« Oh mon Dieu, ! »
, qui venait de revenir avec son maquillage, le posa à côté d'elle et se précipita vers moi. Elle avait l'air émue en prenant mes joues entre ses mains.
« Ah, je suis tellement contente ! Te préparer, ça me met dans tous mes états, tu sais ? J'ai conçu la tenue tout spécialement d'après la musique et l'ambiance de la danse. Sérieusement, elle te va à la perfection ! »
Elle l'avait dessinée elle-même ? Une pression phénoménale me tomba sur les épaules, mais je la cachai derrière un grand sourire.
ramena tous mes cheveux d'un seul côté, puis plaça un joyau cramoisi en forme de fleur près de mon oreille. Elle employa des couleurs plus voilées et moins saturées pour créer un rendu à la fois calme et sensuel. C'était bizarre de dire « sensuel » de ma propre bouche, mais était douée à ce point. Toutes les teintes qu'elle avait choisies me donnaient un air de rêve, quelque chose de mystérieux.
me fit aussi mettre un bracelet et un bracelet de cheville, tous les deux cramoisi et noir. Ils produisaient un joli tintement dès que je bougeais.
me garda vraiment un bon moment. Résultat, je dus monter sur scène immédiatement, sans une seconde d'attente.
Une fois qu'elle eut fini de m'apprêter, elle était essoufflée. Elle avait l'air un peu vide, presque à côté de ses pompes, alors je me contentai de la remercier et je partis.
« C'est... légendaire... »
murmura cela, les mains sur la bouche, sous le choc. J'attrapai en hâte mes deux épées et courus vers la scène. On aurait dit que le présentateur avait déjà appelé mon nom deux fois.
« ! Où est West ?! Elle était là il y a une minute, non ?! »
« Hé, dépêchez-vous de la chercher ! Elle ne se serait pas cachée parce qu'elle ne voulait pas le faire, si ? »
« Venant de , c'est possible ! Mais elle n'a pas le droit ! »
En coulisses, tous les élèves qui devaient présenter quelque chose étaient en panique à cause de ma disparition soudaine. Je marchai vite vers eux.
« Désolée pour le retard. »
« ! Tu es en retard. Dépêche-toi de mont... Hein ? »
« Le présentateur fait des blagues salaces pour te laisser plus de tem... Merde alors. »
Les élèves froncèrent les sourcils et se tournèrent vers moi en entendant ma voix, puis eurent soudain l'air complètement ailleurs. Je rentrai la tête dans les épaules, attendant le déluge d'insultes qui allait forcément me tomber dessus, mais tout le monde me détailla de haut en bas sans un mot.
« V-vas-y, dépêche-toi... s'il te plaît. »
Les élèves avaient tous l'air ailleurs, et leur ton était devenu poli.
Ces élèves subitement polis me décontenancèrent un peu, mais j'étais la fautive, alors je montai simplement sur scène.
Les réactions à mon visage apprêté étaient étranges, alors je relevai le tissu transparent et le mis comme un voile en avançant. Quand je cachai mon visage derrière ce voile improvisé, les gens me jetèrent moins de coups d'œil. Cela me convenait très bien.
« Qui a encore des appareils d'enregistrement en rab ~ »
« Il est arrivé quelque chose à ? Elle met du temps. »
« On dirait qu'elle arrive bientôt, non ? Ce n'est pas le pied de , ça ? Il est joli, ce bracelet de cheville. »
« Ah, tu as raison. J'aimerais juste que le présentateur arrête ses blagues stupides. »
À force d'avoir eu la scène vide, la foule était extrêmement bruyante.
Le présentateur vit que j'étais prête à monter et m'adressa un sourire radieux. Il eut l'air interloqué un instant en découvrant mon visage couvert par le voile, mais il me présenta bientôt au public.
« a terminé ses préparatifs ! À présent, que la représentante de la classe d'escrime s'avance ! »
Le présentateur me tapota le bras en me souhaitant bonne chance, puis courut derrière la scène. Je ne savais pas ce qu'il avait bien pu faire jusque-là, mais le public entier était exaspéré.
Sitôt qu'on leur annonça que la présentation suivante allait commencer, tous reprirent vie. Ils fusillaient le présentateur du regard pendant qu'il s'échappait, mais ils avaient l'air chaleureux et accueillants quand je sortis.
« Nous ! On ! T'aime ! Toi ! Notre ! Déesse ! Notre princesse West ! »
La foule était... un peu trop excitée, plutôt que froide et fâchée.
La « présentation finale » du festival était réservée au plaisir des élèves : elle était donc bien plus libre que les autres formes de présentation du festival.
Un groupe de garçons de la classe d'escrime se tenaient par les épaules en se balançant de gauche à droite et scandaient mon nom comme un mantra.
Ce groupe qui acclamait mon nom, c'étaient les amis d' et de Patrick, des élèves réputés pour être des mauvaises graines. Derrière eux, Swanhaden les surveillait de près, les bras croisés. Quand je sortis, il regarda à côté de moi avant de détourner la tête.
Dieu merci, je me couvrais le visage avec le voile. Pour être tout à fait honnête, je n'avais pas le cran de faire ça à visage découvert, et c'est bien pour cela que j'avais préparé le masque. Sauf que me l'avait confisqué.
Bref, je me couvrais le visage, donc personne ne pouvait le voir rougir.
Je comprenais maintenant pourquoi Cory avait demandé l'autorisation d'utiliser des effets. Des lumières magiques multicolores me faisaient briller davantage et plus richement. J'avais cru entendre des feux d'artifice à mon entrée : il semblait bien qu'il en ait lancé. Je ne pouvais pas le voir à cause de mon voile. Bref, c'était le chaos.
Le premier rang était le plus bruyant. Il paraissait assez large, mais il n'y avait que des visages familiers à cet endroit. Tous les autres s'étaient assis à partir du deuxième rang. Je me demandais pourquoi c'était si bruyant, mais les acclamations d' et des garçons de l'escrime étaient d'un autre monde.
« est sur scène en train de présenter... »
avait même l'air émue. Elle semblait avoir un problème avec le fait que je me sois couvert le visage d'un voile, mais elle m'acclama à pleins poumons et me cria que ma tenue était magnifique.
Je levai la main nerveusement au milieu des acclamations. Quand je tentai de bouger, Swanhaden balança une chaussure aux élèves en leur ordonnant de se taire. À son ordre, ils se calmèrent aussitôt et se concentrèrent sur moi.
J'avais l'impression que mon esprit se vidait, mais j'ouvris grand les yeux en clignant des paupières pour me concentrer autant que possible.
Quand je levai la main en l'air et tirai, les appareils qui contenaient la musique dont j'allais me servir vinrent lentement vers moi. Au moment où la représentation allait commencer, la salle devint incroyablement silencieuse. Cory avait même arrêté de grignoter ses friandises.
Il y avait en tout sept appareils à musique, programmés pour jouer les morceaux que j'y avais enregistrés dès que je les touchais ou les détruisais. La musique devait gagner en ampleur à mesure que j'en briserais un par un.
Bam !
Je détruisis d'un coup d'épée l'appareil le plus proche de moi, signal du début de ma danse.
Avec le bruit de l'appareil qui volait en éclats, un rythme cadencé emplit la salle. Boum, boum, ba-boum, boum ! Mon corps bougeait avec la mesure, et mon épée aussi. Le tempo commença lentement, puis se mit bientôt à accélérer.
Comme la mesure était mon seul accompagnement, mes mouvements furent puissants et précis au début. Mes pas étaient larges et mes attaques volaient vers l'ennemi invisible, les gestes amples et ouverts. J'ondulais au rythme tout en me déplaçant.
À la fin de la première danse, je m'approchai du deuxième appareil. C'était juste au moment où la mesure commençait à s'user.
Bam !
Après une longue danse, je détruisis le deuxième appareil à contretemps. Cette fois, la mélodie du morceau se mit à couler. Ce rythme décalé transforma mes mouvements et l'allure de la danse. Chaque fois que je bougeais, les pans flottants de la robe me suivaient avec un temps de retard et poursuivaient ma silhouette.
La danse à l'épée devait faire deux choses : montrer les mouvements de l'épée, et remplir son office de spectacle et de danse. Il y avait donc beaucoup de gestes superflus dans la chorégraphie. Par exemple les ondulations du corps et les mouvements de tête. À force d'y ajouter des éléments variés, cela me rappelait un peu l'époque où je dansais en costume pour mes petits boulots, dans ma vie précédente. ... Non, laissons. Ceci était sans doute bien plus élégant.
Bam ! Bam !
Je détruisis deux appareils de plus et ajoutai encore de la mélodie et du rythme à la musique. Le morceau prenait de plus en plus d'ampleur, et le public devenait de plus en plus bruyant. La salle débordait d'excitation, presque au bord du chaos. Les gens étaient excités par le festival, et la musique était forte et entraînante. Peut-être était-ce aussi grâce à la danse ? Bref, les gens agitaient les bras d'enthousiasme.
« ! ! ! ! »
« Kyaaaaaaaaaaaaa ! »
Je voyais mal à cause du voile, mais les gens du premier rang étaient si bruyants que je sentais presque physiquement leur exaltation. Il semblait y avoir une agitation énorme, mais je devais me concentrer sur ma danse plutôt que sur ce remue-ménage, alors je tentai de l'ignorer de mon mieux.
L'excitation avait légèrement fléchi, et c'est précisément à ce moment que la musique enlevée allait devenir plus mélancolique.
Je devais frapper l'appareil qui ralentirait le morceau, donc j'avais enjambé un autre appareil et tendu le bras très haut. C'est alors que cela arriva.
Tout allait bien quand je frappai l'appareil chargé de ralentir la musique.
« ... Merde. »
Le problème, c'était que le voile qui m'avait caché le visage jusque-là venait de glisser en arrière.
Le tissu qui dissimulait mon visage avait quitté mon épaule, et je fus contrainte d'exposer mes traits.
Ma vue devint plus nette et je pouvais distinguer chacune des personnes dans le public. La musique avait déjà ralenti. Elle n'était pas complètement lente, mais la mesure était bien plus posée que tout à l'heure.
Je ne pouvais pas rester figée par le choc : je poursuivis mes mouvements en hâte. C'était la pose la plus embarrassante de toutes, ce qui rendait ma situation franchement pénible.
La seule chose qui avait changé dans l'équation, c'était ma gêne, alors je me mordis un peu la lèvre et continuai de danser.
Dès que la musique lente s'installa, le chaos de tout à l'heure retomba. Les acclamations et les appels de mon nom se réduisirent à des murmures étouffés. J'eus le sentiment que l'ambiance avait basculé bizarrement à la disparition de mon voile, si bien que je ne pus m'empêcher de me recroqueviller un peu. J'étais assez nerveuse, mais la somme d'entraînement que j'avais accumulée faisait que mon corps continuait sans un accroc.
Quand ma vue fut tout à fait dégagée, je pus enfin observer les alentours. Je parcourus la foule du regard en essayant de comprendre pourquoi tout le monde était si silencieux.
La première chose que je vis, ce furent les visages familiers du premier rang. , qui hurlait mon nom à s'en casser la voix, était complètement muette. Son visage ressemblait à celui de un peu plus tôt.
Cory, qui m'encourageait tranquillement depuis son siège, avait cessé de bouger et me fixait, tout simplement. À côté de lui, continuait de boire dans une tasse vide. Il mordait sa tasse, la tête de son costume de lapin posée près de lui. Il avait l'air sous le choc.
Bref, tout le monde me regardait avec un peu trop d'arrière-pensées. Yves, qui avait fini sa visite de l'école, avait rejoint la foule et me regardait, le menton posé sur l'accoudoir devant lui. Il ne me fixait pas avec le regard vitreux des autres, mais il avait tout de même l'air plus surpris qu'avant.
Swanhaden avait semblé se tenir près d'Yves un moment plus tôt, mais il n'était plus là quand je le cherchai. Il avait disparu, et la seule chose qui me prouvait qu'il était passé par là, c'étaient les appareils d'enregistrement qu'il avait apportés, en suspension dans les airs. Je me demandai s'il était allé aux toilettes.
J'avais à peine dansé correctement, tellement le voile qui m'avait dévoilée m'avait mise mal à l'aise.
Quand la mesure lente de la musique s'accéléra de nouveau, les murmures étouffés se calmèrent aussi. Mais dès que le tempo s'emballa, les acclamations devinrent assourdissantes.