Je me demandais s'il avait acquis cette compétence parce que je l'utilisais toujours pour l'éclairage.
J'aurais l'occasion d'éclaircir les points qui m'échappent plus tard.
« Je suis de retour », dit Gi Za en s'agenouillant. Les blessures qui couvraient son corps témoignaient de la rudesse de la mission.
« Dis-moi ce que tu as trouvé. »
Je laissai l'entraînement des gobelins à Gi Ga pour le moment, puis j'interrogeai Gi Za sur les résultats de sa reconnaissance.
Dans le même temps, je leur donnai de la viande fraîche à manger. Les gobelins s'inclinèrent silencieusement devant moi.
« Je commencerai par les résultats. Nous avons confirmé le nombre d'orcs. Actuellement, il y en a plus de quatre-vingts dans leur horde. À l'heure qu'il est, ils sont en route vers cette forteresse. »
Quatre-vingts !?
C'est donc ça, l'origine de ce mauvais pressentiment.
Merde !
Mon cœur vacilla, mais je pris un soin méticuleux à ne rien laisser paraître tandis que je poursuivais mon interrogatoire.
« Dans combien de temps arrivent-ils ? »
« Deux jours au maximum. »
Tandis que j'acquiesçais en direction de Gi Gu, je croisis les bras.
––––Merde ! C'est trop tôt ! Vous voulez me dire qu'ils ne me laissent même pas le temps de me préparer ?
Mais ça ne veut pas dire que je suis le genre d'idiot qui resterait assis là à ne rien faire.
« Leur trajectoire ? »
« Ils marchent directement à l'ouest de nous. »
Quatre-vingts, hein ?
Je tombai dans une profonde réflexion en scruttant l'horizon vers l'ouest.
Nous enfermer dans le village était une mauvaise idée dès le départ. Une fois le village encerclé, je ne pourrai pas tout voir depuis le front.
Donc s'enfermer dans le village est un dernier recours.
D'ailleurs, les pièges ne sont même pas terminés. Ils sont au mieux à cinquante pour cent. Même si les orcs chargeaient de front, il ne serait pas étonnant qu'ils piétinent simplement les pièges.
« Je comprends la situation. Bon travail. »
J'enfermai mes sentiments au plus profond de moi, ne laissant transparaître la moindre émotion, et fermai les yeux.
Après avoir permis aux gobelins tout juste revenus de se reposer, je me rendis pour aider à terminer les pièges.
Dès le départ, les gobelins sont spécialisés dans le creusement de trous. Des trous où les orcs peuvent entrer, remplis de bambous aiguisés et de piques en bois. Les trous eux-mêmes sont plus profonds que la taille des orcs. Je veux aussi les remplir d'eau, mais malheureusement nous n'avons vraiment pas le temps pour ça.
Il faudra juste les rendre assez verticaux pour que les orcs ne puissent pas en remonter.
J'ordonnerai aussi aux humains de concentrer leurs palissades du côté ouest du village. Je ne sais pas combien ils pourront réparer en deux jours, mais j'espère qu'on aura au moins quelques palissades prêtes de l'ouest au nord-ouest.
Les orcs sont trop nombreux. On ne peut pas les affronter directement. Un affrontement frontal ne mènerait qu'à notre défaite immédiate.
Il n'y a pas d'autre moyen… Il faut qu'on les frappe les premiers.
Nous avions besoin de ressources pour les constructions du village, alors les arbres des environs ont été abattus. Grâce à ça, nous avons une meilleure vue sur la zone maintenant.
Dom qu'on n'ait pas d'arcs, ceci dit. Une arme qui permettrait de vaincre les orcs à distance aurait été géniale. Pas que ça serve à quelque chose de parler de choses qui n'existent pas.
En tout cas, si nous devons intercepter les orcs, le meilleur endroit pour attaquer, c'est la forêt. S'ils comptent charger droit sur nous, on devrait pouvoir les retarder en attaquant depuis leurs flancs. Et ensuite, en utilisant la magie des druides et les gobelins possédant la compétence de lancer, il devrait être possible de minimiser les pertes. Après ça, on pourrait prendre les orcs restants au corps à corps. Et après les avoir exterminés, on pourrait prendre la tête du roi orc.
Quand j'eus fini d'élaborer la stratégie, je la repassai en revue pour vérifier s'il y avait des failles.
Il faut que je choisisse soigneusement qui envoyer dans l'équipe d'interception ainsi que l'emplacement. Il faudra aussi préparer une route de fuite au pire des cas.
Ce n'est pas seulement parce qu'on se dirige vers l'ouest que je fais ça. Il y a aussi le fait qu'on ne peut pas quitter cette zone.
Ignorant l'impatience qui montait en moi, la bouche tordue par un sourire amer, je me dirigeai vers Gi Ga pour vérifier sa progression.
L'entraînement doit être interrompu pour l'instant. Il est impératif que les trous soient creusés le plus vite possible.
◆◇◆
Un jour s'était écoulé depuis que j'avais reçu le rapport de Gi Gu. En ce moment, je fais conduire par Gi Gu pour confirmer la piste des orcs. Nous suivent Gi Ga et Gi Go.
Entre-temps, l'excavation des trous et des fossés a été confiée à Gi Za. Tandis que je faisais vérifier au guerrier bestial Gi Gi et au furtif Gi Ji à quel point les orcs s'étaient approchés de notre village.
Ce n'est pas que je doute de l'information de Gi Gu, c'est juste que je veux m'assurer qu'il ne se passe rien d'imprévu.
Bien sûr, j'ai pris soin de dire clairement à Gi Gi et Gi Ji qu'ils devaient revenir sans se battre. Ce devrait être possible tant qu'ils utilisent les capacités de flair des bêtes de Gi Gi.
Nous avons essayé de suivre la piste que Gi Gu nous menait suivre, mais la seule chose qui entra dans notre champ de vision furent des bois plats qui n'avaient rien de notable.
Je me demande où on devrait attendre les orcs. Être aussi bouleversé pour quelque chose de ce niveau… On dirait que la Déesse de la Sagesse, Héra, ne m'a pas béni de son discernement.
Le nombre d'orcs qu'on peut gérer avec des cellules de trois hommes est de trente. Il va donc falloir réduire de force ces quatre-vingts orcs à trente grâce aux pièges.
Si les orcs atteignent mon village, ce sera la fin. Même si on n'est pas anéantis, mon rêve de royaume s'arrêtera net là.
À cette pensée, l'image de Reshia et des autres humains piétinés par la horde d'orcs traversa mon esprit.
Mais même dans ce cas, il vaudrait encore mieux qu'ils foncent droit sur le village. Si le roi orc a été béni par la sagesse et qu'il mène plutôt son peuple par un autre chemin, le village tombera à coup sûr.
Les humains n'ont construit les palissades que pour couvrir de l'ouest du village à son nord-ouest.
Normalement, il aurait été préférable que je pense à une route de fuite, mais nous n'avons pas assez d'informations sur la folie des orcs. S'ils se contentaient de partir vers l'est après nous avoir chassés du village, ce serait génial. Mais s'ils nous poursuivent encore, nous ne serons que des proies sans défense devant eux puisqu'on n'a nulle part où fuir.
Il n'y a donc qu'une seule option pour nous. C'est de les tendre une embuscade, les mener au village, et les anéantir.
On ne peut qu'espérer que les orcs trébuchent ici. Honnêtement, un truc pareil ne mérite même pas d'être appelé un plan. Au mieux, c'est juste de la pensée magique. Ce fait ne me convient pas, mais on n'a pas le choix.
« Bon, on va installer les pièges par ici. Et ensuite on enverra un éclaireur pour––– »
« Roi ! »
Juste au moment où j'allais ordonner à Gi Gu et aux autres de poser les pièges et d'envoyer un éclaireur, une voix m'appela par-derrière.
C'était Gi Gi, chevauchant une autruche à deux têtes, qui fonçait vers nous avec une expression désespérée.
« Les orcs ont changé de route ! » s'écria-t-il. « Ils arrivent du nord ! »
Putain ! Le pire scénario se réalise vraiment !
Maintenant que j'y pense, l'ouest est plein d'arbres, des bois où il y a peu de place pour poser le pied. Tandis que le nord-ouest que préféraient les loups gris a des patches de plaines dégagées. Mince ! J'aurais dû le voir venir à des kilomètres, et pourtant !
« Retour au village ! Tout de suite ! »
À mon ordre, nous nous hâtâmes vers le village.
Les pièges du village étaient concentrés vers l'ouest. Est-ce qu'on a assez de temps pour installer des pièges au nord ?
Est-ce qu'on a assez de temps pour installer les pièges nécessaires pour gérer quatre-vingts orcs en un jour !?
Impossible. Bien sûr que c'est impossible.
Si c'était juste le combat contre les orcs, je suis confiant que je pourrais les battre avec ma compétence et ma force. Mais dans ce combat, je dois protéger le village tout en anéantissant quatre-vingts orcs !
Mince, pourquoi le nord !?
Mais non seulement ils ont changé de route, ils en ont même choisi une avec beaucoup d'espace. Ils sont définitivement menés par le roi orc. Et apparemment, le roi n'est pas un idiot. Du coup, les chances de réussite des pièges ont chuté drastiquement.
Il reste une chance qu'ils partent juste vers l'est après, mais ces salauds ont besoin de manger. Donc non… Y'a pas moyen qu'ils laissent filer de si délicieuses proies que nous.
Les orcs arrivent d'ici depuis le nord, mais exactement depuis quelle direction viendront-ils ? Directement du nord ou du nord-ouest ? Non, en y réfléchissant un peu, ce sera probablement directement du nord.
Pourquoi directement du nord, c'est parce que le chemin vers le lac au nord a été élargi.
La route qu'on a élargie pour faciliter la chasse s'est retournée contre nous de façon inattendue !
Réfléchis ! Il doit y avoir quelque chose !
Quelque chose qui pourrait les arrêter !
Quand nous arrivâmes au village, je n'avais toujours rien trouvé. Pour l'instant, je décidai de me concentrer sur la fabrication de pièges au nord.
Mais même pendant que je creusais des trous, la seule chose qui occupait ma tête était de trouver un moyen de battre les orcs.
Mais qu'est-ce que je peux faire ?
Au final, la journée passa sans que je ne parvienne à penser à autre chose qu'à faire des pièges.
Quant aux humains, je les fis réparer les palissades le plus vite possible. Et pour les gobelins, je les fis creuser des trous où les orcs pourraient se coincer. Mais c'est tout.
Est-ce qu'on peut gagner avec juste ça ?
Mon cœur s'impatientait tandis que mes pensées continuaient de s'emballer. Au final, je ne pus que déplorer mon impuissance.
Qui aurait cru que la responsabilité d'avoir tant de vies sur les épaules serait aussi lourde ?
Et l'image qui ne cesse de défiler dans ma tête, montrant les orcs nous piétiner tous, est honnêtement flippante !
Merde !
Je ne peux pas perdre. Je ne peux absolument pas perdre.
Je le sais. C'est précisément parce que je le sais que c'est si lourd.
Mais malgré tous mes efforts, au final, la nuit vint sans aucune bonne nouvelle.
◆◇◆
Alors que la double lumière de lune éclairait le ciel du soir, je levai les yeux. J'errais seul autour du village depuis tout ce temps, à ruminer, quand soudain une voix parvint.
« Tu n'arrives pas à dormir ? » demanda la voix.
La lune éclaira son visage, révélant sa beauté sans pareille. Baignée de lune, on aurait dit la Déesse de la Lune, Veedena, elle-même.
Il faisait sombre, mais mes yeux voyaient comme en plein jour, et je vis son expression. Elle était aussi impassible et inexpressive que d'habitude. Mais d'une façon ou d'une autre, elle portait une pointe de douceur.
« Ouais », repris-je en regardant à nouveau le ciel du soir.
« Un spectacle étrange », dit Reshia en s'approchant, jetant un coup d'œil à l'expression sur mon visage.
« Je suppose », répondis-je tranquillement.
Peut-être que j'ai peur. Ça doit être ça. La guerre sera sur nous demain, pourtant la voie vers la victoire reste floue.
Mais même alors… Je dois gagner. Même si ça signifie jeter ce corps.
Si je perds, je perds tout.
« Je vois… » marmonna Reshia, visiblement plongée dans ses pensées. Puis, après un moment, comme si elle avait eu une idée, elle leva les yeux vers moi à nouveau.
« Ça te dérange si je m'assois ? » demanda-t-elle en s'asseyant à côté de moi qui'étais assis en tailleur. « On peut parler un peu ? »
« Fais ce que tu veux », répondis-je sèchement.
Comme ça, on se mit à parler. Sa voix était douce, veloutée dans son flux comme celles d'un ménestrel. Chacun de ses mots résonnait dans ma poitrine tremblante.
« … Autrefois, il y avait une bête connue sous le nom de Bête de Lune », dit-elle.
Je me demande si elle a un scénario au fond de ses paupières. Je ne l'ai jamais entendue bégayer sur ses mots. Chacun de ses mots était clair et fluide.
« Cette bête était haïe par les humains, mais même ainsi, elle vivait à leurs côtés », dit-elle.
Le conte qu'elle racontait était celui d'une bête qui possédait un cœur d'humain.
Mais bien qu'elle possédât un cœur d'humain, sa fourrure était pointue comme des aiguilles, blessant alliés et ennemis gleichermaßen.
Plus la bête essayait de se rapprocher, plus elle infligeait de douleur à son ami. Et plus la bête s'éloignait, plus elle devenait froide. C'était ce genre d'histoire.
« Mais alors un jour, une jeune fille seule montra de la bienveillance à cette bête », dit Reshia.
L'issue est une tragédie. C'est une évidence.
Il y a une histoire similaire dans mon pays aussi.
« Mais bien sûr, la Bête de Lune blessa la fille, et en fut grandement attristée. »
À ce moment-là, j'eus soudain envie de lui demander ce qu'elle voulait me dire.
« Ce fut alors que la fille eut une idée. »
Quoi ?
« Et si on arrachait toutes les aiguilles, dit-elle. »
Hé !?
Surpris, je ne pus m'empêcher de détourner mon regard des lunes vers Reshia.
« Et ainsi la fille et la Bête de Lune n'eurent plus à se battre. Et elles purent vivre heureuses pour toujours. Fin », dit Reshia en concluant son histoire.
« … Une histoire plutôt originale », commentai-je.
Cette fille, elle a changé la fin, non ?
« Et ? Quelle est la morale de l'histoire ? » demandai-je.
« Qui sait ? » Elle grinça.
Hé, c'est vraiment bien ça ? T'es pas quelqu'un de l'Église ?
Ayant reçu une réponse pareille, je ne pus m'empêcher de regarder cette fille qui souriait doucement avec un regard suspicieux.
« Bon, ça ne peut pas être aidé. J'ai juste inventé la fin, après tout », avoua-t-elle.
Comme prévu.
« Mais… je préfère cette fin. Une histoire courte et tragique, c'est bien aussi, mais au final, je préférerais que tout le monde soit heureux. Ce n'est pas mal de souhaiter ce genre de vœu, non ? »
C'est le rêve d'une fille qui ne connaît pas la réalité ? Ou c'est parce que tu rêves de tels rêves qu'on t'appelle une sainte ?
« Peut-être », répondis-je.
« Si tu peux comprendre ne serait-ce que ça, je pense que c'est plus que suffisant pour une leçon morale », dit Reshia en se retirant pour sa nuit de repos.
« Ahh… »
En souriant en coin, je levai les yeux vers les lunes.
Apparemment, elle essayait de me remonter le moral.
Je suppose que ce qu'elle essayait de dire, c'est : si le résultat est évident, pourquoi n'essaierais-tu pas de le changer de force ? Ou un truc dans le genre… je suppose.
« Est-ce que mes soucis se voyaient sur mon visage ? »
Je caressai mon visage, essayant de vérifier si c'était le cas, mais au final, je ne pus pas le déterminer.
Mais… mon cœur s'est allégé.
C'est pas si mal… les leçons d'une fidèle.
À cet instant, une flamme s'alluma dans ce cœur à présent paisible.
Une flamme appelée résolution, la résolution de me battre. Je l'avais oubliée tout à l'heure, mais maintenant je m'en souviens bien.
Alors que je levais les yeux vers les lunes flottant dans le ciel du soir, je remerciai Reshia.
Et puis ça me frappa.
« … De force, hein ? »
Je vois… Peut-être, juste peut-être, qu'il y a une chance de victoire.
Ça a pris du temps, mais enfin, la bénédiction de la Déesse de la Sagesse, Héra, est venue.
Là, je me levai, et j'allai réveiller Gi Gi et Gi Za.