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Houkai Sekai no Mahou Tsue Shokunin

Chapitre 164

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Chapitre 164

Chapitre 164

Chapitre 164/18091%~11 min de lecture2 039 mots

Pour évoquer Jean-Jack Du fan, disons qu'il a autrefois été un pirate de renom.

En compagnie de ses hommes, il a sillonné les sept mers et sa flotte de pirates, qui a maîtrisé parfaitement l'écologie des créatures marines souveraines des océans, a été invincible. Il a su contourner avec adresse les poursuites des marines nationales, s'est enrichi d'innombrables trésors et a joui des plus beaux jours de son existence.

Mais la gloire ne dure jamais indéfiniment. La bande de pirates s'est fait capturer par une sorcière dans les Îles Fantômes de la mer d'Arabie, s'est retrouvée soumise à une magie néfaste et a été frappée d'un sort.

Un sort puissant a lié Jean-Jack. Il a ressenti une obligation absolue d'obtempérer et, aussi intense que fût-il dans ses crispations, il n'a pas réussi à retenir ses jambes qui ont apporté à la sorcière le trésor accumulé patiemment au fil des années.

Pendant tout le temps qu'ils ont autrefois passé à parcourir librement les flots, la bande de pirates s'est transformée en la brute exécuteuse de la terrifiante sorcière et a commencé à ruiner les mers sous la contrainte.

Le second tournant de leur histoire est survenu lors de la rencontre d'un vieil homme distingué.

La sorcière a succombé au premier regard pour le vieil homme se prétendant être Hotobato, qui s'est pointé nonchalamment aux Îles Fantômes. Elle s'est mise à miauler tel un chat en rut, a abandonné tout ce qu'elle possédait, s'est agrippée au vieillard et a disparu.

Jean-Jack est demeuré sidéré.

Une telle facilité suffisait-elle à effacer la sorcière qui les avait autrefois liés si fermement et tenus captifs à perpétuité ?

Pendant quelques instants, son esprit encore endoctriné par l'esclavage a chuchoté que la sorcière allait faire son retour, retenant Jean-Jack sur place dans les Îles Fantômes, mais elle n'est jamais revenue.

Le sort n'a toujours pas été brisé. Toutefois, la sorcière a paru avoir perdu tout intérêt pour ses anciennes victimes tombées sous son joug.

La flamme de la rébellion, qui couvait depuis longtemps, s'est brusquement embrasée.

Jean-Jack a taquiné rudement le dos de ses acolytes, a précipitamment hissé les voiles et s'est enfui des Îles Fantômes. Il a fallu gagner un endroit où les yeux de la sorcière ne pourront plus les atteindre avant qu'elle ne change d'avis et ne regagne l'île.

Ces longues années de servitude n'ont nullement rouillé les compétences de Jean-Jack.

Il a dirigé les voiles avec adresse, a escaladé les vagues furieuses, a traversé les bourrasques et a apprivoisé les créatures des abysses.

Le navire de Jean-Jack, qui a hissé un drapeau pirate à tête de mort sur une voile noire et qui est apparu au milieu du brouillard, a paru retrouver toute la splendeur éclatante de ses débuts.

Pourtant, Jean-Jack a ressenti une fatigue profonde. Son âge a avancé. Il a souffert moins d'une usure physique que d'un essoufflement de l'esprit, privé de l'énergie d'autrefois.

Il n'a absolument pas ressenti l'envie de reprendre ses pillages en hurlant des formules glorifiant un passé révolu.

Il a ressenti désormais une nostalgie insupportable envers le village natal qu'il a abandonné pendant sa jeunesse.

Selon les ragots, la bourgade morose ensevelie sous les débris du passé s'est métamorphosée en une cité portuaire prospère.

Les autorités de Bombay ont établi un contrôle serré et un seul navire pirate a failli être identifié et sabordé avant même l'approche.

Cependant, le cœur de Jean-Jack a brûlé d'un désir de retour irrésistible. Il a voulu sombrer dans les eaux de son village, même s'il a dû finir broyé par les flots.

S'il lui a été permis d'apercevoir une nouvelle fois le lever de soleil doré derrière les feuillages de palmier, il aurait sans hésiter accepté que son corps se fracasse en mille fragments.

Jean-Jack a tracé sa route en suivant la boussole et les astres et a avancé silencieusement à travers l'immensité marine. Le démon porte-bonheur nommé « Conque géante crache-brume », accroché au panier de proue, a exhalé en permanence un brouillard protecteur masquant le vaisseau.

Il a croisé un unique navire de commerce. Dès que l'équipage a repéré le drapeau noir, il a poussé des cris, a braqué le gouvernail pour fuir et n'a même pas essayé de riposter par des sorts ou des boulets.

Et Jean-Jack a fait exactement pareil.

Pendant des lustres, à chaque rencontre maritime, il a foncé à l'abordage, a capturé les femmes et les enfants, a vidé les caisses de trésors et a fait sombrer les coques.

Sa destination s'est réduite à une seule cible : retourner chez lui. Reconnaître que son arme ne vibrait pas devant un marchand eût menti, mais il n'a pas tiré le manche.

Au terme de vingt jours de navigation, le vaisseau de Jean-Jack a perçu les lumières du phare de Bombay au cœur de la nuit.

Juché sur la vergue et observant les flots, Jean-Jack a frissonné d'émotion. La silhouette du phare et l'intensité de sa lumière ont différé de ses souvenirs, pourtant il s'agissait incontestablement de son coin de terre natal.

Une poignée de matelots ont partagé sa province d'origine, mais ils ont manœuvré en silence, privés de parole. À la différence de Jean-Jack, que la sorcière a traité avec une attention particulière, le reste de l'équipage a vu son intellect complètement arasé.

Cette situation lui a paru à la fois misérable et enviable. Dénués de toute amertume vis-à-vis des années de sujétion, ces pauvres âmes ont dû ne pas se tourmenter sur la manière d'écouler leurs derniers jours dans cette coque maudite et mutilée.

Lorsqu'il a enfin donné l'ordre de jeter l'ancre, Jean-Jack a remarqué une silhouette filant à vive allure, projetée contre la lueur du phare.

Ce n'était pas un objet massif. Il ne s'agissait pas d'un dragon. Cela renvoyait à une forme beaucoup plus petite, à deux pieds comme celle d'un humain.

Guidé par une vieille habitude, il a levé la main au-dessus du front pour scruter les détails, mais il s'est rendu compte trop tard qu'il a laissé entrouverte la gueule du démon crache-brume accroché à la proue. Il a figé instantanément son corps tel un roc et a étouffé jusqu'à sa propre trace énergétique.

D'un réflexe pur, Jean-Jack a bondi sur la vergue, a pris de la vitesse et s'est catapulté tête la première dans les flots.

À peine s'est-il échappé que le vaisseau pirate, juste derrière lui, a été réduit en menus morceaux par un fracas titanesque.

Une fois submergé, il a ressenti un vertige en remontant les yeux vers les fragments de bois flotter sous la lune tandis que l'onde de choc a fait écumer la surface.

C'était une sorcière. La voilà qui s'est matérialisée. Une créature féminine autrement plus dévastatrice que celle qui a autrefois lancé le sortilège a foncé directement sur eux et a pulvérisé le vaisseau en un seul souffle.

S'il s'est attardé à observer la scène assez longtemps pour identifier son visage, il s'est volatilisé aux côtés de ses hommes. Il doit son salut à la conque porte-bonheur et au coup d'œil affûté par des années de combats incessants.

Privé de son vaisseau et de son équipage suite à l'attaque surprise, Jean-Jack a marché prudemment sur le plancher océanique, a gagné les côtes et s'est faufilé jusqu'à la plage de sable sans faire de bruit.

Il s'y attendait pour partie. La surveillance côtière des grandes cités indiennes s'est montrée hermétique. Un unique bâtiment pirate qui a osé s'approcher a risqué d'être repéré et envoyé par le fond immédiatement.

Cependant, l'idée qu'ils ont pu profiter de l'obscurité et du brouillard pour se glisser discrètement dans le port s'est avérée être une naïve illusion.

Tandis qu'il essorait sa tenue saturée d'eau sur la plage, Jean-Jack a senti une présence poser lourdement derrière lui.

Il a dégainé sa grande lame de combat en un clin d'œil et s'est retourné.

Devant lui se tenait une sorcière coiffée d'un large chapeau et brandissant un magnifique bâton incrusté d'une pierre turquoise.

Tout est joué.

Jean-Jack a basculé dans un désespoir total.

Il a foulé la terre de sa contrée, mais il n'a accompli aucune action significative. Que devient la maison familiale ? Le nom gravé dans l'écorce de l'arbre de l'école s'est-il enseveli sous les feuilles ? La cloche de l'église, où ses parents l'ont traîné de force, s'est-elle encore rouillée ?

Il ignorait totalement ce qui persistait dans ce lieu et ce qui s'y est effacé. C'était là qu'allait s'éteindre Jean-Jack, dans l'ignorance totale.

Néanmoins, il a maintenu sa lame en prise inversée et a calé sa pointe acérée directement sur la sorcière, qui a cligné des paupières, visiblement désarçonnée par cette posture insolite.

« Toi, Jean-Jack le dauphin ? »

On a prononcé son nom face à un interlocuteur qu'il n'aurait jamais soupçonné, ce qui l'a plongé dans un trouble immense.

Lorsqu'il a acquiescé avec perplexité, la sorcière a esquivé son étonnement et a souri.

« Je t'ai oublié de te remercier depuis six décennies, Jean-Jack. Tes indications étaient irréprochables. Grâce à tes conseils, je me suis débrouillée pour dénicher un sorcier retiré du monde et lui ai soutiré des connaissances. Ce n'était pas le rituel de résurrection que je convoitais, mais cela représente un progrès fiable. Je t'en sais gré. »

« J'aurais dû garder confiance en toi à ce moment-là. » La sorcière a posé sa main sur son chapeau, l'a rapproché de son torse et s'est inclinée avec une courtoisie exemplaire.

En apercevant ses magnifiques cheveux noirs se détacher, de lointains souvenirs se sont réveillés en lui.

Lorsque l'homme qu'il représentait portait encore une enveloppe charnelle, avant que les tortionnaires des Îles Fantômes ne le massacrent et ne transforment sa carcasse en marcheur sans vie, Jean-Jack a déjà croisé la route de cette femme.

La Sorcière Bleue.

Elle est venue de l'Extrême-Orient et s'est classée parmi les valeureux héros des contes traditionnels qui ont exterminé le Roi des Démons.

« Ta constitution osseuse m'a trompée. Alors c'est ainsi, tu as été capturé par un successeur de deuxième ou troisième génération issu de nos confréries zombies ? Les rumeurs concernant les Îles Fantômes sont également parvenues à mes oreilles. »

« ………… »

Jean-Jack a incliné son crâne blanchâtre et a secoué la tête en signe d'accord face à la femme au coup d'œil si affûté.

Il est incapable d'émettre la moindre parole, car sa langue et sa gorge ont depuis belle lurette achevé de se consumer.

La Sorcière Bleue a longuement scruté l'ossature errante qui lui faisait face avant d'élever solennellement sa baguette et de réciter un incantation.

« J'interdis l'interdiction. »

Une influence impalpable s'est propagée autour d'elle et un craquement aigu, semblable à celui de verre qui se fracture, a résonné dans l'air.

Dans le même mouvement, il a senti la ligature tyrannique et familière qui le liait à sa sorcière se rompre net ; Jean-Jack en est resté stupéfait, la mâchoire si déjetée qu'elle semblait prête à quitter son visage.

Ça alors.

Est-il vraiment possible de mener à bien de telles choses sous les mains d'une sorcière ?

Lui-même a agonisé pendant trente ans dans l'espoir de contourner les chaînes imposées, en vain.

Face à la Sorcière Bleue, ces obstacles se sont fissurés avec une facilité déconcertante, tels des glaçons qu'on écrase sous la semelle.

« J'ai rompu le sceau contrôlant la magie zombie qui vous obligeait. Désormais, votre liberté est réelle. Vous avez vécu en pirate par le passé, peu m'importe. Vous disposez encore de dix ou vingt ans avant que votre armature osseuse ne s'effrite, alors profitez-en comme bon vous semble. »

Telles furent ses dernières paroles. Après avoir agité la main d'un geste las, la Sorcière Bleue a tourné les talons et s'est éloignée.

Jean-Jack est resté pantois à observer son départ avant d'abaisser progressivement son sacrum dénudé jusqu'à s'asseoir sur le sable, fixant la mer du regard.

La lune a plongé sous l'horizon, le firmament s'est éclairci et le soleil, qui a percé de l'autre côté du monde, a projeté une multitude d'étincelles sur les vagues agitées.

La personne qu'il fut a cessé d'exister.

Son village natal a subi une transformation radicale.

Pourtant, la lumière dorée qui a filtré entre les larges feuilles de palmier a conservé exactement la même douceur qu'aux beaux jours de sa jeunesse.

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