« Oh… »
C’est une catastrophe ! Mon dieu ! Sauvez-moi ! Ma première nuit !
« J-Je suis désolé. Ça va ? »
« C’est juste de l’alcool. » Il répondit que ce n’était pas grave, sortit un mouchoir et essuya le dos de sa main mouillé.
Son ton était si monocorde que je restai bouche bée, mais mes yeux faillirent sortir de leurs orbites.
Quoi ? Ce n’était pas le mouchoir que je lui avais donné ?
Si je le regardais bien, c’était définitivement ce mouchoir. Celui avec le tournesol, que j’avais mis tant de cœur à broder pour son anniversaire !
À la base, je voulais broder des rudbeckias, mais je pensais qu’il me le refuserait, alors j’avais décidé de faire des tournesols pour montrer ma loyauté….
Hoooooo ?
« Je vais… »
« Manger. »
Oui.
Je me rassis vivement et me concentrai sur le pouding.
Je me disais que ce serait déjà un soulagement s’il ne le jetait pas dans un coin, mais le voir l’emporter avec lui était très surprenant. C’était vraiment un type surprenant.
***
« Vos cheveux sont vraiment beaux. On dirait une toile d’araignée dorée. »
Pendant que je trempais dans une baignoire remplie de toutes sortes de pétales et d’herbes médicinales, y compris de l’huile parfumée, et que je séchais mes cheveux mouillés en les brossant avec un peigne, Ronja prit la parole.
« Tu radotes tout le temps. Et qu’est-ce que tu veux dire par toile d’araignée ? »
Bien sûr, ce n’était pas moi qui avais dit ça. On aurait dit Lucille, qui peignait mes cheveux en même temps.
Depuis l’arrivée de Ronja, Lucille était toujours sur le qui-vive comme si elle avait affaire à une rivale, maintenant une attitude désagréable à son égard.
Elle était anxieuse, craignant de perdre la chance d’obtenir des bijoux de ma part.
« Je le disais en compliment. Je suis sûre que vous avez compris mes vrais sentiments. »
« Qui crois-tu être pour dire ce que tu penses ? C’est risible. »
Bien sûr, Ronja ne se laissa pas faire.
Après quelques jours d’observation, contrairement à sa première impression timide, elle était plutôt courageuse et confiante.
Elle ne montrait aucune intimination face aux autres servantes qui travaillaient ici depuis des années. En plus, ses mains étaient incroyables…
J’aurais voulu dire quelque chose, mais c’est difficile de bouger la bouche à cause du masque de boue collé sur mon visage.
Maintenant que le jour du banquet en question approchait, je souffrais des préparatifs, comparé à quand je gémissais toute seule pour l’anniversaire de mon mari.
Après avoir séché mes cheveux, je lavai le masque de boue sur mon visage, rincai à nouveau avec de l’eau claire, attachai mes cheveux en arrière, me maquillai, mis une robe de banquet et mis tous les accessoires.
La Romagne avait un style d’habillage plus chargé, mais ça faisait longtemps que je ne m’étais pas habillée si bien, alors mes yeux tressaillaient.
Mince, tu es une dame, comporte-toi comme telle.
C’était pas différent de ma vie d’avant.
Chaque fois que j’allais dans tous les grands événements mondains, y compris les soirées caritatives, des experts m’aidaient à m’habiller. C’était une procédure très familière depuis mon adolescence.
« C’est fini, milady. »
Je ne savais pas ce qui se passait dans la tête de mon mari.
J’ai peur qu’il y ait une terrible conspiration à laquelle je n’ai pas pensé.
C’était comme s’il allait me rendre belle et m’emmener au parc d’attractions avant de me larguer… Non, non, non ! Ne faisons pas de mauvaises illusions. Ça n’est même pas encore arrivé.
Oui, pas la peine de gâcher de l’énergie à trembler d’anxiété. Réfléchissons-y après être tombées dans le désespoir.
« Oh… »
« Vous êtes si belle, milady. On dirait une fleur d’été. »
Les joues de Ronja rougirent en me complimentant.
Je savais que Rudbeckia était très belle, et tout le monde le savait.
Cesare n’a pas touché mon visage… Il aurait mieux valu que je n’aie pas connu de belles personnes dans ma vie présente et passée, mais au fond, elles n’étaient que des coquilles vides.
Peu importe à quel point j’étais laide et pourrie à l’intérieur, j’apparaissais dans le miroir comme une belle et charmante femme du Sud.
Mes cheveux blonds ondulés étaient ornés de perles laiteuses, et mon maquillage rendait mon teint plus vivant.
La robe en satin rose aux larges manches en dentelle était…
Bon, j’aurais dû choisir une autre robe ? Une fois mise, j’avais l’air d’une gamine.
Quelque chose de plus à la mode, un rouge provocant, un violet élégant ou quelque chose de séducteur…
« Ça vous plaît, milady ? »
« Oui, merci à toutes. »
Haa, c’est bon. Je n’ai pas le temps de choisir d’autres vêtements, et je ne me ferais que ridiculiser si je les portais.
Et si Izek était du genre à craquer pour ça, il serait tombé amoureux de moi avant de m’épouser.
« J’ai entendu dire que vous êtes toute prête. »
Pendant que je faisais une courte pause en sirotant le thé que Ronja m’apportait, Ellenia apparut.
Dès que ma belle-sœur si belle apparut, j’eus honte des louanges que je venais d’entendre.
Je suis désolée, mais personne n’ose se comparer à Ellenia !
Ellenia, avec une délicate robe argentée et un simple diadème en platine, était littéralement comme une déesse de l’hiver. C’était la princesse de glace du Nord.
« Wow, Ellen, tu es si belle aujourd’hui. »
« … Ruby est charmante, aussi. »
J’aimerais bien. Hohoho.
Derrière Ellenia, qui répondit en baissant légèrement les yeux, se tenait la gouvernante.
Ses yeux marron qui me jetaient un coup d’œil montraient sa désapprobation.
Tu m’aimes toujours pas, hein ? Moi non plus, je t’aime pas.
« Avez-vous besoin de quelque chose ? »
« Non, je vais bien. »
Ronja et Lucilla étaient très enthousiastes. Je ne m’étais jamais sentie aussi choyée.
Haha. Mince.
« Alors, j’irai à la salle de banquet en premier. S’il y a un problème, vous pouvez le dire à n’importe qui. »
Oui, oui. J’acquiesçai vigoureusement, et Ellenia partit.
La gouvernante, qui la suivit poliment, semblait encore plus mécontente qu’avant.
Tu crois que je fais la vulnérable et la pathétique devant Ellenia, alors que je suis une renarde ? Ouais, je suis une renarde. Qu’est-ce que tu vas faire ?
Après avoir parlé de mon anorexie et de mon expérience, Ellenia me traitait un peu mieux qu’avant.
J’étais nerveuse quant à la durée de ça, mais c’était bien.
Et j’enviais Freya. Parce qu’elle était la meilleure amie d’Ellenia. Héhé, elle avait tout.
Attends, mais…
Comment j’allais aller à la salle de banquet ? Je devais y aller toute seule ? Ou attendre quelqu’un ?
Bien que la vie ici ne soit pas si différente de la Romagne, j’étais perdue parce que je m’étais trop habituée à être escortée.
Jusqu’à récemment, c’était facile de prendre un bain seule.
« Milady, je suis là pour vous chercher. »
Un coup de polis à la porte me soulagea. Bien sûr, ce ne fut que pour un court instant.
Je marchais sans hésiter sous l’escorte d’un escorte silencieux et professionnel dans le couloir interminable, sentant les soupçons monter en moi. Ça devait être parce que tant de gens ici avaient souffert à cause de moi.
Où allions-nous ? Il n’allait pas m’entraîner dans un mauvais endroit et m’enfermer comme…
« Votre Grâce. »
Oui ?
Au bout du long passage menant à l’aile ouest, un homme était assis près de la fenêtre et ajustait son gantelet.
La raison pour laquelle il avait l’air si bizarre sur le moment, c’est que je le voyais rarement porter autre chose que cette armure noire. Ce n’était pas le seul problème.
« Tu es là ? »
Hé, pourquoi t’es à poil ? C’est quel personnage d’Assassin’s Creed ?
Les vêtements qu’Izek portait, le design semblait recréer quelque chose comme celui d’un assassin du Moyen-Orient.
Est-ce que ça a du sens dans cette région froide, un haut à capuche qui ne couvre que les avant-bras et le torse ? Son abdomen était visible !
J’ai failli le prendre pour un bel assassin quand il a baissé sa capuche.
Au moins le pantalon allait, mais c’était aussi un modèle étranger.
C’est quoi ce truc ? T’es sûr que t’es un paladin ? T’es un ascète ? Tu ne trouves pas que c’est trop injuste pour un ascète qui te ressemble de se balader à poil comme ça ?
Pendant que je le fixais hébétée, Izek leva la tête et me dévisagea.
C’est moi qui flippe, pourquoi tes yeux sont grands ? T’aimes pas quelque chose ? J’ai l’air ringarde ? Je sais plus.
« Wahou, t’es magnifique aujourd’hui. »
J’applaudis des mains, les yeux brillants comme une fan enflammée, et mon mari comprit immédiatement que je lui faisais de la lèche.
« Je suis rentré juste à temps grâce à une mission classée. Je n’ai pas eu le temps de me changer. »
Hein ? Mission classée ? Tu fais ça, toi ? Je croyais que tu te contentais de tuer des morts. C’est quel genre d’assassinat ? Quelle surprise. C’est permis pour un paladin de faire ça ?
« Alors, ces vêtements, c’est pour le service ? »
« Grossièrement, oui, l’armure attire trop l’attention. Il est temps de les changer. »
C’était évidemment visible. Porter une tenue d’assassin du Moyen-Orient dans un monde centré sur le catholicisme.
Qui a conçu ça ? Je ne savais pas qui, mais c’était forcément un pervers qui aimait bien mater le corps des chevaliers. Regarde tous ces abdos qui se voient.
Mon visage chauffer.