Je m'appelais Logohas Gis Tostromik. Le roi du sacré royaume elfique de Viridis m'avait élevé au rang de Capitaine des Chevaliers. Pourtant, même en tant que Capitaine, je n'étais pas le plus fort parmi les chevaliers.
La réalité était que certains me surpassaient largement rien qu'en termes de statut. Néanmoins, je possédais moi aussi une force équivalente au Grade A. Compte tenu de mes origines familiales, ma nomination n'avait rien d'étonnant.
La famille Gis était chargée de protéger la famille royale depuis des décennies. En fait, j'attendais que le roi me promeuve Capitaine des Chevaliers.
Après ma nomination, le monde connaquit une période de paix. Cependant, au fil du temps, nos congénères vivant hors de l'Arbre des Esprits signalèrent que la puissance de la forêt avait commencé à faiblir.
Après y avoir dépêché mes troupes, j'en conclus que la forêt perdait bel et bien sa vitalité et que sa force déclinait. Selon des informations transmises uniquement aux plus hautes sphères, y compris aux familles de haut rang, un esprit résidait en réalité dans l'Arbre des Esprits.
Grâce à cet esprit, nous les Elfes, nation sage, avions géré les forêts et les terres du royaume de Viridis. Cependant, notre roi s'inquiéta de nos relations avec les Hommes-Bêtes en apprenant que le pouvoir de l'esprit s'affaiblissait.
En vertu du pacte originel avec l'esprit, nous en étions venus à gérer sa puissance et en recevions maints bienfaits. Mais maintenant que le pouvoir de l'esprit faiblissait, la crainte grandissait que les Hommes-Bêtes n'interviennent.
C'est pourquoi le roi dépêcha tous ses chevaliers aux quatre coins du royaume pour commencer à rassembler des forces en vue de la guerre à venir contre les Hommes-Bêtes.
◇◇◇
Tout comme nous l'avions anticipé, les Hommes-Bêtes remarquèrent que nos bénédictions commençaient à s'affaiblir et déclenchèrent les hostilités, qui ne firent que s'étendre. C'est alors qu'un rapport arriva signalant qu'une Elfe Supérieure avait été découverte.
On disait que les Elfes Supérieures étaient si puissantes que leur statut égalait celui des héros engendrés par les humains. Si nous pouvions la rallier, elle deviendrait un atout quasi parfait pour la guerre.
De plus, l'apparition même d'une Elfe Supérieure boosterait le moral de notre camp.
Après avoir évalué la force de cette Elfe via le Collegium Venato et découvert qu'il s'agissait bel et bien d'une Elfe Ancienne, nous la convoquâmes à l'Arbre des Esprits. Pourtant, la jeune fille qui se présenta s'avéra arrogante et insolente.
Elle ne s'agenouilla pas devant le roi, proclamant hardiment qu'elle était son égale. Bien que nous en eussions été informés à l'avance, je savais que moi et bien d'autres en fûmes mécontents.
C'était absurde de penser qu'une simple outsider puisse être considérée au même niveau que le roi. Cette fille était-elle seulement si forte ? L'existence des Elfes Supérieures était-elle réelle, ou n'était-ce qu'un conte de fées ?
S'il s'agissait de combattre les Hommes-Bêtes, pourrions-nous réellement confier nos vies à une telle personne ? Qui ferait confiance à une jeune fille se vantant d'être une Elfe Ancienne ?
Elle pouvait servir à galvaniser le peuple, mais n'avait pas sa place sur le front. D'ailleurs, si par quelque miracle elle survivait, elle finirait par s'accaparer tout le mérite.
C'est pourquoi j'avais prévu de faire la démonstration de notre supériorité respective. Pourtant, le roi me l'interdit. Je décidai de me rendre de mon propre chef dans la chambre de cette soi-disant Elfe Ancienne après la réunion.
Bien que le roi ne m'eût pas donné son aval, je n'en avais pas vraiment besoin puisque, en tant que Capitaine des Chevaliers, je détenais amplement assez de pouvoir pour me passer de permission. Être fort signifiait que la seule autorisation dont j'avais besoin pour agir était la mienne.
J'entrai dans la chambre assignée à la jeune fille et m'approchai d'elle avant qu'elle ne me voie. Puis je lui plantai une dague dans le dos. Si elle était vraiment l'Elfe Ancienne qu'elle prétendait être, elle aurait dû percevoir mon attaque surprise à des kilomètres.
Le simple fait qu'elle en fût incapable me fit penser que cette soi-disant Elfe Ancienne n'était qu'une farce. Au final, nous ne perdions rien de plus qu'une Elfe qui avait trompé le roi, aveuglé par sa cupidité.
Et maintenant, ma dague était enfouie dans le cœur de cette autoproclamée Elfe Ancienne. Tout cela signifiait qu'elle n'était pas une Elfe Ancienne, mais une jeune fille ordinaire.
« Voici ce qui t'attend pour avoir tenté d'usurper l'identité d'une Elfe Ancienne. » Juste au moment où je prononçai ces mots, un éclat de rire retentit.
« Ahahahahaha. »
Ce rire fou résonna depuis le cadavre saignant à mes pieds.
Soudain, la tête du cadavre pivota, et son visage se tourna droit vers moi. Ses yeux étaient vides et inquiétants, comme s'ils fouillaient jusqu'au tréfonds de mon esprit. Sa bouche tordue en un sourire sinistre ne pouvait être plus dérangeante.
« Hahaha. C'est toi qui as commencé, alors ne viens pas te plaindre si je te tue ! Je dois dire que ta viande a l'air fort appétissante. »
Une voix soudaine résonna, et l'instant d'après, le cadavre jaillit, me mordant au cou. Ses mâchoires étaient celles d'une bête, déchiquetant ma peau, ma chair, et même l'os.
J'essayai de le secouer et de fuir, mais je ne pouvais bouger, comme si j'avais été drogué par un poison paralysant.
Tandis que le sang chaud coulait le long de mon cou, mon corps se glaça. Il n'y avait aucune chance que ce soit un Elfe, c'était forcément un monstre ! Même si je tentais de me convaincre qu'il était impossible que je perde contre un monstre, ma voix s'échappa tout de même de façon pathétique.
Pendant que je perdais toute sensation dans mon corps, le monstre mordit dans mon bras droit. Je suis entièrement consumé par la peur, si bien que je ne pus même pas réaliser que j'étais dévoré vivant. Le monstre attaqua ensuite mon bras gauche, ma jambe gauche, puis ma jambe droite.
Après avoir dévoré mes quatre membres, le monstre me regarda de haut et ouvrit grand la bouche. Juste au moment où son visage allait m'engloutir tout entier, ma vision s'effaça.
◇◇◇
Quand je repris mes sens, j'étais dans un couloir. Je jetai un œil frénétique à mes deux mains pour constater qu'elles étaient intactes. Mes deux jambes allaient bien aussi. Il n'y avait pas la moindre égratignure à mon cou.
'Ai-je vraiment fini par m'endormir dans un endroit pareil ?'
Alors que le soulagement commençait à m'envahir, j'entendis le même rire fou provenant de la porte devant moi. La sensation d'être dévoré vif envahit à nouveau mon corps, et je partis aussi vite que possible.