Les multiples rangées de palissades antichavalerie pouvaient n'avoir l'air que d'un camp militaire, mais pour le Roi Gobelin, c'était déjà un château. Et le choix de Blanche la Princesse de Guerre d'apporter des engins de siège pour attaquer ce camp était le bon.
Si elle avait attaqué sans aucune connaissance préalable, cela se serait vite transformé en terre de mort.
Blanche n'aurait pas dû savoir quoi que ce soit aux fortifications de campagne, et pourtant, d'un seul coup d'œil, elle choisit de ne pas entrer dans la terre de mort préparée par le roi, et trouva même la réponse adéquate.
« C'est ça qu'on appelle un génie ? »
Alors que le roi cracha ces mots avec honte, ses yeux se portèrent vers les catapultes qui s'élevaient du sol et montaient haut comme une flèche. Elles étaient entourées de cavalerie. Le don naturel de Blanche la Princesse de Guerre arracha au roi un grognement involontaire.
Mais quel que soit l'adversaire puissant face auquel le Roi Gobelin se trouverait, il n'avait pas la moindre intention de perdre. Il avait aussi appris une chose ou deux des Croyants de Kushain en matière de préparation d'engins de siège.
Le Roi Gobelin et Blanche la Princesse de Guerre se firent face, la palissade antichavalerie entre eux.
Le roi n'eut d'autre choix que de juger que Gi Gu Verbena avait fort à faire.
Même sa tacticienne, Pale, avait trop sur les épaules. Même si elle était meilleure en tactique, la Princesse de Guerre la surpassait encore en créativité et en clairvoyance. Cela apparut dès l'instant où elle put percer à jour la position fortifiée du roi.
Si c'avait été Pale, elle l'aurait probablement emporté même au prix de sacrifices parmi ses soldats.
Mais Blanche choisit de ne pas attaquer et trouva un autre moyen de la prendre.
Une présence féroce qui fit au roi l'impression qu'elle lui montrerait les crocs s'il tournait le dos. Une armée avec une aura sauvage comme celle d'un prédateur qui épie sa proie.
Un geste qui semblait dire : « Voici la Princesse de Guerre. »
Le roi ne pouvait pas bouger.
Et ce fut pendant ce temps qu'Esgare continua sa dévastation.
Après les centaures, ce fut le domicile de la Tribu des Crocs (Loups-garous) qui fut attaqué ensuite.
Beaucoup d'entre eux étaient avec l'Armée du Tigre et de la Lance (Aransain), donc l'attaque contre leur village fit mal. Quand la nouvelle leur parvint, certains parmi les subordonnés de Mido et Tianos vacillèrent.
Et la seule raison pour laquelle cela ne se propagea pas davantage fut l'existence d'un chef puissant qu'était le Roi Gobelin.
— Notre roi qui a saisi la victoire maintes et maintes fois alors que nous nous trouvions en position défavorable.
Les gobelins parlèrent de leur roi à l'unanimité en ces termes, et les demi-humains, leurs frères d'armes, choisirent d'y croire aussi.
Gilmi, à qui le roi avait confié l'arrière-garde, mobilisa aussi ce pouvoir pour rechercher la trace de leurs ennemis. Pour lui, avoir laissé l'ennemi filer deux fois était une tache tenace sur son honneur.
Avec la Capitale de l'Ouest comme base, Gilmi envoya des éclaireurs aux quatre points cardinaux, fit bâtir des phares, et fit même patrouiller les Ailés (Harpyurea). Il fit tout ce qui était en son pouvoir pour attraper l'ennemi par la queue, mais malgré tout cela et le fait que les ennemis puissent si aisément jaillir des ombres, ils parvinrent à rester cachés.
« Nous avons une armée de deux mille hommes, et nous ne pouvons pas les trouver !? »
Quelques jours seulement s'étaient écoulés, mais tous les présents au conseil de guerre avaient l'air d'avoir avalé une couleuvre. La frustration de ne pas pouvoir attraper leur ennemi était la même pour Gi Zu Ruo.
N'ayant rien contre quoi frapper son poing levé, il n'eut d'autre choix que de brûler de colère.
La victoire irait à qui saisirait l'initiative.
Bien sûr, ce n'était pas tout, mais le camp qui avait pris du retard n'aurait d'autre choix que de compter sur des mesures d'urgence. Ils avaient les mains pleines à essayer de résoudre le problème immédiat, et ne pouvaient même pas envisager la suite.
Alors que le mois de Mars touchait à sa fin en cette nouvelle année, le Roi Gobelin comme Gilmi n'eurent d'autre choix que d'accepter qu'ils avaient perdu l'initiative au profit de l'ennemi.
Blanche la Princesse de Guerre était celle qui dictait le flux. Par ses stratagèmes et ses stratégies, elle put les manipuler à sa guise. Une femme qui possédait l'étincelle du génie. Elle n'était pas différente du pilier qui permettrait au Saint Royaume de Shushunu de devenir une grande puissance.
Quels que fussent les efforts de Pale Symphoria pour créer un service de renseignement puissant, il lui était impossible de percer la structure même de l'esprit de la Princesse de Guerre. Tandis qu'ils se laissaient prendre par ses actions, un ennemi s'était créé dans leur dos.