Le Roi Gobelin attaqua le royaume d'Elrain et, après sa capitulation, divisa son armée en quatre parties.
L'étendard de la lance et du tigre noir, les forces de Gi Ga, se dirigèrent vers la Cité-Labyrinthe.
L'étendard de la hache et de l'épée, les forces de Gi Gu, partirent pour Pena.
L'étendard du monstre à deux têtes et de la hache, les forces de Gi Gi, prirent la direction de Fatina.
L'étendard de l'arc et de la flèche, Ra Gilmi Fishiga, gagna le nord avant de revenir vers l'ouest.
Le Roi Gobelin, qui tramait de s'emparer de toute la région méridionale, resta dans le royaume d'Elrain et tenta de le gouverner. Seule une poignée de personnes demeura auprès du Roi Gobelin. Il y avait Pale, la tribu Ra, Gi Go et Felbi. Mais, peu nombreux fussent-ils, comme l'élite avait été triée sur le volet, ils parvinrent à imposer leur loi sur l'ensemble de la capitale du royaume d'Elrain.
Après avoir percé les forces restantes d'Elrain, le Roi Gobelin occupa immédiatement la Capitale Impériale. Il arrêta les fonctionnaires du gouvernement et retint leurs familles en otage. Un nombre adéquat de fonctionnaires était nécessaire pour faire tourner un pays. En conséquence, le Roi Gobelin décida de continuer à employer les fonctionnaires de ce pays pour le gérer.
Si l'on comparait par exemple le système de gestion du royaume au Conseil des Anciens de Pena, un avantage du système royal serait la rapidité de son processus décisionnel. Le roi tranchait une politique et le pays l'appliquait sur-le-champ. C'était un système qui reposait largement sur un individu compétent. Mais même en cherchant un tel individu par lignée, il restait extrêmement rare d'en produire continuellement.
Avec un tel pouvoir, le Roi Gobelin put utiliser les fonds destinés aux dépenses de la cour impériale pour construire son propre palais, et nul ne put l'en empêcher.
Le Roi Gobelin rassembla les fonctionnaires du pays vaincu et leur dit : « Jurez fidélité ou périssez avec votre famille. »
La menace du Roi Gobelin fut si efficace que les fonctionnaires tremblèrent et certains s'évanouirent même. Dès le départ, le Roi Gobelin avait décidé de mater le royaume d'Elrain par la force.
Pour le Roi Gobelin, qui devait transformer le royaume d'Elrain en son quartier général afin de conquérir rapidement les terres du sud, pouvoir contrôler les fonctionnaires qui le géraient revenait à décider de l'issue de la guerre.
« L'injuste ne sera pas pardonné. Ceux qui s'engraissent en abusant de leur position ne seront pas pardonnés. Ceux qui œuvrent à désavantager mon armée ne seront pas pardonnés. Quiconque transgresse ces règles sera puni comme il se doit. »
Les humains tremblèrent devant les paroles du roi. Les critères qu'il imposait étaient vagues, ce qui rendait facile de les interpréter comme on le souhaitait. Du coup, ils n'eurent d'autre choix que de lire dans ses mots : « Si vous faites quelque chose qui me déplaît, je vous punirai. »
Résultat, le Roi Gobelin n'obtint pas les résultats escomptés. Bien que les fonctionnaires aient prêté serment comme il le demandait, et que la gestion du royaume d'Elrain se poursuive sans accroc, personne ne travaillait activement à coopérer avec les gobelins.
Il y en eut même qui se montrèrent non coopératifs, encore que, au moins, ils n'essayèrent pas de saboter quoi que ce soit.
Le Roi Gobelin envisagea de les punir pour en faire un exemple, mais Pale estima au contraire que tout se passait plutôt bien pour un début.
« Inutile de se presser. Quand on doit convaincre autrui des avantages de quelque chose qu'il ne connaît pas, les mots ne suffisent pas toujours. »
Il faudrait leur accorder de réels avantages, dit Pale, et le Roi Gobelin acquiesça.
« En d'autres termes, c'est encore bon signe puisqu'ils ne se sont pas rebellés. »
« Ça, et nous avons des gens. »
Le nom que Pale désigna était celui d'un fonctionnaire subalterne.
« Elbert Noen… »
Ce n'était pas un nom que le Roi Gobelin connaissait.
« D'après mes enquêtes, c'est quelqu'un qui s'y connaît en finances. Auparavant, il a osé argumenter avec des nobles et a été rétrogradé. »
« Je vois. Un gentleman inflexible. Mais cela pose d'autant plus la question : acceptera-t-il de coopérer avec nous ? »
« Il semble qu'il ait une famille qui lui est chère. »
Les yeux de Pale se plissèrent en disant cela, ce qui poussa le roi à demander en retour : « N'étions-nous pas censés faire plus discrets ? » Mais après tout, si l'on sait qu'une méthode efficace existe, la questionner ne serait pas rationnel, mais émotionnel.
« …Les politiciens sont faits comme ça, non ? Quoi qu'il en soit, je souhaiterais le rencontrer d'abord. »
« …Comme vous voudrez. »
Lorsque Elbert fut convoqué pour une audience avec le roi, ce furent Pale et un Gi Za revêtu de robes qui l'appelèrent.
« Êtes-vous certaine d'avoir le bon homme ? »
« Oui, merci d'avoir répondu à la convocation du roi. Elbert-dono. »
Après que Pale eut répondu d'un visage glacial, Gi Za prit la parole.
« Ayez un comportement grossier devant le roi et vous pouvez considérer votre vie comme perdue. »
« …J'ai l'intention de me comporter avec bienséance, mais je ne connais pas les coutumes des gobelins. Veuillez m'excuser sur ce point. »
Comme Elbert disait cela sans se démonter, Pale hocha la tête en silence.
« Le roi attend. Venez. »
L'endroit où l'on mena Elbert était le bureau de l'ancien roi. Un bureau et une chaise géants y avaient été préparés pour l'usage du roi, qui y travaillait d'arrache-pied. Le travail du roi… En d'autres termes, le règlement des comptes.
Mais les documents nécessaires à de telles décisions s'empilaient comme une montagne et les circonstances variaient d'un pays à l'autre.
Et plus le pays était grand, plus les fonctionnaires se voyaient accorder de latitude. Malgré cela, la quantité de documents nécessitant une approbation s'accumulait en une montagne. Mais cela ne surprenait pas, après tout, le royaume d'Elrain était à moitié détruit.
En fait, il était si profondément endetté qu'il ne pouvait même plus payer ses soldats. C'était d'ailleurs pour cela que le Clan du Roi Rouge avait pu s'emparer de son territoire. Mais même si le Clan du Roi Rouge avait pu prendre le contrôle, cela ne signifiait pas qu'ils pourraient redresser immédiatement la situation financière.
« Votre Majesté, j'ai amené Elbert-dono. »
« Entrez. »
L'apparence du Roi Gobelin était vraiment quelque chose à voir, couplée à cette voix digne qui résonnait depuis le fond des entrailles. Du moins, ça l'aurait été, s'il n'y avait pas eu ces piles de documents empilées devant lui.
« Mon mot… » Elrain se mit à marmonner en assistant à la scène d'un gobelin faisant du travail de bureau.
Un gobelin faisait du travail de bureau !
Les yeux d'Elbert faillirent lui sortir des orbites quand il fut accueilli par ce spectacle.
Les yeux d'Elbert faillirent lui sortir des orbites quand un gobelin faisant du travail de bureau l'accueillit. Un gobelin qui faisait du travail de bureau dépassait simplement l'imagination d'Elbert. Son sens commun l'avait préparé à l'image d'un roi servi aux petits oignons par de belles femmes, mais toute cette préparation s'effondra net.
« On dirait que vous avez vu quelque chose d'étrange. Dépêchez-vous d'entrer », dit Gi Za.
Elbert fit ce que Gi Za lui ordonnait depuis l'arrière et s'assit sur la chaise prévue face au roi.
« J'irai droit au but. Je veux votre avis. Cela concerne les dépenses du palais intérieur (réservé aux femmes). À quoi sert le million de riburu alloué chaque année aux dépenses du palais intérieur ? »
« Hein… »
Les yeux d'Elbert devinrent des points. Bien que son cerveau fût déjà au travail, calculant les détails, le contenu de la question et le fait que ce soit lui qu'on interrogeait lui donnèrent un violent choc. C'était le document qu'Elbert lui-même avait autrefois soumis à un fonctionnaire supérieur dans l'espoir de restaurer les finances publiques.
Il y avait deux moyens majeurs d'assurer des ressources financières au pays. L'un était d'augmenter les impôts, l'autre de réduire les dépenses.
« Je crois qu'il vaudrait mieux demander au grand intendant de la cour… »
Voyant Elbert tourner autour du pot, les yeux du Roi Gobelin se plissèrent. L'aura qui l'entourait sembla s'alourdir rien qu'avec ça, et Elbert ne put s'empêcher de suer à froid.
« Ce document a été rédigé par vous quand vous occupiez encore le poste de grand intendant. Je repose la question. À quoi sert le million de riburu alloué aux dépenses du palais intérieur ?
Apparemment, la scène tout à l'heure n'était pas une illusion. Elbert comprit enfin cela. Ce monstre devant lui était en réalité d'une intelligence terrifiante et capable d'accomplir le travail de roi. Elbert comprit immédiatement que s'il ne donnait pas une réponse satisfaisante, il mourrait.
Sans même le temps de reprendre son sang-froid, Elbert répondit aux questions du roi. Le roi lui en posa d'autres, et le lendemain, un autre messager apparut devant Elbert et lui fit recevoir l'ordre impérial de sa nomination comme grand intendant.
Bien que choqué, il se rendit à nouveau au bureau du roi, où on lui confia la mission de reconstruire les finances du pays.
« …Pourquoi moi ? » demanda-t-il. « Il devrait y en avoir beaucoup de plus compétents que moi. D'autres qui conviendraient bien mieux pour servir comme grand intendant. »
« Alors recommandez ces gens. Mais d'abord, on commence par vous », répondit le Roi Gobelin.
Le roi parcourut un document avec empressement, puis — à la place d'une signature — l'estampilla du symbole d'un soleil noir qui était son étendard pour l'approuver.
« …Vous n'arrivez pas à l'accepter ? »
« Si je puis me permettre d'être franc, je ne vous comprends pas. Êtes-vous vraiment un monstre ? »
Le roi esquissa un sourire en coin.
« Je suis un roi. C'est ce que je suis. Ni plus, ni moins. Y a-t-il autre chose de nécessaire pour gouverner un pays ? »
« Alors vous… Vous avez vraiment l'intention de gérer ce pays ? »
« Je le rebâtirai. Je vous promets que sous ma protection, le peuple de cette nation aura un royaume où il pourra vivre. »
Elbert ferma les yeux un instant, puis leva les yeux vers les cieux. Si ce monstre était un humain, quel sage dirigeant aurait-il pu devenir ? Sûrement son nom brillerait d'un éclat éblouissant, gravé dans les annales de l'histoire, pour être rappelé pendant mille ans.
D'après les questions du monstre hier, il était clair qu'il savait dans quel état se trouvait ce pays. Et pourtant, malgré cela, il disait qu'il le rebâtirait.
Il aurait été plus simple et plus approprié pour un monstre de tout voler, et pourtant…
« Si vous étiez le roi du royaume d'Elrain, je vous servirais avec joie. Si vous étiez humain, mon pays ne serait pas tombé ainsi, et au contraire, il aurait soumis le monde aussi loin que porte le regard, érigeant un pays géant comme nul autre. Votre nome irait dans l'histoire comme un roi sage, pour être rappelé à jamais. »
Elbert soupira, puis ouvrit à nouveau la bouche.
« Mais maintenant, même si vous rebâtissez ce pays, vos exploits ne seront pas retenus par l'histoire. C'est simplement à quel point la haine des humains pour les monstres est profonde. Ils jetteront la boue sur vos exploits, et au lieu de vous remercier, ils vous frapperont. Malgré cela, êtes-vous encore prêt à rebâtir ce pays ? »
« Cela ne peut pas être évité. »
« Ceux qui vous aideront seront assurément rappelés avec haine par l'histoire. On les critiquera comme des traîtres, mais… Permettez-moi de porter cette honte. »
« …Hmm. Puis-je demander pourquoi ? »
Le Roi Gobelin avait regardé ses documents tout ce temps, mais quand il posa cette question, il leva les yeux. Elbert répondit avec résolution.
« Parce que même si l'histoire ne retient pas vos exploits, il y a encore des gens qui vivent aujourd'hui. »
« Je vois. Très bien. Si vous avez besoin de quelque autorité que ce soit, dites-le simplement. »
Le Roi Gobelin revint une fois de plus à ses documents, et Elbert s'inclina profondément. En ces trois mois, Elbert parvint à réduire drastiquement les dépenses de la cour impériale. Fort de ces résultats, il fut pressenti comme candidat au poste de premier ministre, et deux ans plus tard, il accéda au pouvoir comme premier ministre.
Avec les gens qu'il recommanda et la force militaire du Roi Gobelin, ils parvinrent à redonner vie rapidement au royaume d'Elrain.
L'un des quatre généraux nommés par le Roi Gobelin, Gi Ga Rax, leva son étendard de lance et de tigre noir en faisant avancer son armée vers la cité-labyrinthe.
Gi Ga Rax menait la moitié de la cavalerie du roi qui formait la garde impériale et les cavaliers de bêtes des Paradua. En plus de cela, il avait aussi les forces humaines avec lui. Au total, ses forces centrées sur la cavalerie comptaient 1 200 hommes. La garde impériale du roi, composée de gobelins montant des chevaux indomptables à trois yeux, étaient tous des gobelins de classe rare. Ils étaient 300. Avec ces 300 et les 200 cavaliers de bêtes des Paradua comme force principale, plus les 700 cavaliers humains, ils totalisaient 1 200 soldats en tout.
Le Clan Fier (Clan Leon Heart) de Zaurosh avait engagé les anciens soldats du royaume d'Elrain. S'ils n'étaient pas engagés, certains des soldats capturés acceptèrent de coopérer et furent ajoutés aux forces globales de Gi Ga.
Il y avait de nombreuses villes au sud qui prospéraient grâce au commerce. Le grain produit par le grenier aux abords de Fatina, suffisant pour nourrir une population florissante, les trésors nés dans le désert d'Ashunasan (Dieu du Désert), ou les trésors nés de la cité-labyrinthe. C'étaient ces produits spéciaux de chaque région que les marchands emportaient avec eux et parcouraient les routes commerciales dignes d'être appelées la Route des Riches.
Bien sûr, cela était aussi connecté au grand pays qu'était le royaume d'Elrain.
Sous l'étendard d'Aransain, Gi Ga Rax parcourut ces routes commerciales et força les villes environnantes à capituler. De manière constante, il s'approcha de la cité-labyrinthe.
« Ceux qui se rendront seront épargnés. Ceux qui se rendront sans combattre seront autorisés à conserver leurs richesses. »
La grande vitesse de l'avance de Gi Ga Rax était soutenue par le réseau de renseignements mis en place par Pale et les politiques avisées de Gi Ga. De petites villes ne pouvaient pas éventuellement lutter contre son armée. Du point de vue de Gi Ga, devoir conquérir les petites villes une par une prendrait trop de temps.
De plus, l'armée qu'il menait était majoritairement de la cavalerie, donc sa force pouvait s'exprimer au mieux dans les champs. S'ils devaient emporter des armes de siège, leur avance serait trop émoussée.
Celui qui fit la médiation entre Gi Ga et les humains fut Zaurosh. Ce vice-chef du Clan Leon Heart, qui portait lui-même une grande responsabilité, avait un point de vue pratique qui minimisait les pertes au maximum. Il interdisit aussi le pillage des villes capitulées.
De plus, en intégrant les habitants à son armée et en les utilisant pour de futures négociations, il put prendre 5 villes sans aucune effusion de sang. Toutes les villes commerçaient, donc il y avait beaucoup de visages familiers entre elles.
Comme preuve de reddition, les villes offraient des chevaux et de jeunes hommes en bonne santé, et en échange, Gi Ga leur accordait l'autonomie. Bien que le moral ne fût pas haut, Gi Ga put continuer son avance avec sa grande armée. Au moment où Gi Ga s'approcha de la Cité-Labyrinthe, le nombre de ses forces avait atteint 1 900.
Mais les humains de l'autre côté n'allaient pas rester à regarder tranquillement.
Bien qu'ils ne sachussent pas quel était l'objectif des gobelins, la plus grande ville était la cité-labyrinthe. Des aventuriers y furent engagés et les préparatifs de guerre progressèrent régulièrement. Beaucoup parmi les villes du désert n'avaient pas entretenu leurs murailles.
S'ils allaient se battre, ils se battraient dans les champs. C'était pour cela que la cité-labyrinthe avait rassemblé beaucoup d'aventuriers. S'il y avait un problème, c'était qu'il subsistait encore des frictions entre la faction du Roi Rouge et la faction Anti-Roi-Rouge. Après la mort de Brandika, les aventuriers de la Cité-Labyrinthe ne se donnèrent pas la peine d'accompagner les restes du Clan du Roi Rouge jusqu'à Fatina et rentrèrent chez eux.
Mais au moment où ils revinrent, la Cité-Labyrinthe avait déjà été reprise par la faction Anti-Roi-Rouge. Cela dit, ces clans étaient à l'origine forts en leur propre droit, puisque c'était la raison pour laquelle le Roi Rouge les avait pris au départ. Grâce à leur force, qui était supérieure à celle de la faction Anti-Roi-Rouge, ils purent riposter contre eux.
Sophia de S'Envoler vers la Liberté (Clan Elks) informa Gi Ga, qui approchait à grands pas, de la situation. Le stratagème consistant à opposer la faction Anti-Roi-Rouge à la faction Roi Rouge était en bien meilleure santé que Pale ne l'avait prévu.
Bien que la Cité-Labyrinthe, Tortoki, fût une cité-état, elle ne possédait pas d'armée puissante. C'était parce que la ville s'était formée autour du labyrinthe. En tant que telle, elle avait beaucoup d'aventuriers dès le début et finit par concentrer ses ressources sur le maintien de l'ordre public.
Même au sein de l'ancienne alliance des Cités Libres, malgré être le membre le plus ancien, elle n'avait pas beaucoup d'influence et ne se tint jamais vraiment au sommet politiquement. Mais les autres pays de l'alliance ne voulaient pas attaquer Tortoki et encourir la colère des aventuriers, donc la ville put continuer d'exister pacifiquement malgré son manque d'armée.
Malheureusement, l'armée du Roi Gobelin était apparue, et ils n'allaient pas les laisser tranquilles.
Même si les Croyants de Kushain auraient pu les reconnaître, pour Tortoki, l'armée du Roi Gobelin était toujours une armée de monstres. Sachant que la guerre contre les gobelins serait fondamentalement différente de celles contre les humains, le Conseil des Dix qui gouvernait Tortoki élut Basshnia de la famille Goundor comme général.
Il mènerait une armée ayant les aventuriers comme force principale pour affronter les gobelins au combat.
Ils avaient 1 300 fantassins et 400 mages. En plus de cela, ils avaient aussi 300 cavaliers, qu'ils purent engager temporairement dans la région. Contrairement aux gobelins qui concentraient leurs forces sur la cavalerie, leurs forces tournaient majoritairement autour des fantassins.
Puisqu'ils comptaient sur les aventuriers, leurs soldats utiliseraient les armes auxquelles ils étaient habitués. Un avantage qu'ils détenaient était le manque de mages dans les forces gobelines, mais les forces de Tortoki n'étaient pas unifiées à cause du récent tumulte du Roi Rouge.
Comme l'indique le nom de Cité-Labyrinthe, c'est une ville qui s'est développée autour d'un labyrinthe. Elle ne possédait pas de hautes murailles. En tant que telle, Basshnia décida de livrer bataille dans les champs. On peut dire que c'était une décision aussi influencée par la peur qu'une bataille défensive ne provoque des situations inattendues dues au manque d'unité dans l'armée.
S'ils se battaient dans les champs, naturellement, il y aurait un ennemi devant eux. Une situation comme celle-là devrait rendre plus difficile l'éclatement de luttes internes. Bien que Basshnia sût que les gobelins visaient aussi cela, il n'eut d'autre choix que d'aller au combat en portant cette inquiétude. Néanmoins, en tant que représentant de la famille qui a régné sur Tortoki pendant de nombreuses années, il n'était pas incompétent.
Malheureusement, les graines semées par Pale prenaient régulièrement le contrôle de Tortoki et essayaient d'en porter les fruits pour les gobelins.
La bataille eut lieu aux abords de Tortoki.
L'armée de Tortoki, qui détenait l'avantage numérique, sortit avec toute son infanterie tout en attaquant les gobelins de loin avec de la magie, les empêchant d'approcher. Cela était fait pour empêcher Gi Ga Rax et son armée de faire ce qu'ils faisaient le mieux : des tactiques de combat rapide.
La force de 300 mages était en effet terrifiante, et avant que la cavalerie des gobelins ne puisse même les approcher, des balles magiques avancées éclataient au sol, donnant naissance à des explosions. Au centre, les mages lançaient leurs sorts en ordre, tandis que les aventuriers fantassins les entouraient pour les protéger. C'est ainsi qu'ils approchaient les gobelins qui avançaient régulièrement.
Voyants que leur cavalerie n'arrivait pas à approcher l'ennemi, Gi Ga se tint à la tête de l'armée et encouragea l'armée et leva leurs étendards.
« Craindre notre ennemi et flancher serait jeter la boue sur l'honneur que notre roi a bâti. Malgré cela, osez-vous vous appeler de braves guerriers !? Je prendrai la tête. Suivez ce tigre noir et cette lance que le roi m'a donnés ! »
Le discours de Gi Ga fut efficace sur la cavalerie qui se targuait d'être la garde impériale du roi. En tant que gobelins de classe rare capables d'entrer dans des donjons sans craindre la mort,
s'il le fallait pour le roi, alors tant que leur général de confiance donnait l'ordre, ils chevaucheraient jusqu'au pays de la mort lui-même.
Si l'on regardait la bataille qui se déroulait depuis les cieux, on verrait que la cavalerie gobeline menée par Gi Ga avait formé une ligne droite vers les forces de Tortoki. On aurait dit qu'ils essayaient de percer un ballon avec une aiguille.
Des balles magiques furent tirées sur Gi Ga, mais il se déplaçait à gauche ou à droite, voire sautait pour les esquiver. Sa maniement de sa monture était en effet le meilleur parmi les gobelins.
Pourtant, il y en avait que Gi Ga ne pouvait pas esquiver. Quand Gi Ga échoua à esquiver une balle de feu, il traversa simplement la fumée de l'explosion et poussa un hurlement.
Gi Ga chevaucha tel le vent et balaya l'infanterie ennemie, enfonçant la lance de pointe de l'armée dans les forces ennemies.
La cavalerie du roi le suivit, et en voyant le visage vaillant de Gi Ga, surmonta toutes les peurs qui cherchaient à s'attarder tandis qu'ils couraient sous la pluie de balles magiques. Les sabots de leurs montures faisaient trembler la terre, tandis que les cris de guerre des gobelins secouaient l'air.
Les balles magiques descendantes et les sabots des bêtes monstrueuses soulevaient des nuages de poussière, bloquant la vision, mais les gobelins levaient leurs lances et bondissaient avec leur monture. Ainsi, les hipparions s'écrasèrent contre les boucliers levés des aventuriers. Recevoir un tel poids écrasa les bras des aventuriers et les fit chanceler.
Les gobelins profitèrent de cette ouverture pour forcer le passage de leur cavalerie.
Une fois la bataille devenue chaotique, il n'y eut plus aucune opportunité pour les mages. Le général de Tortoki, Basshnia, n'avait pas assez de contrôle sur ses soldats pour leur ordonner de tuer amis et ennemis indistinctement.
« Ne leur montrez aucune pitié ! Tuez-les tous ! »
Bien que Gi Ga fût souvent indulgent, le sang de la féroce race gobeline coule encore dans son corps. Et sur le champ de bataille, chaque coup de sa lance, chaque mort d'un ennemi, remuait ce sang, lui donnant plus de pouvoir pour transpercer l'ennemi. Les attaques libérées par ses longs bras déchiraient aisément l'armure de fer de l'ennemi, lui permettant de faucher les vies des aventuriers.
Devenu la lance qui perçait les forces ennemies, Gi Ga sema le chaos dans les rangs ennemis et parvint à les mettre en fuite. Comme l'armée de Tortoki fuyait vers la ville, Gi Ga arrêta son armée de les poursuivre.
Toute l'armée était enivrée par la victoire, mais Gi Ga les arrêta et réorganisa leur formation hors de la ville, puis il utilisa les humains capturés pour exiger la reddition de l'ennemi. Si Tortoki capitulait, il pourrait apporter la victoire à son roi.
« Arrêter une avance qui normalement ne devrait pas s'arrêter pour minimiser les dégâts qu'engendrerait un combat dans les murs… Vraiment l'œuvre d'un grand général. »
En réponse aux mots de Zaurosh, Gi Ga sourit.
« Je me suis simplement demandé ce que le roi ferait s'il était à ma place. Pour le bien du chemin que le roi a montré, le sang brûlant qui bouillonne en moi doit être apaisé. Quand j'ai pensé à ce que je devais faire pour atteindre cette fin, la réponse est venue naturellement. »
Quand Gi Ga entra dans Tortoki, il leva son étendard sur la salle publique et déclara.
« Levez Aransain ! Cette victoire est pour le roi ! »
La nouvelle de la victoire de Gi Ga fut portée devant le roi, et la renommée de la rapidité d'Aransain résonna haut et clair dans les territoires sous le Roi Gobelin.