Felbi poursuivit Rishan et mit à terre quatre voyous sur le chemin, prouvant à quel point il était fort en ramenant la jeune fille saine et sauve chez elle.
« Je te donne la moyenne, je suppose », dit Pale.
Malgré la notation sévère de Pale, Felbi put tout de même servir de garde à Rishan pendant deux ans.
Autant de temps s'était écoulé depuis que le royaume d'Elrain avait été rendu au Roi Gobelin.
Et deux ans après la rencontre de Felbi avec Rishan…
Dans un jardin venteux, où des tables et des chaises étaient alignées.
« Oncle Dordias ! »
« Oh, si ce n'est pas Rishan. »
Elbert avait fait une carrière exceptionnelle en tant que fonctionnaire et avait réussi à s'assurer le poste de premier ministre. Ses réalisations n'avaient pas d'égal, et l'on pouvait voir à quel point le Roi Gobelin attendait de ses capacités. En deux ans, il parvint à mener son groupe de fonctionnaires à devenir le pilier central du royaume d'Elrain.
Bien qu'il existât aussi des factions qui leur étaient opposées, ceux qui dirigeaient les affaires militaires du royaume d'Elrain étaient les gobelins. Tant que les gobelins, qui avaient juré une fidélité absolue au roi, étaient là, il n'y avait pas de place pour des actions irréfléchies.
Mais la plus grande raison pour laquelle ces factions ne pouvaient pas grossir était que les politiques mises en œuvre par Elbert bénéficiaient au royaume d'Elrain et l'amenaient régulièrement dans une bonne direction. Les voyous qui rôdaient dans les ruelles devinrent de moins en moins nombreux sous les coups des gobelins et des gardes.
En contraste, les fonctionnaires se retrouvaient avec de plus en plus de travail.
Malgré l'augmentation du travail, Dordias continua sa routine d'aller et venir dans la région. Il était une personne indispensable pour apporter à Elbert des informations sur la situation de la région, lui qui était enfermé dans son bureau à travailler. Mais plus que cela, c'était aussi un bon ami.
Il en allait de même pour la fille d'Elbert, Rishan, qui connaissait elle aussi Dordias.
« Je n'arrive pas à croire que tu es déjà si grande. »
Dordias acquiesça avec une profonde émotion tandis que Rishan souriait comme une fleur qui s'épanouit.
« Je suis devenue vraiment forte à l'épée ! »
« Ha ha ha. Quelle fille fiable tu es ! »
Dordias tapota son ventre proéminent et rit. Il avait peut-être l'air d'un bandit, mais c'était en réalité un fonctionnaire civil.
Bien que Rishan essayât de faire admirer ses biceps, en deux ans, les parties féminines de son corps avaient grandi à pas de géant. Elle portait aussi une charmante robe, si bien qu'en ce jour, elle était l'image même d'une douce jeune fille.
Seulement, sur les jambes sous cette robe, il y avait de nombreuses fines blessures qui ne convenaient pas à la fille du premier ministre. Pourtant, son sourire qui s'épanouissait comme une fleur était plus que suffisant pour compenser cela.
« Bref, il y a quelque chose dont je voulais te parler, oncle. »
« Oh ? Qu'est-ce que c'est ? Tu peux me parler de n'importe quoi, tu sais ? »
Rishan versa du thé pour son oncle en lui confiant ses soucis. C'était le genre de préoccupation qu'on attendrait d'une jeune fille en fleur. Malheureusement, Dordias était dans la force de l'âge et était aussi un homme. Personne ne penserait qu'il serait capable de répondre à ses questions.
Il était simplement plus probable qu'il se trouverait sans voix devant cette jeune fille.
Mais c'était un fonctionnaire qui avait traversé d'innombrables adversités. Tant qu'il y avait la moindre chance de pouvoir répondre, sa confiance ne fléchirait pas.
Rishan comptait sur lui, qui était un adulte.
En tant qu'adulte sur qui on comptait, il devait lui donner une réponse.
Dordias savoura la tasse de thé qu'on lui avait servie en attendant que Rishan parle.
« Dis, si je voulais renverser un gentleman ? Est-ce que ce serait plus efficace de l'appeler dans la chambre ? »
Dordias recracha son thé, puis se mit à tousser violemment.
La confiance inébranlable d'un fonctionnaire vétéran, le sang-froid d'un adulte… D'un seul coup, tout cela fut balayé jusqu'au bout du monde. C'est à quel point cette question était puissante. L'horizon connu sous le nom de bon sens avait déjà dévoré quel que calme Dordias possédait.
« R-Renverser !? »
La voix de Dordias se brisa tandis qu'il penchait son corps vers l'avant pour l'entendre. Lui aussi avait une fille. Elle n'avait encore que 10 ans, mais elle était très, très mignonne. C'était sa fille. Entendre de tels mots venir d'une jeune fille à peine quatre ans plus âgée que la sienne possédait une telle puissance de feu qu'il ne put s'empêcher d'oublier tout en posant cette question.
« Oui ! »
La façon dont Rishan serra fermement le poing devant sa poitrine était indubitablement celle d'une charmante jeune fille.
Si le premier ministre, qui était son ami proche, marchait revêtu de bon sens. Si cet homme sérieux entendait de tels mots sortir de la bouche de sa fille bien-aimée, ces mots seraient sûrement assez pour briser trois couches de bon sens.
Ces mots qui feraient instantanément tomber Elbert s'il les entendait sortirent si facilement des lèvres de Rishan alors qu'elle hochait la tête.
Avant qu'il ne s'en rende compte, Dordias, qui fixait Rishan, remarqua qu'une perle de sueur s'était formée sur son front. 'Calme-toi, calme-toi', se dit-il. Il croisa les bras pour garder son calme.
C'était un fonctionnaire qui avait traversé d'innombrables adversités. Dordias qui avait combattu des puissants qui abusaient de leur pouvoir comme une évidence, qui avait combattu des fonctionnaires dévoués à la corruption, dont les méthodes étaient aussi féroces que des épées qui s'entrechoquent et se bloquent… Et pourtant, à cet instant, son esprit brillant venait de devenir blanc.
'Renverser.'
'Une jeune fille va… un homme.'
'Dans la chambre.'
Ces mots résonnaient répétés dans son esprit tourbillonnant comme s'il était dans une sorte de labyrinthe. Les chemins de ce labyrinthe étaient si complexes qu'il faudrait cent ans rien que pour en trouver la sortie.