception où ils s'étaient installés.

Ariel n'eut pas l'occasion de les rejoindre. Tout ce qu'on lui accorda fut de patienter seule et désœuvrée dans l'antichambre jusqu'au banquet du soir.

Deux heures qu'elle attendait ainsi.

Ariel regardait la pluie redoubler derrière la vitre. L'ennui s'accumulait peu à peu sur son visage.

C'était le genre de moment qui lui faisait regretter le téléphone, caché dans la commode en acajou de peur qu'il n'éveille des soupçons inutiles.

'Vont-ils au moins sortir pour l'heure du dîner ?'

Ariel jeta un coup d'œil à l'horloge comtoise nichée dans le coin.

Il était cinq heures cinquante. En bas, on devait s'affairer aux préparatifs du banquet.

'Je préférerais mille fois descendre attendre en bas.'

Ariel laissa un léger pli barrer son front, petit exutoire à son agacement. Le siège avait beau être confortable, deux heures d'attente sans rien à faire l'avaient laissée étouffée.

Sa patience touchait à sa limite quand...

« Mademoiselle, la Comtesse vous demande. »

Enfin, une présence parut à la porte.

Ariel se leva aussitôt et ouvrit la porte à la volée. La servante qui se tenait là parut passablement surprise. Elle recomposa vite son visage.

« ... La Comtesse vous attend en bas, dans la salle du banquet, avec Son Altesse. »

« Entendu. »

« Mademoiselle, avant que vous descendiez, prenez d'abord ceci. »

La servante arrêta Ariel qui se dirigeait vers l'escalier et lui tendit une petite boîte, semblable à un écrin.

Un écrin de velours noir tout simple. Le genre à contenir un bijou de prix.

Ariel comprit immédiatement ce que cela signifiait.

« Un présent de bienvenue à offrir à Son Altesse le Prince. »

« Oui. La Comtesse a ordonné que vous le lui remettiez lorsqu'il sera seul. Il contient un saphir de taille carrée. »

Les instructions de la Comtesse, transmises par la servante, étaient remarquablement précises. L'allusion faite au thé, celle où il fallait se rapprocher du Prince, n'avait donc pas été de simples paroles en l'air.

Ariel prit l'écrin sans un mot et le glissa avec soin dans la poche nouée à la taille de sa robe. L'objet pesait plus lourd que prévu. Après s'être assurée qu'il tenait bien au fond, elle resserra le cordon de la poche à sa ceinture.

Puisqu'il lui fallait de toute façon faire monter l'affection du Prince, se plier aux vœux de la Comtesse ne pouvait que la servir.

« Je vais vous conduire à la salle du banquet. »

Sa commission faite, la servante passa d'un pas tranquille à la tâche suivante.

Après une première rencontre expédiée et deux heures d'attente, le moment d'affronter de nouveau le Prince était enfin venu. La tension, relâchée par la longue attente, se remit à se tendre.

Ariel tripotait la poche où reposait l'écrin en descendant l'escalier derrière la servante.

Restait à savoir quand le remettre. Le banquet fini, le Prince repartirait : pour le lui offrir avant, le temps était compté. En y ajoutant la condition de le prendre seul, l'occasion risquait de ne jamais se présenter.

L'angoisse montant, Ariel parvint à l'entrée de la salle du banquet.

Toc, toc.

La servante frappa légèrement et ouvrit.

« Mademoiselle est arrivée. »

Par les doubles portes qui s'écartaient, l'intérieur de la salle apparut, tendu de rideaux pourpres.

Une longue table de banquet, un surtout de roses blanches, et au-delà, la Comtesse et le Prince, assis face à face en bout de table.

Le regard d'Ariel croisa par hasard celui du Prince. Ce qui jaillit de ses yeux bleus la transperça comme des épines.

Ariel ne vacilla pas. Elle inclina la tête en une brève révérence, puis gagna sa place avec un calme tranquille.

Le menu se composait de poissons d'eau douce pêchés du jour et de fruits de saison, spécialités du domaine comtal, réputé pour ses rivières verdoyantes. Le veau, ajouté par précaution contre une table trop maigre, était tout aussi remarquable. Le soin apporté au repas aurait forcé l'admiration de quiconque.

Pourtant, le Prince et ses éminents accompagnateurs, l'aide de camp et le secrétaire, ne dirent pas un mot. La salle était si silencieuse que le plus léger crissement d'un couteau sur la porcelaine écorchait l'oreille.

Pour quelqu'un qui avait dévisagé Ariel avec une telle intensité, le Prince se montrait extraordinairement silencieux. Les rares fois où il ouvrait la bouche, c'était pour jeter quelques mots à la Comtesse, et encore, sans conséquence. Tout ce qui comptait vraiment semblait avoir été réglé plus tôt.

Ariel passa donc tout le repas à courir après le temps. Elle était si préoccupée que le poisson, pourtant délicat et de première qualité, lui parut amer.

Tout cela à cause du présent qui dormait dans sa poche.

BOUM !

Comme pour donner voix à son tumulte intérieur, un coup de tonnerre gronda à travers les murs.

« À propos, Votre Altesse, le temps est bien affreux. Envisageriez-vous de passer la nuit ici ? »

La proposition inattendue de la Comtesse manqua faire s'étrangler Ariel.

'Proposer à un membre de la famille royale de dormir dans un domaine comtal ? ... Peut-elle seulement assumer ça ?'

Ariel coula un regard en biais vers le visage de la Comtesse. Loin d'être décontenancée, celle-ci rayonnait plutôt d'une forme d'assurance. D'où lui venait cet aplomb, Ariel n'en avait aucune idée.

À vrai dire, la suggestion n'avait rien de tout à fait surprenant. Avec la violence du temps au-dehors, c'était le genre d'invitation que n'importe qui aurait faite.

Mais le domaine avait concentré tous ses moyens sur le dîner, conformément au programme arrêté pour la journée. Rien d'autre n'avait été prévu. Certes, on gardait toujours de quoi parer au plus pressé, mais il y avait un abîme entre cela et des préparatifs pensés pour un hôte précis.

'Une hospitalité insuffisante, qu'on pourrait prendre pour un affront : le risque est sérieux.'

Et il s'agissait de la famille royale, rien de moins. La moindre défaillance dans le service de ce sang précieux, ne fût-ce qu'une nuit, ne serait pas pardonnée.

Les domestiques pensaient visiblement la même chose : tous les visages avaient viré au cendreux. À les voir, les nerfs d'Ariel se mirent à vibrer, et elle baissa les yeux sur ses genoux.

Son regard tomba sur la poche nouée à la taille de sa robe. L'inquiétude s'accrut.

Elle avait espéré une occasion de remettre le présent au Prince, mais pas de cette façon.

Pendant ce temps, le destinataire de l'invitation gardait, allez savoir pourquoi, le silence. Peut-être délibérait-il pour de bon.

Personne n'osa troubler le lourd silence qui pesait autour du Prince.

Grondement... CRAC !

Derrière les rideaux, le ciel semblait presser sa décision, mugissant sans répit. Au milieu de l'immobilité générale, seuls les cieux menaient grand bruit.

Le tonnerre passé, le Prince ferma les yeux, puis les rouvrit comme s'il avait tranché. Ses lèvres closes s'entrouvrirent.

« ... Après tout, forcer le passage sous cette pluie ne me sourit guère non plus. J'accepte votre offre et je passerai la nuit ici. »

Son ton était d'une indifférence parfaite.

À cette décision, Ariel éprouva un mélange curieux de gêne et de soulagement. Être dispensée de s'occuper elle-même du Prince allégeait sans doute le fardeau. Et il restait la question du présent.

Les visages des domestiques, eux, avaient viré au blanc de mort.

Ainsi, sur l'autel de leur sacrifice, le banquet se poursuivit.

Le Prince demeura muet, et la Comtesse aussi. Les domestiques retenaient jusqu'à leur souffle.

Les plats se succédèrent sans qu'un seul mot fût échangé, jusqu'à ce que le thé d'après-dîner fût enfin servi.

Tout du long, la présence du personnage royal fut écrasante et sévère. Son expression perpétuellement détachée faisait peser sur la pièce un poids étouffant.

Quand la table somptueuse eut été débarrassée jusqu'aux seules mignardises, on eut le sentiment d'être ressorti à l'autre bout d'un long tunnel.

Comme pour marquer la fin du banquet, la Comtesse prit la parole.

« Le repas était-il à votre goût, Votre Altesse ? »

Le Prince se contenta d'un hochement de tête. Pure formalité, semblait-il. Et pourtant, cela suffisait apparemment à faire honneur : le chef de cuisine en fut visiblement ému. Les autres domestiques qui avaient œuvré aux préparatifs affichaient eux aussi un immense soulagement.

La Comtesse, le visage grave, parla brièvement en leur nom.

« Merci. »

« Cela dit... »

À l'instant où il ouvrit la bouche comme s'il tenait enfin une prise, l'air de la pièce se tendit de nouveau.

Le chef de cuisine, qui quelques secondes plus tôt paraissait monté au ciel, se figea, le visage plongeant droit vers l'abîme.

'Qu'est-ce qui peut bien clocher ?'

La chose ne devait pas être courante, car l'aide de camp posté derrière le Prince avait lui-même le visage assombri par la perplexité.

Le suspense ne dura pas.

« Faites évacuer la salle. Ne laissez que la Demoiselle. »

Une exigence soudaine.

La main d'Ariel, cachée sous la table, tressaillit.

Il n'y avait ici qu'une seule personne qu'on pût appeler la Demoiselle. La fille unique de la Comtesse. Ariel Huckley. Elle-même.

Ariel replia sous la table ses doigts tremblants en un poing serré.

'Pourquoi veut-il rester seul avec moi ?'

Il y avait là quelque chose qui ne tournait pas rond.

La Comtesse parut tout aussi décontenancée : pour la première fois, une ondulation d'inquiétude traversa son visage d'ordinaire immuable.

« Puis-je vous en demander la raison ? »

« Non. »

Le Prince refusa tout net et tourna les yeux vers l'entrée de la salle. Puis un bref mouvement du menton.

« Je veux tout le monde dehors. Tout de suite. »

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