L'année changea et ce fut à nouveau le mois de Mars.
En toute autre année, on aurait organisé des festivités pour accueillir la nouvelle année, mais ni Pale ni le Roi Gobelin ne pouvaient se soucier de telles choses à présent. La Princesse de Guerre avait été invitée au dîner du roi, mais même cela était un champ de bataille, un champ de bataille sans effusion de sang.
Elle devait afficher une contenance digne face aux autres grands nobles et agir de façon à servir ses intérêts tout en étouffant les leurs.
Elle se tenait avec élégance sur le champ de bataille qu'était devenu la cour impériale, et y démontrait son autorité.
Tandis que Gilmi pourchassait l'armée rebelle vers le nord, le Roi Gobelin était accaparé par la gestion des rébellions qui éclataient fréquemment.
Bien sûr, il fallait punir ceux qui avaient participé aux rébellions, mais punir tous les participants aurait signifié subir une perte d'environ 10 % de la population totale. Le Roi Gobelin devait trouver une meilleure solution.
Le royaume d'Elrain, géré par le premier ministre Elbert, ne connaissait pas de rébellion dans sa capitale, mais en subissait de petites dans les campagnes. Qu'en était-il alors des autres campagnes ?
C'était le 10 Mars, et sur la table d'un Roi Gobelin si occupé que s'amoncelaient les mauvaises nouvelles.
Les communications avec la Capitale de l'Ouest ont été coupées.
Jusqu'ici, ni le Roi Gobelin ni Pale n'avaient examiné l'affaire de si près, mais à la réception de cette information, leur mine s'assombrit et ils se mirent immédiatement à rassembler des renseignements. Ils venaient tout juste d'apprendre que la force principale de l'armée rebelle avait été écrasée et commençaient à se détendre, quand cette nouvelle arriva.
Pale était particulièrement frustrée que ce résultat soit l'œuvre du service de renseignement du Clan du Roi Rouge, et elle se mit en œuvre pour reconstruire leur réseau de renseignement.
Les communications avec la Capitale de l'Ouest étaient assurées régulièrement, principalement par les gobelins, puis par les humains et les demi-humains.
Cela servait non seulement à stimuler le commerce entre les différentes cités-États et la Capitale de l'Ouest, mais aussi à promouvoir l'harmonie et la coexistence entre les humains, les demi-humains, les elfes et les autres races. Un plan proposé par le Roi Gobelin et révisé par Yoshu.
Les participants à ce service régulier se voyaient accorder le droit de commercer librement, mais étaient dans le même temps chargés de glaner des informations en divers lieux pour les ramener à la Capitale de l'Ouest. Les colporteurs souhaitant éviter les attaques de bêtes monstrueuses étaient également autorisés à suivre le convoi par l'arrière, si bien que des colporteurs dévoués à la découverte de routes commerciales participaient aussi à ce service régulier.
Si ce service a été interrompu, cela ne peut signifier qu'une urgence à la Capitale de l'Ouest ou que le service régulier lui-même a été attaqué. Dans les deux cas, c'était sujet d'inquiétude.
Mais le Roi Gobelin ne pouvait plus retirer de soldats du front, car la nouvelle que la Princesse de Guerre Blanche mobilisait à nouveau ses troupes leur parvint du Saint Royaume de Shushunu dans la seconde quinzaine du mois de Mars.
Le Roi Gobelin avait établi ses lignes de front au sud et à l'ouest, censé encercler le Saint Royaume de Shushunu, mais en créant une ligne de front dans leur dos, la Princesse de Guerre menaçait désormais de les encercler, eux.
La raison pour laquelle le Roi Gobelin se souciait tant de ses arrières était précisément qu'il voulait éviter cela. Dans l'« histoire » dont il se souvenait, son pays avait jadis livré une grande guerre et avait été acculé tout comme maintenant, et avait perdu.
Qu'il le veuille ou non, le Roi Gobelin fut forcé de se remémorer cela.
Pale, à qui l'on avait confié l'entière autorité sur leur service de renseignement, se sentait gravement responsable de cet échec. Les gobelins de haut rang, Gi Gu Verbena et Gi Za Zakuend, ne purent rester calmes non plus quand la nouvelle que la Capitale de l'Ouest pourrait être tombée leur parvint.
La force principale de l'ennemi avait été défaite, et pourtant ils avaient encore assez de force pour s'emparer de la Capitale de l'Ouest. Tous étaient anxieux à l'idée de pouvoir vraiment vaincre la Princesse de Guerre alors qu'ils avaient un ennemi dans le dos.
« Mes plus plates excuses, Votre Majesté. »
C'était un spectacle rare de voir Pale s'incliner si admirablement, mais le Roi Gobelin ne fit qu'enfoncer sa grande épée dans le dallage de pierre tout en restant assis sur son trône, et sourit.
« Pourquoi t'excuser ? Nous sommes entourés d'ennemis, et alors ? N'est-ce pas là notre lot habituel ? »
Pale releva la tête, surprise, et le roi hocha la tête en souriant férocement.
« Nous n'avons pas encore perdu, nous sommes seulement en position défavorable. Et les désavantages sont des choses que nous repousserons, quel que soit le nombre de fois où l'on nous forcera à les subir. »
Aux paroles du Roi Gobelin, les gobelins à genoux relevèrent eux aussi la tête.
« Souvenez-vous. D'où sommes-nous partis ? »
Ils ne venaient pas d'un pays puissant déjà bâti. Les gobelins de haut rang ici présents venaient d'un milieu si misérable qu'ils ne savaient même pas s'ils mourraient de faim.
C'est de ce genre de trou désespéré qu'ils s'étaient extirpés par leurs propres moyens. Oui, c'est exact. Tant que le roi serait avec eux, ils ne perdraient jamais.
Les doutes de ses subordonnés dissipés, le Roi Gobelin ordonna de rassembler des informations et de mettre en route les préparatifs pour faire face à l'attaque de la Princesse de Guerre. Il en fit part à Gi Ga et Gi Gi.
« Pas besoin d'avoir peur. Laissez l'arrière à Gilmi et maintenez les différentes lignes de front. »
Le roi était en réalité lui aussi anxieux, mais il ne pouvait se permettre de le montrer en surface. Il était le roi des gobelins ; par conséquent, ses peurs ne deviendraient que les peurs du pays et créeraient une brèche pour l'ennemi.
C'est parce qu'il le savait qu'il affichait une assurance totale.
Même s'il n'en était rien de plus qu'un bluff, le Roi Gobelin devait toujours paraître fort.