« Bon, alors, santé ! »
« Super santé ! »
Ce soir-là, après avoir réussi la demande, nous avons trinqué dans une taverne locale bon marché pour fêter notre première mission accomplie.
Cela dit, nous n'avions réussi qu'une ou deux demandes « pas mal pour des débutants », donc nous n'avions pas gagné une somme substantielle. Mais la raison pour laquelle nous pouvions faire la fête ensemble comme ça, c'est que j'avais utilisé un petit truc.
« Pfiou ! La boisson après le boulot, c'est super bon ! Tout grâce à Ed ! »
« Haha, ne m'en parlez pas. On a tous bossé ensemble, alors je ne vais pas tout garder pour moi. »
« Ed, comme d'hab ! Super généreux ! »
Pendant qu'on cherchait de l'Herbe à Fil de Coton, j'avais trouvé une autre herbe qui se vendait à bon prix. On buvait avec l'argent de cette vente, mais ce n'était pas juste de la chance si je l'avais trouvée. J'avais fait semblant de la découvrir par hasard en utilisant la [Boussole Akashique].
Pourquoi faire une chose pareille ? Pour renforcer notre sentiment d'unité. Certes, ma [Boîte de l'Étranger] contient une grande quantité d'argent et d'objets précieux, mais si je la sortais en disant « c'est moi qui invite »… eh bien, Burn serait peut-être content de venir, mais il y aurait quand même une forme de réticence ou de barrière.
Mais qu'est-ce qui se passerait si, en faisant la même demande, on trouvait quelque chose qui rapporte de l'argent, et qu'on buvait ensemble avec cet argent ? Même si c'est le même montant, le sentiment d'unité qu'on en retire est considérablement renforcé. C'est l'un des trucs nés de mon expérience de vie à devoir m'entendre avec des parfaits inconnus des centaines de fois.
« Anyway, Burn, t'étais vraiment fort. Je suis impressionné. »
« Hahaha ! Je suis super fort ! Mais Tia était aussi incroyable. Les elfes, c'est super incroyable, après tout. »
« Hé hé, Tia n'est pas incroyable parce qu'elle est elfe, elle est incroyable parce qu'elle est Tia. »
« Oups, c'était une super boulette de ma part ! Désolé, Tia. »
« C'est rien. En plus, Ed était aussi incroyable, non ? »
« C'est ça ! Comment t'as acquis des compétences d'éclaireur aussi incroyables ? »
« Hein ? Si tu me poses la question, tout ce que je peux dire, c'est que c'est le fruit d'un entraînement quotidien. Ça est devenu possible quand j'ai bossé dur. C'est pas pareil pour toi, Burn ? »
« Certainement ! J'ai juste balancé mon épée dans tous les sens et avant de m'en rendre compte, j'étais devenu super fort ! »
Si l'histoire que j'ai entendue au premier tour est vraie, Burn n'avait ni maître ni parents chevaliers ou aventuriers célèbres. C'est l'incarnation même du déraisonnable, devenu le plus fort rien qu'en agitent son épée comme un simple villageois.
Bon, la plupart des héros sont comme ça, mais qu'est-ce qui arrive quand ce que tu veux faire et le talent que tu as correspondent parfaitement ? Burn en est l'exemple type.
« Hé, Burn. Si ça te va, qu'est-ce que tu dis qu'on forme une équipe à partir de maintenant ? »
C'est pour ça qu'une fois l'alcool monté à un certain niveau, j'ai fait cette proposition. La raison pour laquelle j'ai montré mes capacités non pas comme épéiste mais comme éclaireur, c'était pour préparer cette proposition.
« Après avoir bossé ensemble aujourd'hui, j'ai réalisé un truc. Moi je fais l'éclaireur, Tia soutient avec sa magie spirituelle, et Burn tranche les ennemis. Je sais que c'est de l'auto-satisfaction, mais vous ne trouvez pas qu'on forme une équipe plutôt bien équilibrée ? »
« C'est vrai. Je me sens en sécurité en laissant l'avant-garde à Burn. Qu'est-ce que tu en penses ? »
Saisissant immédiatement mes intentions, Tia enchaîne. Comme on a bossé ensemble un petit moment, on connaît le caractère et les compétences de Burn, donc ses paroles ne mentent pas.
« Eh bien… »
Face à nos mots, Burn a croisé les bras et a réfléchi en fronçant les sourcils. Après une pause substantielle, un immense sourire est apparu sur son visage.
« Bien sûr, super ! D'accord ! En fait, j'allais vous le proposer moi-même ! »
« Super ! Pour fêter la formation de notre équipe, on se refait un toast ? »
« Bonne idée. Faisons-le ! »
« D'accord ! À la formation de notre équipe super forte ! »
« » « Santé ! » » »
Nos chopes en bois se sont heurtées et sur l'élan, Burn et moi avons partagé un franc éclat de rire. On a passé une soirée sympa, on s'est séparés un moment pour rentrer chacun à son hébergement, puis on s'est retrouvés le lendemain matin.
« Nous, qui avons formé une équipe, exigeons une demande super difficile ! »
« Hein ? Vous pouvez pas débarquer comme ça et dire ça… »
En se retrouvant à la Guilde des Aventuriers le matin, Burn a commencé à mettre la pression à la réceptionniste. Son visage était un mélange d'agacement et de confusion. Bon, n'importe qui réagirait comme ça si quelqu'un débarque abruptement avec un truc pareil sans préambule.
« Ah, désolé pour ça. Comme dit Burn, on a formé une équipe. Et on s'est dit qu'avec trois, on pouvait accepter des demandes plus lucratives. »
« Ah, je vois. Vous avez réussi à récolter les Fleurs de Fil de Coton hier. Vu ça, et vu que vous avez formé une équipe, c'est vrai que même des débutants peuvent prendre des demandes un peu plus difficiles. »
« Vous voyez !? Alors vite, donnez-nous une demande super lucrative- »
Alors que la réceptionniste affichait son sourire professionnel, Burn s'est penché pour l'interrompre. Mais sachant que ça n'avancerait pas la conversation, j'ai poussé Burn de côté et j'ai parlé à la réceptionniste.
« Hé, Ed !? Qu'est-ce que tu- »
« Laisse-le tomber pour l'instant. À trois, on peut assurer une veille constante et gérer le combat. Donc, on veut prendre cette demande. »
Ce que je tendais était une fiche de demande que j'avais déjà détachée du panneau. En en voyant le contenu, une ombre a soudain traversé le sourire de la réceptionniste.
« C'est une demande d'investigation des Ruines de Shitorowa, c'est ça ? C'est vrai que l'endroit a tendance à être infesté de gobelins et compagnie, donc on publie régulièrement des demandes pour enquêter et exterminer les bêtes à l'intérieur- »
« C'est bon, non !? Laissez-les la prendre ! »
Comme la réceptionniste allait dire quelque chose, une voix rauque venue de derrière l'a coupée. En me retournant, un homme barbu nous regardait avec un grand sourire.
« Gazil-san !? Encore vous !? »
« C'est bon ! Ils ont réussi à récolter les Fleurs de Fil de Coton hier. C'est une équipe de recrues prometteuses, non ? Nettoyer… non, enquêter sur des ruines pourries où des gens sont allés maintes fois, ça devrait être du gâteau ! Non ? »
« Eh bien, je pense qu'on peut le gérer. »
« Super ! Ce sera une promenade de santé ! »
« Je ne pense pas qu'il y ait de problème particulier. »
« Vous l'avez dit ! S'ils le disent eux-mêmes, laissez-les faire ! L'expérience, c'est tout, Gahahaha ! »
« Vraiment… Donc, quoi, vous l'acceptez ou pas ? »
« Bien sûr. S'il vous plaît, on la prend. »
« Soupir… Compris. »
Avec un échange identique à celui d'hier, on a pu accepter la demande. En chemin de la ville vers les ruines, Tia a de nouveau effleuré ma main discrètement.
[Alors, Ed ? Cette demande… Gazil-san ? Il est encore impliqué, lui ? Cette demande a aussi une signification ?]
[Fufu, bien sûr. Mais t'inquiète, celle-ci ne devrait pas être particulièrement dangereuse. Donc, Tia, profite juste de l'aventure avec Burn.]
[Hmm ? D'accord alors. J'ai hâte.]
C'était mon deuxième tour, et je n'y pouvais rien, mais c'était trop fade de priver Tia de la joie de l'aventure. Tandis que je regardais les oreilles de Tia rebondir au rythme de ses pas, Burn nous a hélés depuis l'avant.
« Hé, vous deux ! Vous traînez ! »
« Oh, désolé pour ça. Mais Burn, c'est toi qui vas trop vite ! Tu te rends compte que c'est moi qui suis censé être l'éclaireur, non ? »
Je savais qu'il n'y avait aucun moyen qu'il y ait quelque chose d'assez dangereux dans un tel endroit pour nous mettre en garde, mais il fallait quand même rester prudents. Avec un sourire en coin face à ma question, Burn a répondu sans la moindre once de remords.
« Bien sûr ! Je suis super excité d'aller dans les ruines ! »
« Non, tu dois être excité AVANT d'entrer, pas DEDANS !? On n'y peut rien. Bon, Tia. Je te laisse l'arrière-garde. »
« Compris. Bonne chance. »
Toujours à fond et penché en avant. En souriant amèrement devant Burn qui ne m'attendait pas et marchait devant, j'ai appelé Tia et j'ai commencé à trottiner derrière lui.