Un monde au bord de la destruction, bientôt effacé par le retour en arrière du temps.
Sur le toit d'un immeuble qui surplombait ce monde, Stardus et moi étions assis côte à côte, à profiter de toutes sortes de conversations.
« ... Tu sais à quel point j'ai été surprise, ce jour-là ? »
« Haha, moi aussi j'ai été surpris. »
« Surtout quand on s'est retrouvés coincés là-bas... »
Comme tout allait disparaître dès que le temps repartirait en arrière, je bavardais tranquillement, à mon aise, sans craindre de gaffe. On a parlé de tous ces moments qu'on avait partagés et qui ressemblaient déjà à des souvenirs. La première fois qu'on s'était croisés dans les sous-sols du Groupe HanEun, ce qui s'était passé à l'hôtel de Busan... ce genre de choses.
C'était drôle, d'une certaine façon. Une héroïne et un vilain assis côte à côte, à rire et à parler du passé.
Vu que j'avais toujours bien aimé Stardus, je profitais simplement de l'instant. Cela dit, pour être honnête, c'était surprenant de la voir comme ça. ... Enfin, ça n'avait pas vraiment d'importance. J'avais déjà révélé ma véritable identité, et le monde s'achevait de toute façon : ça ne changeait rien qu'on soit assis ensemble comme ça. Stardus avait dû décider elle aussi de prendre les choses à la légère... c'est ce que je croyais.
On a passé des heures sur ce toit, à profiter de la brise douce en parlant de tout et de rien.
En temps normal, on était occupés à se battre l'un contre l'autre. Empêtrés dans nos identités, toujours à se méfier du regard des autres.
À étouffer nos vrais sentiments, incapables de partager ce genre d'histoires.
C'est seulement à cet instant, quand le monde était sur le point d'être détruit et de disparaître, qu'on pouvait rire et parler tranquillement ensemble.
Alors, pendant des heures, au milieu de la destruction du monde, on a échangé toutes sortes d'histoires.
« Tadam ! Enchantée. On s'est déjà vus, non ? »
« Ouah... Haha, oui. Je m'en doutais. »
Au cours de la conversation, comme c'était une ligne temporelle que nous allions bientôt oublier, j'ai retiré mon masque et révélé mon identité.
« Je t'appellerai Da-in, alors appelle-moi Haru. »
« ... D'accord, Haru. »
On s'est adressés officiellement l'un à l'autre par nos vrais noms.
« ... Attends, Da-in, l'autre fois sur la plage, ce n'est pas Lee Seola qui t'a présenté à moi ? »
« Oups. »
« Hmm... ? »
... Comme Shin Haru souriait d'un air espiègle en me questionnant sur ma relation avec Lee Seola, j'ai instinctivement senti le danger et j'ai vite tenté de me justifier.
« Vous n'êtes pas... ? »
« Bien sûr que non ! On a une relation de famille. Il n'y a absolument rien de tel ! »
« ... Tant mieux. »
« Quoi ? »
« ... Non, rien. »
... Et me voilà, à ce moment-là, en train d'expliquer les soupçons que Stardus nourrissait sur mes relations avec les membres féminins de l'Égo-escouade.
Les sujets de conversation étaient étonnamment inépuisables.
« Haha, vraiment ? Tu voulais me voir, à ce moment-là ? »
« Hem... Ouais. »
« Ahaha. Hahaha. »
« Ah... Arrête de rire, s'il te plaît. C'est gênant... »
J'ai ri avec elle comme ça, et pas mal de temps a passé.
Le ciel bleu a tourné peu à peu à l'orange.
« ... »
En réalité, à un moment de notre conversation, Wolgwanggyo a tenté de revenir à la vie, ce qui a provoqué une secousse, et il a fait nuit d'un coup ; mais ça a dû échouer, puisque le jour est revenu.
Bref, on approchait maintenant du coucher du soleil.
... D'instinct, on a compris que le temps nous manquait. Alors, sans même nous en rendre compte, on s'est retrouvés à contempler ce ciel strié d'orange, un sourire léger sur les lèvres.
Assis sur le garde-corps du toit, les mains posées dessus.
C'est ainsi qu'on est restés, au sommet d'un monde au bord de la destruction, à attendre que le temps reparte en arrière.
'... Hmm.'
Au milieu de tout ça, perdu dans mes pensées, j'ai repassé en silence la conversation sérieuse que nous avions eue ce jour-là, pendant que le bavardage s'interrompait un moment.
... Je le sais aussi. La situation actuelle n'est pas normale.
Comme je l'ai dit, j'avais révélé mon identité, et c'était un moment où le monde était au bord de la destruction. C'est peut-être pour ça que j'avais tendu une main rassurante à celle qui devait être psychologiquement submergée, ce qui a créé cet effet de flottement.
Seulement...
... Même en tenant compte de ça, Haru se montrait beaucoup trop proche de moi.
Comme si nous avions été de vieux amis depuis le début, et pas une héroïne et un vilain.
Comme si elle ne me détestait pas et ne m'en voulait de rien.
'...'
... J'aimais bien Stardus. Depuis le tout début, évidemment. Je pouvais donc rire et parler avec elle, et goûter sa compagnie.
... Mais Haru ?
Pour être honnête, c'était bizarre depuis le départ. Elle avait accepté sans le moindre doute ce que je lui avais dit du retour en arrière du temps. Comme si elle m'avait fait confiance depuis le début.
... Alors que je suis un vilain. Pourquoi ?
Et puis.
« Dis... »
« Oui ? »
Pendant que je roulais ces doutes dans ma tête, Haru, un petit sourire aux lèvres, a soudain regardé le soleil couchant et s'est mise à parler.
Sous le ciel cramoisi, dans une atmosphère qui me faisait battre le cœur pour je ne sais quelle raison, elle m'a adressé la parole.
« ... J'y réfléchis, là, maintenant. »
« Oui ? »
« Pour être honnête, je ne t'ai jamais vraiment détesté, Da-in. Égostique, je veux dire. »
« Depuis le début. En fait... je ne crois pas l'avoir jamais fait. »
« ... Hein ? »
En entendant ça, j'ai douté de mes oreilles. J'ai tourné la tête vers elle, mais elle était toujours là, à contempler le ciel qui rougissait avec un sourire serein.
Et elle a continué, le regard toujours fixé sur le ciel.
« ... Tu sais, je crois que j'ai simplement essayé de te détester volontairement. »
« Parce que tu es un vilain, que tu répands la terreur, que tu fais le mal. Et que moi, je suis une héroïne. Une sauveuse. Je devais donc te haïr, forcément... C'est ce que je me disais. »
... Qu'est-ce qu'elle raconte ?
Sans se soucier de mon trouble, Haru a poursuivi.
« Mais tu vois, maintenant que j'y pense... »
« C'était quand ? Le jour où l'avion s'est écrasé, le jour où tu m'as appelée ? »
Elle s'est arrêtée là, a pris une profonde inspiration. Puis, avec un accent de certitude, elle a repris.
« Depuis ce moment-là. Toi. »
« Je ne crois pas t'avoir tant détesté. »
« Au contraire. En fait, c'est même l'inverse. »
... Pas possible.
Non, ça ne peut pas être vrai.
« Avec le temps, tous ces moments où tu as pris soin de moi, ils se sont additionnés. »
« Moi, toi... »
...
Et Haru a murmuré doucement, comme si elle chuchotait pour moi seul.
« ... »
Elle souriait en regardant le ciel, mais ses yeux brillaient légèrement d'humidité. Sans croiser mon regard, elle a continué d'une voix un peu tremblante.
« Haha, ce n'est pas drôle ? À la fin de tout, à cet instant où tout va finir par disparaître, je comprends enfin ce que je ressens. Et... c'est seulement maintenant que je te le dis. »
« ... »
Les yeux toujours tournés vers le ciel, un peu rougis, Haru a continué de murmurer.
« ... »
C'est comme ça.
C'est comme ça que j'ai découvert, pour la première fois, ce que Shin Haru ressentait.
« ... »
Je n'ai pas pu dire un mot.
'... Comment on en est arrivés là ?'
À la place, j'ai réfléchi en silence.
J'avais très clairement cherché à être son ennemi éternel, un vilain à jamais dans son regard. C'est pour ça que j'avais agi comme je l'avais fait.
Mais c'était aussi la première fois que j'étais un vilain, alors il y a peut-être eu de la maladresse.
... Ouais.
Est-ce que j'aurais dû ne pas la contacter pour la soutenir pendant que l'avion s'écrasait ?
Est-ce que j'aurais dû ne pas la sauver dans les sous-sols, ce jour-là ?
Est-ce que j'aurais dû ne pas intervenir quand le Groupe HanEun a débarqué avec son arme géante ?
Est-ce que j'aurais dû ne pas déchaîner une tempête à Wolgwanggyo ?
Est-ce que j'aurais dû ne pas me mettre devant elle, ce jour-là, face au Château du Démon ?
... Je ne sais pas.
Mais même si je pouvais revenir en arrière, je referais probablement la même chose.
Seulement...
'... Il faut que quelqu'un le sache.'
J'ai senti qu'il fallait que je le dise à mon futur moi, quand bien même le temps devait repartir en arrière.
C'était une erreur.
Mon plan qui consistait à devenir l'ennemi juré de Stardus, son adversaire éternel, un vilain infâme, était fondamentalement une erreur.
Pour rester un vilain, il fallait que je change mes plans, même si c'était pour le bien du monde.
Sauf que je ne pouvais rien transmettre. Le cours du temps ne pouvait pas être modifié, même avec mes pouvoirs stellaires.
Pendant que je réfléchissais sérieusement à la situation...
... Toc.
J'ai senti quelque chose toucher ma main, posée sur le garde-corps. C'était chaud et doux.
Toc. Toc.
Ses doigts se rapprochaient de ma main gauche.
Et à l'instant où j'ai tourné la tête...
J'ai croisé le regard de Haru, ses iris bleus un peu humides.
« ... Je ne peux pas ? »
Elle m'a posé la question doucement, d'une toute petite voix.
... Ça n'a pas d'importance, c'est la fin de toute façon.
Tout va devenir néant.
Dans la lumière cramoisie du soleil, qui se reflétait dans des larmes scintillantes, entouré d'un paysage d'une beauté à couper le souffle, je l'ai regardée me parler comme ça.
Je n'ai rien pu dire, rien pu faire.
Bientôt, ses doigts ont doucement touché les miens.
Avant que je m'en aperçoive, sa main recouvrait entièrement le dos de la mienne.
Moi aussi, j'ai un peu bougé la main pour prendre la sienne.
« ... »
Elle a paru un peu surprise, et j'ai pensé, en silence.
... Ouais.
J'aimais bien Stardus. Depuis le début, évidemment.
Alors ça ne devrait pas avoir d'importance.
... Je ne sais pas. Les affaires à venir, c'est le futur Égostique qui s'en occupera. Être un vilain ou quoi que ce soit, c'est un problème que mon futur moi devra résoudre. S'il est aussi malin que moi, il trouvera de nouvelles stratégies. Ce n'est pas mon problème, à moi qui viens d'une ligne temporelle qui va disparaître de toute façon. Ce sera comme ça.
Et...
... Puisque c'est la fin de toute façon.
Tout va devenir néant.
Je n'ai qu'à me concentrer sur cet instant.
Avec cette idée en tête, j'ai tenu sa main et je lui ai simplement souri.
Haru a écarquillé les yeux un instant, puis elle a éclaté d'un grand sourire.
Ses yeux se sont embués de joie.
Bouuum.
Bouuum.
« ... On dirait que c'est presque fini, maintenant. »
« Ouais... »
Combien de temps s'est-il écoulé comme ça ?
Nous regardions en silence les explosions qui éclataient plus bas, sous le ciel cramoisi, toujours main dans la main sur le toit.
... La journée d'aujourd'hui va s'achever comme ça.
Le monde va périr complètement.
Le temps va repartir en arrière.
Et les événements de cette journée seront totalement oubliés, entre nos deux mémoires.
Et ensuite, nous retournerons à nos journées passées à nous battre l'un contre l'autre.
Je continuerai de semer la terreur, et elle m'arrêtera. Je rirai en lançant mes retransmissions, et elle sauvera des gens. Des journées comme ça.
« ... Haha. »
« Pourquoi tu ris ? »
« Pour rien... »
Comme elle me regardait d'un air interrogateur, j'ai dit ça et j'ai serré sa main un peu plus fort.
Elle a marmonné « C'est quoi... », mais ses oreilles rougissaient encore. Enfin, je ne trouvais pas que ça change grand-chose, venant de moi, alors je me suis tu.
Bouuum.
« ... Ce n'est pas la fin. »
« ... Hein ? »
Tandis que les grondements et les nuages en forme de champignon se rapprochaient de nous,
j'ai tranquillement ouvert la bouche pour lui parler.
« Même si le temps repart en arrière, nous restons les deux mêmes personnes. »
« Les gens ne changent pas. »
« Un jour, nous aurons une autre conversation comme celle-ci. »
« C'est vrai. »
Levant mon autre main, j'ai essuyé doucement les larmes sur ses joues. Je lui ai dit :
« Ne pleure pas. »
« ... D'accord. »
Et à ces mots, Haru a même souri un peu, avec ses yeux rouges.
Bouuum.
Et son visage était si beau que je n'ai pas pu en détacher les yeux.
Et puis,
Bouuum.
...
Le temps est reparti en arrière.