Dunn Longar glissa prudemment un œil sous son gobelet. Il utilisa sa main pour cacher les dés, s'assurant que personne ne puisse les voir.
Trois deux. Un quatre. Deux six.
Il n'avait qu'un seul dé à quatre points. Dunn leva les yeux au plafond, cherchant à calculer le bon coup à jouer.
Dunn possédait un quatre et aucun dé à un point. Les autres devaient avoir au moins sept dés à un point ou à quatre points au total pour que l'annonce de Siderius soit vraie.
L'homme riche parcourut la table du regard, observant l'expression de ses adversaires.
Buster posa ses coudes sur la table et cala son menton dans ses mains, ses yeux vifs rivés sur Dunn.
Le Casper Kid se renversa avec un léger sourire courbant sa moustache.
Joe se voûta, ses deux jambes s'agitant sous la table. Ces yeux anxieux papillonnaient de tous côtés.
Bas tambourina des doigts sur la table, attendant son tour avec impatience.
Siderius restait impénétrable, son écharpe masquant la majeure partie de son visage. Seul le coin de sa bouche était visible.
Dunn n'y vit aucune anxiété. À la place, il y lut de l'arrogance. Une courbe à peine esquissée, dissimulée sous un mépris qui n'accordait aucun respect. Il était membre de la Banque Ivitsio, après tout.
Dunn n'avait aucune confiance pour surenchérir. Mais il était bien décidé à donner une leçon à ce gamin. Le gamin savait se battre, mais le pouvoir ne résidait pas dans la violence. Il allait lui montrer à quoi ressemblait le vrai pouvoir.
« Menteur. » Dunn pointa Siderius du doigt et souleva son gobelet. Un seul dé à face de quatre.
Siderius jeta un œil à Buster et au Kid. Chacun souleva son gobelet en réponse.
Bus n'avait pas de dé à quatre. Le Casper Kid en avait un.
Il n'y avait donc que deux quatres de révélés. Dunn avait de très grandes chances de gagner et il le savait. Il grinça des deux oreilles.
Mais alors Joe adressa un regard apitoyé à Dunn. « Mille excuses, Maître Longar. »
L'homme souleva son gobelet pour révéler quatre dés à quatre points. Le nombre de quatres atteignait six. Le visage de Dun devint sombre sur l'instant.
Puis Bas rit si fort que toute l'auberge put entendre sa voix.
« Tu dois perdre l'un de tes dés maintenant. » Sans avoir besoin qu'on le lui dise, Bas souleva son gobelet pour ne montrer qu'un seul dé à quatre points. Cependant, il en avait deux à un point, qui étaient des dés jokers. Ce qui signifiait qu'ils comptaient aussi comme des quatres.
« Il semble que j'aie survécu à ce tour, les gars. » dit doucement Siderius.
Dunn prit une grande inspiration et se recomposa. Il retira un dé de son jeu. Il ne lui en restait plus que cinq.
Une fois tous ses dés partis, Dunn serait éliminé de la partie.
« Le tour est fini. Commençons un nouveau. » dit Buster.
Chaque manche de Dice Liar se terminait quand quelqu'un perdait un dé. Puis on recommençait une nouvelle manche avec de nouveaux bluffs et défis.
Dunn était riche mais n'était rien de plus qu'un amateur en matière de jeu. Il avait déjà triché et triché bien. Mais au final, il n'était qu'un riche marchand qui trouvait dans le jeu un divertissement.
Ce n'était pas le cas de tous les autres à cette table, Joe y compris. Pour eux, cinq pièces d'argent n'étaient pas rien. Cinq pièces d'argent pouvaient les faire survivre un bon moment.
Et à cette table de loups, le seul mouton était Dunn Longar. Les autres l'exploitaient bien et lui firent perdre ses dés encore et encore.
Dunn n'était pas un sot. Il sentait les tentatives ciblées des autres joueurs. Seul Joe n'essayait pas de le jouer, mais Dunn avait tout de même mémorisé son visage.
Il fallut à peine une demi-heure pour que tous les dés de Dunn lui soient pris et qu'il soit éliminé du jeu.
Dunn frappa la table de sa paume et se leva.
« Vous, les vagabonds ! Vous m'avez roulé ! Vous êtes tous de mèche pour me pigeonner ! » Dunn désigna les joueurs du doigt.
C'est à ce moment que l'attitude décontractée du Kid changea. Il se redressa, son regard devenant des dagues plantées dans Dunn.
« Fais gaffe à ta bouche, banquier. » dit le Kid. « Je n'ai pas triché. »
« Moi non plus. » sourit Buster joyeusement.
« Argh ! Les losers pètent toujours un câble ! » dit Bas.
Joe détourna les yeux sans regarder Dunn. C'était un roturier un peu nanti. Il n'était pas prêt à se faire un ennemi de Dunn Longar.
Siderius resta silencieux aussi, mais il ne cacha pas son air amusé. Le chasseur observait le marchand borné avec attention.
« Les gars ! » hurla Dunn.
Les deux gardes du corps derrière lui se levèrent et tirèrent leurs épées. Le tavernier lança une chope sur la table pour attirer leur attention.
« HEY ! PAS DE BAGARRE ! Si vous voulez vous bastonner, sortez de mon auberge ! » hurla le tavernier.
Le Casper Kid se leva. Il rejeta son manteau sur le côté, révélant une épée courbe à sa taille. Le Kid parla bas et lent. « Je n'ai pas triché. »
« Ça va chauffer, Sid. » lâcha Bas.
Buster s'approcha du Kid et chuchota. « T'as pas besoin de faire ça, Kid. »
Le regard du Kid restait rivé sur Dunn sans bouger. Il attrapa une fève sur la table pour la mâcher. « Il doit nous dire qu'il veut partir. »
Buster se tourna vers Dunn. « Tu dois nous dire que tu veux partir. »
Dunn éclata de rire. Sa lèvre supérieure se releva, marquant son dédain pour le groupe. Il fit un geste de la main vers les gardes du corps, leur intimant d'avancer. Son intention était claire. Il voulait régler leur compte à ces roturiers et leur montrer ce qu'ils valaient vraiment.
« Awwwww merde... » Buster n'hésita pas à se tirer le plus vite possible.
Joe s'écarta lentement vers le bord de la pièce, se sortant lui aussi de l'équation.
« Vous deux, vous ne bougez pas ? » Le Casper Kid fut surpris de voir Bas et Siderius encore là.
« Nous ne sommes pas des lâches. » dit Siderius.
Il se leva et tira son couteau d'assassin. Bas tenait toujours l'épée courte de Quinlan.
« Trois contre deux. Les chances ne sont pas terribles pour toi, Dunn Longar. À moins que tu veuilles te joindre à la bagarre toi aussi. » dit Bas.
« Trois contre deux ? Non. C'est sept contre deux. »
Dunn Longar battit des mains. Des autres coins de l'auberge, des hommes se levèrent. Eux aussi étaient les hommes de Dunn, mais ils s'étaient tenus cachés.
Dunn n'était pas un imbécile total, au final. Il savait cacher sa vraie force. Mais son imagination était limitée. Il ne comprenait pas que ces sept hommes ne faisaient pas le poids face à eux trois.
« Espèce de banquier stupide ! » cria un client dans l'auberge. « C'est le Casper Kid ! Il a massacré la moitié d'un village tout seul ! »
Dunn grinça des deux oreilles. « Je m'en fiche qu'il soit le gamin de Casper ou le gamin de Maman. Aujourd'hui, aucun voleur ne prendra mon argent. »
« Un voleur prend ton argent sans que tu le saches. Un brigand prend ton argent et tu ne peux rien y faire. Un joueur ne peut jamais accepter le fait qu'il a perdu. »
Siderius parla doucement. Il essuya la lame sur un morceau de tissu blanc, la préparant à goûter le sang. « Dunn Longar de la Banque Ivitsio. Es-tu sûr de vouloir voir comment ton histoire se termine ? »