En fin de compte, le mage aux bras puissants ne parvint pas à maîtriser le scellement de magie.
Tsubaki, elle, absorbait tout ce qui touchait aux arts martiaux avec une docilité et une rapidité réjouissantes ; le scellement de magie, en revanche, ne vint pas aussi facilement au vieux maître. Un mage qui a consacré la moitié de sa vie au combat n'a pas, en magie, le flair de Tsubaki.
Le mage aux bras puissants fit donc de la maîtrise complète du scellement l'affaire du reste de son existence, et se contenta pour l'heure d'en exploiter les fragments.
Ce n'est pas le scellement lui-même qu'il acquit, mais, en en détournant les principes, le poing de magie.
Le poing de magie ne scelle pas la magie de l'adversaire : il la rogne.
Couplé au fajin, l'émission de force du kung-fu chinois, il visse la magie dans la cible, la disperse et l'entame.
En l'état, le poing de magie ne retire guère plus d'1 K par coup, mais en l'affinant et en le travaillant, on pourrait le porter au rang d'attaque redoutable, capable d'essorer un adversaire jusqu'à l'assécher.
Il existe d'ailleurs, parmi les magies incantatoires, des sorts qui aspirent ainsi la magie d'autrui.
La technique inventée par le mage aux bras puissants n'est peut-être qu'un savoir de base, le préalable au préalable au préalable des magies incantatoires les plus élevées.
Tsubaki, quant à elle, n'a pas appris le poing de magie.
Trop étroitement lié au fajin du kung-fu chinois, il ne pouvait s'acquérir du jour au lendemain, même pour une enfant surdouée ; et Tsubaki s'était dit que sceller allait plus vite que rogner la magie par petits bouts.
Un Clac, et la magie de l'adversaire tombe pratiquement à zéro d'un seul coup. Quand on sait sceller, l'intérêt du poing de magie est mince.
Séparée du mage aux bras puissants et de la sainte, Tsubaki voyagea à travers la Chine à la recherche de régions productrices d'huile.
L'affaire du village lui avait fait comprendre la faiblesse des petites productions.
Une région a beau produire une huile excellente, si la production est réduite, le moindre incident l'interrompt. Une grande région, elle, encaisse les imprévus avec souplesse et fournit de l'huile de manière stable.
Pour mener une vie heureuse, noyée d'huile tous les jours, le mieux est de prendre pour territoire une grande zone de production.
En route vers la ville de Wuhan, réputée pour son huile de colza, Tsubaki se retrouva bloquée à Yuncheng.
Des terroristes antigouvernementaux avaient fait sauter la voie ferrée, le trafic était suspendu et la remise en service n'avait toujours pas de date.
Désœuvrée, sa fiole d'huile pimentée à la main, Tsubaki flânait dans la ville quand elle s'arrêta dans un coin d'un parc.
Par l'interstice d'une plaque d'égout montait une odeur délicieuse, ténue.
À plat ventre sur le sol, le nez collé à la fonte, elle perçut nettement un parfum d'huile qui remontait des profondeurs.
« Mi~… ? »
Intriguée, elle pencha la tête.
Pourquoi ça sentait l'huile sous terre ?
Elle n'en savait rien, mais sa curiosité était piquée : elle souleva la plaque et se laissa glisser à l'intérieur.
Les égouts formaient un tunnel sinueux et ramifié, qui semblait s'étendre à l'infini. L'air frais vacillait sous les flammes de Tsubaki, et des monstres chauves-souris, surpris par cette lumière soudaine, s'envolèrent.
Contre toute attente, il n'y avait pas de puanteur. Des eaux troubles montaient des masses gélatineuses translucides qui rampaient le long des parois en quête d'une source lumineuse. Les tentacules des slimes, qui aiment l'humidité, approchèrent de Tsubaki, se cabrèrent au contact de la chaleur et se rétractèrent d'un coup.
Un égout habité par des slimes est propre. Il faut se méfier — sans élimination régulière, ils prolifèrent et débordent en surface — mais tous les égouts abritent peu ou prou des monstres de type slime.
Tsubaki en attrapa un et le renifla pour vérifier : rien qui sente l'huile. Plutôt une odeur d'immondices mal digérées, à vous faire faire la grimace.
La cause de l'odeur, ce n'était pas les slimes. C'était autre chose.
Elle suivit la piste du parfum d'huile en flairant les murs et le sol.
Même dans ce réseau qui se ramifiait, se resserrait puis s'élargissait, Tsubaki ne se perdait pas. Les infimes odeurs qu'un humain ne perçoit pas lui servaient de balises.
« Mi ? »
Avançant à quatre pattes, comme à l'époque où elle était juvénile, elle capta une odeur anormale.
En reniflant et en scrutant l'obscurité, elle repéra la source : dans l'ombre d'une canalisation qui épousait la paroi incurvée de l'égout, un explosif était installé.
« Mi, mi, mimi. »
Elle le tapota du doigt. Emballé dans du papier huilé pour le protéger de l'humidité, le contenu avait l'air tout frais.
En regardant mieux, elle vit qu'un fil partait de l'explosif : qui passait là sans le voir s'y prenait les pieds, déclenchait le détonateur et sautait.
Un piège anti-intrusion.
Et, pour Tsubaki, un en-cas au goût de produit chimique.
La poudre lui râpait le palais et n'était pas vraiment sa préférée, mais il aurait été dommage de gâcher : elle le fourra dans sa bouche en prenant soin de ne pas déclencher le détonateur et l'avala tout rond.
Elle recracha une fumée noire et fit la grimace devant l'âpreté qui lui restait en bouche. Décidément, c'était bon, mais l'arrière-goût laissait à désirer.
Se demandant pourquoi on avait posé des explosifs dans un pareil endroit, Tsubaki poursuivit son chemin.
Elle grignota encore deux en-cas savamment dissimulés, puis arriva à un embranchement en Y.
D'un tunnel montait une odeur humaine.
De l'autre, une odeur d'huile et de poudre.
« Mimi ! Par là. »
Tsubaki choisit évidemment le tunnel qui sentait le repas. Aller à la rencontre des humains ne remplit pas l'estomac.
Plus elle avançait, plus les odeurs d'huile et de poudre s'épaississaient.
Trottant à quatre pattes, le nez au sol, elle finit par se heurter à un grillage.
Une portion de l'égout était cloisonnée par ce grillage, et derrière s'empilaient des caisses de bois. L'odeur venait de là. On avait même pris la peine de surélever le tout pour que les caisses ne trempent pas dans les eaux usées.
Devant ce festin, Tsubaki eut un moment d'hésitation.
On ne mange pas les affaires des autres sans permission. Se servir à pleines mains dans la marchandise d'une boutique sans payer, c'est une faute contre les bonnes manières.
Mais alors, est-ce que c'était la marchandise de quelqu'un ? Le bien de quelqu'un ?
Cela paraissait douteux.
Il ne pouvait pas y avoir de boutique dans un endroit pareil, et comme entrepôt c'était bizarre…
« Compris. Trésor ! »
Après avoir longuement réfléchi, elle eut une illumination et poussa un « mimimi » satisfait.
Tsubaki savait : elle avait lu quantité de mangas dans la bibliothèque familiale.
Dans les donjons souterrains de ce genre, il y a des coffres et des salles au trésor, pleines de nourriture, d'argent, d'armes et d'armures. Franchir les monstres et les pièges pour trouver un trésor au plus profond d'un donjon, c'est un grand classique de l'aventure.
Ayant tout parfaitement compris, Tsubaki fit fondre le cadenas du grillage, le retira et entreprit de déménager méthodiquement le festin entreposé.
Comme son sac résistant à la chaleur, même bourré à craquer, était loin de tout contenir, elle employa la magie de renforcement pour emporter les grandes caisses deux par deux. Il y avait aussi, mêlés au reste, des bâtons grossiers et des fusils à un coup : ceux-là, elle les jeta.
Se disant qu'elle aurait dû élever un moineau à besace pour le transport, elle eut tout de même fini de tout sortir en trois allers-retours.
Le travail accompli, Tsubaki se lécha les babines devant le festin empilé dans sa chambre d'auberge et se mit à danser de bonheur.
Elle n'allait pas manquer de nourriture avant un bon moment.
Le surlendemain de son exploration des égouts.
Le ventre rebondi à force de manger et de dormir, Tsubaki apprit que le groupe terroriste qui inquiétait la ville avait été arrêté.
Il semblerait que le matériel secrètement accumulé en vue d'une deuxième attaque se soit volatilisé : privés de moyens et pris de court, ils s'étaient fait cueillir par la police.
Des terroristes bien distraits.
Tsubaki fut impressionnée : le proverbe « Dors, et la bonne fortune viendra » disait donc vrai.
La police chinoise est assez compétente, aussi.
La menace terroriste écartée, la remise en service de la ligne put enfin être programmée.
Roulée en boule dans la cheminée de l'auberge, se frottant le ventre plein, Tsubaki décida d'attendre tranquillement la réouverture.
Une fois le train rétabli, Wuhan serait enfin à portée.
Et la vie heureuse et huileuse, pour très bientôt.