« Oh… Il va falloir que je parvienne à cailler et recoudre les blessures. »
Après avoir erré un moment dans la pièce en marmonnant avec impatience, j'ai fini par dénicher une bouteille d'alcool de qualité dans un placard.
'Est-ce que je devrais m'en servir pour désinfecter les blessures ?'
Je vais tenter quelque chose que j'ai vu une fois dans un film.
'Si cet homme a de la chance, il pourra peut-être éviter la septicémie.'
[Note du relecteur : La septicémie survient lorsque l'organisme réagit de manière exceptionnellement grave à une infection.]
En me voyant tourner dans la pièce en tirant ci et là, Rupert a affiché une mine perplexe.
« Qu'est-ce que tu fabriques à présent ? »
« J'essaie de soigner tes blessures. »
« Toi toute seule ? »
J'avais un esprit très stable et une volonté de fer dans les situations de panique, aussi n'ai-je pas prêté attention à ses paroles condescendantes.
« Tu m'as dit de ne pas appeler de médecin, donc je dois m'en charger moi-même. »
« Absolument pas. »
Ses mots sont entrés par une oreille et ressortis par l'autre. Rupert a continué.
« Comme je l'ai dit, ne sois pas une gêne et retourne dans ta chambre. »
'Il est pénible alors que je cherche juste à l'aider.'
Face à ses critiques incessantes, j'ai répondu sèchement.
« Tu fais du bruit. Je ne partirai pas avant d'avoir recousu tes blessures aussi solidement qu'un beau sac en cuir. Alors, ferme-la, d'accord ? »
« …… »
Heureusement, Rupert ne s'est pas mis en colère et m'a regardée avec un air dubitatif.
« Tu veux dire… tu veux que je vive ? »
Cette question m'a mise mal à l'aise. La personne que tu as sous les yeux, c'est la vraie moi, tout droit venue du cœur.
« N'est-ce pas évident ? Ou est-ce que tu dis que je devrais prier pour que tu crèves au plus vite ? »
« …… »
Je ne sais pas pourquoi, mais Rupert ne m'a pas répondu.
Satisfaite de son silence soudain, j'ai poursuivi mes fouilles.
On aurait dit que ce n'était pas la première fois que Rupert devait supporter une blessure tout seul, car dans un coin de la pièce, j'ai réussi à trouver une aiguille accompagnée du fil nécessaire pour recoudre la blessure d'un homme.
J'ai jeté un coup d'œil par-dessus mon épaule.
« Ce n'est pas la première ou la deuxième fois que tu passes par là, non ? »
« … qu'est-ce que tu en sais- »
« Oui, oui, bien sûr. Tu as par hasard des antidouleurs ou un hémostatique ? »
Ça ferait vraiment mal si je commençais à recoudre sans.
Peut-être a-t-il enfin renoncé à m'arrêter, car Rupert a fait une grimace agacée et a répondu doucement.
« L'hémostatique est dans le dernier tiroir, quant à l'antidouleur… donne-moi juste un coup. »
« … tu plaisantes ? »
Pas question, pas question, je lui ai tendu l'une des bouteilles.
Même si c'était un alcool costaud, Rupert l'a avalé cul sec. Il le pensait ?
'L'alcool, c'est mauvais pour la blessure.'
Franchement, j'ai décidé de ne pas chipoter sur le traitement, vu que l'environnement dans lequel j'allais soigner n'avait de toute façon aucun sens.
'Si Rupert est retrouvé mort demain, est-ce qu'on m'accusera du crime ?'
Tout en y réfléchissant, j'ai terminé méthodiquement la préparation du nécessaire. Finalement, j'ai arraché un morceau propre du drap et le lui ai tendu.
« Mord ça. »
Quand on recoud une blessure, on serre les dents pour supporter la douleur. Du coup, si on fait un faux mouvement, on risque de se blesser.
Rupert a mis le bout de tissu dans sa bouche. Aucun signe de refus.
C'était plutôt moi qui étais tendue. J'ai avalé ma salive en m'approchant de lui, et j'ai planté l'aiguille dans sa blessure.
« …… »
Rupert a tressailli à peine, sans montrer la moindre réaction.
'Quelle sacrée tolérance.'
J'ai recousu la blessure le plus soigneusement possible.
Un moment de silence a envahi la pièce. Rupert a bougé pendant que je me concentrais sur ses blessures.
« Oh, c'est pas fini ! »
Rupert a recraché le morceau de drap sans s'en soucier.
« La distance est trop… »
« Hein ? »
« La distance est trop proche. »
J'ai été gênée d'entendre ces mots. C'est important, dans cette situation !?
« Même si tu n'aimes pas qu'on s'approche, il faut faire avec. C'est une urgence, non ? »
J'ai répondu vaguement.
« Ben… »
Je ne sais pas ce que ça veut dire. Ce n'est pas une urgence ? Ou tu ne supportes pas d'être avec moi ne serait-ce qu'une minute, une seconde ?
J'ai répondu sèchement.
« Peu importe à quel point tu détestes ça, fais preuve de patience. »
« J'ai de la patience. »
Ah. Ouais, ouais.
J'ai été sarcastique en dedans, et j'ai continué à recoudre les blessures de Rupert.
Rupert, qui ne bronchait plus, a dit brutalement.
« Tu ne savais pas faire ça, tu l'as appris où ? »
C'est parce que je travaillais comme infirmière — mais je ne pouvais pas répondre ça.
« Oh, c'est ma première fois, bien sûr ! Ça ne diffère pas tant de la couture. Ta peau est juste un peu plus épaisse que du tissu. »
« …… »
Rupert semblait avoir perdu l'envie de répondre à mes paroles irresponsables. Il est devenu incroyablement imperméable aux sales propos que je lui lançais à la figure.
J'ai recousu sa blessure satisfaisante.
J'ai craint qu'une transfusion ne soit nécessaire vu le sang qu'il avait perdu, mais heureusement, il n'en a pas eu besoin.
Grâce à ça, ce n'était pas si difficile à recoudre.
J'ai coupé le fil.
« Voilà, c'est fini. »
« … tes talents de couturière sont pas mal. »
Hein, tu te moques vu que je t'ai dit que coudre de la chair et du tissu, c'est pareil ?
J'ai esquissé un bref sourire et répondu sans rater l'occasion.
« Oh, on dirait bien que je n'ai jamais entendu un compliment de ta part. »
« …… »
Rupert, observant mon sourire avec un air étrange un instant.
'C'était déraisonnable d'attendre quelque chose de bien de ma part.'
Il semble que ce soit déraisonnable d'obtenir des compliments de Rupert aussi.
Toujours, pour achever mon travail, j'ai traîné une chaise du coin de la pièce et me suis assise.
« Qu'est-ce que tu vas faire ? »
« Je dois surveiller ton état. Et si tu fais de la fièvre ? Je te le dis d'avance : si ça en arrive là, j'appellerai un médecin sur-le-champ. Parce que sauver les gens passe avant tout. »
Rupert m'a lancé un regard incompréhensible.
« Tu n'as pas demandé pourquoi j'étais blessé… »
Bon, peut-être que c'est à cause de la malédiction ? Je ne faisais que deviner.
« Si je demande, tu me répondras ? »
« Non. »
« …… »
Qui est ce type qui se moque de moi ?
Ricannant, Rupert a jeté un coup d'œil à mon air constipé.
« Je ne sais pas ce qui te passe par la tête. »
J'aimerais ne plus entendre ce « Je ne sais pas ce qui te passe par la tête ». Tu doutes encore de moi ?
J'ai répondu légèrement.
« Ne t'inquiète pas. Je n'ai aucun plan. Anyway, tu veux boire encore un coup si tu n'arrives pas à dormir parce que tu te sens mal ? »
Je lui ai tendu la bouteille en disant ça, mais Rupert a refusé.
« Pas la peine, on dirait un être humain en ce moment. »
« Pardon ? »
Qu'est-ce que ça veut dire ? Ça ne voudrait pas dire que d'habitude j'ai l'air d'une merde inférieure à une personne !?
Pas moyen de dire un truc aussi violent. Même les gens qui se haïssent disent qu'ils restent polis entre eux.
Rupert a répondu brutalement.
« Ça veut dire que je ne veux pas avoir un accident à cause de mon ivresse. »
C'est absurde.
« Tu veux dire qu'il y a d'autres accidents que de se faire planter une épée dans le dos ? »
« Ce n'est pas un accident qui veut dire… non, tu n'as pas besoin de savoir. »
Rupert a dit ça, et comme s'il ne voulait plus me voir, il s'est renfoncé fermement, même si c'était déraisonnable.
'L'attitude est un peu forte pour son sauveur.'
Pourtant, je ne me suis pas plainte plus que ça.
« Bon, ben dors vite. »
Rupert n'a rien répondu.
En regardant son dos, j'ai lutté contre la somnolence qui me tombait dessus.
***
Récemment, Rupert était en colère.
Il n'arrivait pas à en cerner la raison exacte non plus.
Après la dispute avec Noelle, il ne lui restait que son regard déçu et quelques mots.
Devoir parental, père, fille, confiance…
'Qu'est-ce que ça peut bien vouloir dire pour moi ?'
L'émotion et les malédictions ont toujours été liées. Plus il était difficile de contrôler ses émotions, plus il était difficile de réprimer l'impulsion née de la malédiction.
À cause de ça, il a toujours maintenu une attitude cynique.
'Merde.'
Cependant, depuis que Noelle a changé du tout au tout récemment, son quotidien a été bouleversé.
'Pourquoi essaies-tu soudain d'avoir une vraie relation de famille ?'
Le mot famille a toujours affaibli la raison de Rupert.
Et les jours comme celui-ci, Rupert faisait souvent des trucs fous.
Il montait à cheval tout seul et fonçait dans la forêt où vivaient les monstres.
Et il tuait tous les monstres qu'il croisait. Ça n'aidait pas autant que de tuer des gens, mais ça aidait à contrôler la malédiction dans une certaine mesure.
C'était assez téméraire pour passer pour du suicide. Mais ce n'était pas si dangereux pour Rupert.
C'était bien mieux que de tuer les innocents autour de lui rien parce qu'il n'arrivait pas à réprimer sa malédiction.
Il l'a fait cette fois aussi. Il voulait vider complètement sa tête, mais il s'est retrouvé blessé.
Objectivement, c'était une blessure grave qui aurait coûté la vie à une personne normale, mais Rupert s'en fichait.
Lui-même ne rentrait pas dans la catégorie « normal ».
Il avait un corps qui était devenu progressivement une arme vivante dès sa naissance. C'était dur de vivre, mais c'était encore plus dur pour ce corps de mourir.
'Ce serait mieux si je laisse juste tomber.'
Comme toujours.
Avec cette pensée, Rupert est rentré au manoir et s'est effondré sur son lit.