Après avoir bouclé le tournage, le réalisateur Martin alla voir le scénariste. « Charles, passe me voir dans ma chambre quand tu auras fini ! Apporte le script ! »
Charles, qui fumait à cet instant, avait l'air de s'y attendre et fit un signe OK.
Dans la chambre d'hôtel, Martin marchait de long en large. À peine Charles était-il entré qu'il alla droit au but. « Mon pote, je veux ajouter des scènes pour Xi. Qu'est-ce que t'en penses ? »
Charles topa dans la main de Martin et lui parla en mandarin : « Les grands esprits se rencontrent. »
Martin exposa son idée avec enthousiasme : « Une seule scène d'action, c'est trop peu ! Xi bouge vraiment bien et ça renforce l'effet... »
Charles réfléchit un instant, puis l'interrompit : « Mais... Mon pote, rappelle-toi que si tu ajoutes trop de scènes, faut bien que quelque chose saute et tu devras en couper d'autres ! »
Les films ont des contraintes de timing très strictes ; une seule scène peut coûter très cher et chaque seconde supplémentaire est précieuse.
Martin galérait avec ce problème lui aussi, mais il avait l'air déterminé. « Charles, tu ne penses pas que la nature magnifique ici irait mieux avec le fort vibe classique oriental de Xi qu'avec des effets spéciaux froids ? Je sais que c'est risqué, mais je fais confiance à mon jugement ! »
Charles haussa les épaules. « D'accord, si tu insistes, mais en fait moi aussi je le pense ! Bon, parlons des nouvelles scènes. Tu les veux combien de temps ? »
« Dix minutes ! Non... quinze minutes ! » s'exclama Martin, tout excité.
Apparaître pendant quinze minutes dans un film bourré d'effets spéciaux, ça faisait presque autant de temps de présence que le second rôle féminin ! Même l'un des acteurs principaux, Tony, n'avait que dix minutes de temps d'écran à peine.
Charles répondit alors : « Dans ce cas, je propose qu'on ajoute un élément romantique entre elle et Orlando... »
Avant que Charles n'ait fini sa phrase... Bang ! Un grand gaillard déboula comme une tornade et sauta au cou de Charles. « Oh baby, je t'aime ! T'es mon ange ! »
Charles le repoussa, impuissant. « Orlando, me remercie pas. Je pense que Martin y a pensé aussi. Sinon, il n'aurait pas gardé la scène où tu t'es planté tout à l'heure... »
Orlando s'apprêtait à aller faire un câlin à Martin, mais l'homme l'évita et le regarda gravement. « Orlando, je sais qu'elle est ton genre... »
Orlando l'interrompit d'un air sérieux. « Oh non ! Mon cher, elle n'est pas juste mon genre ! C'est ma reine ! »
Martin resta sans voix quelques secondes avant de le rappeler à l'ordre : « Je dois te le redire. Tu me connais. Pas de relations entre membres d'une équipe de tournage. Évite tout scandale ! Tu ferais mieux de faire gaffe ! »
Orlando déclara : « Je le jure devant Dieu ! Je m'occuperai d'elle seulement après la fin du tournage ! »
Bien que Martin sache qu'Orlando était un dragueur, il fut soulagé de voir qu'il gardait tout de même ce niveau de professionnalisme.
Puisque le réalisateur n'était plus fâché, il couda le scénariste, plus cool, en grinçant suggestivement : « Hé, cher Charles, tu en penses quoi d'ajouter une scène de sexe ? Ce sera sûrement merveilleux ! »