Un homme vêtu de noir s’adressa au spadassin à ses côtés. Il parlait tout en observant la violente bataille qui se déroulait sous ses yeux.
« Voilà donc Ryutanu le Bras Fort. C’est sans doute le dernier appui du clan des Cerfs. »
Le spadassin aux cheveux noirs du clan du Roi Rouge avait la bouche cachée par un cache-nez. Son aura était si tranchante qu’il semblait capable de tuer rien que par sa volonté assassine.
Le spadassin aux cheveux noirs, Shunrai, jeta un coup d’œil à l’homme vêtu de noir avant de reporter son attention sur l’individu qui se battait tel un lion furieux.
« Pas étonnant que les assassins n’aient pas réussi à venir à bout de lui. »
« … N’était-ce pas toi qui avais dit de te prévenir si nous trouvions un adversaire fort ? »
L’assassin de la Dague de Webrus laissait entendre qu’ils avaient simplement choisi de ne pas l’achever.
Shunrai posa son yatagan sur son épaule et grogna.
« Que les comparses se retirent. Tout ce qui sera à ma portée sera tranché. »
Pendant un instant, un sourire féroce se dessina à travers son cache-nez.
L’assassin plissa les yeux et donna l’ordre à ses subordonnés de modifier leur dispositif d’encerclement.
« … Es-tu sûr ? » demanda une voix dans l’ombre.
L’assassin hocha la tête. « S’il échoue, ce sera pour mieux réussir. Et puis, je veux mettre le clan du Roi Rouge à ma botte. »
« Comme tu l’entends. »
Tel un flot que les eaux viendraient à s’écarter, un passage s’ouvrit devant Shunrai. Au bout de cette brèche se tenait un homme maculé du sang de ses ennemis et du sien. Il avait enseveli d’innombrables adversaires sous sa hache, mais la lame était désormais usée et le caillot de sang collait encore sur le métal.
« Toi… » souffla Ryutanu en fixant l’épéiste de face d’un regard noir.
Shunrai lui répondit par un regard tout aussi perçant. « Je m’appelle Shunrai. Je suis venu dans ces terres chercher les forts. »
Shunrai renforça sa prise sur son yatagan et abaissa son centre de gravité.
« Dis-moi ton nom, car ce sera tes derniers mots. »
Ryutanu reconnut le spadassin aux cheveux noirs qui venait de se présenter ainsi. C’était un guerrier responsable de la mort de nombreux compagnons en fuite.
« Crève ! »
Ryutanu abattit sa hache avec rage, mais Shunrai l’esquiva comme s’il dansait. Puis il fit un pas en avant et, le yatagan reposant sur son épaule — une arme capable de fendre le fer seul, et, avec la maîtrise de Shunrai, quoi que ce soit, acier noir ou diamant — fendit l’air vers Ryutanu.
Malheureusement, la garde de Ryutanu resta intacte après son faux mouvement et il lança immédiatement un poing armé d’une tékou[1] vers Shunrai.
« Ho. »
Ces deux assauts dégageaient une colère brute. La hache de Ryutanu passa à côté, mais le coup de tékou fracassa le sol. Même si l’impact fut léger, cela suffît à faire lever un sourcil à Shunrai.
« Cette colère est authentique, mais… tu n’as pas perdu ton sang-froid, hein. » Shunrai esquissa un sourire admiratif et recula d’un bond.
Sa capacité à creuser un tel fossé avec Ryutanu montrait bien qu’il n’était pas du genre à négliger.
Mais Ryutanu ne pouvait reculer. Derrière lui se tenaient les rescapés du clan des Cerfs. Peu importe la puissance de l’ennemi, il devait continuer à lutter.
Alors qu’il refermait lentement le cercle, il accéléra soudainement et hurla : « Ne méprisez pas le commandant de l’unité d’assaut du clan des Cerfs ! »
Les tintements de l’acier résonnèrent tandis que des étincelles jaillissaient, pareilles au bourdonnement d’une nuit sans lune.
« … Hmm. Comme prévu, cet épéiste n’est pas comme les autres. »
Tandis que les deux guerriers s’affrontaient, l’assassin observa tranquillement leurs échanges pour analyser leurs talents respectifs. Depuis la formation d’une alliance avec le clan du Roi Rouge, la Dague de Webrus avait eu maintes occasions d’observer de près la puissance de ce dernier.
Le clan du Roi Rouge était une vaste organisation rassemblant de multiples factions, mais en dépit de cela, les aventuriers placés sous le contrôle direct de Brandika possédaient une force largement supérieure à celle de leurs pairs. L’assassin avait déjà vu leur puissance à maintes reprises, mais il ne pouvait s’empêcher d’être à chaque fois stupéfait.
Crainte des clans d’assassins ou des puissances intermédiaires, c’était la réaction normale des faibles.
Affronter un ennemi de front entraînerait trop de pertes, mais si l’on utilisait plutôt un assassin pour abattre le pilier central de l’organisation adverse, on pourrait la désactiver efficacement. Telle était exactement la méthode de la Dague de Webrus.
Du point de vue de l’assassin, la faiblesse du clan des Cerfs résidait dans le manque d’effectifs et l’absence d’une figure assez puissante pour les diriger hors des sentiers battus. Leur propre chef, Touri, n’atteignait même pas le niveau d’un humain ordinaire.
Pourtant, l’homme qui se battait sous ses yeux semblait avoir abandonné son Humanité. C’était à la fois admirable et répugnant, mais l’assassin ne laisserait jamais transparaître de telles émotions sur son visage.
Bien que le clan des Cerfs ne compte aucun guerrier d’une force absolue, il avait quand même réussi à remporter plusieurs combats dans l’est. Il le devait à son leadership et à l’application efficace de la maigre puissance dont il disposait.
C’était une organisation fondée sur une confiance aveugle entre ses membres, ce qui rendait les traîtres impossibles à y cultiver. Renseigner sa structure l’était tout autant. Si la Dague de Webrus parvenait seulement à connaître sa situation intérieure, elle trouverait assurément un moyen d’y pénétrer, mais hélas… Prenons un autre exemple extrême : le clan du Roi Rouge, qui réunissait tant de factions sous sa coupe.
Pour cette raison précise, du point de vue de la Dague de Webrus, le clan des Cerfs incarnait leur pire ennemi.
Pourtant, un jour, il se produisit quelque chose. Pour une raison inconnue, l’efficacité dont le clan des Cerfs tirait fierté s’effrita brusquement. La Dague de Webrus ne baissait jamais sa garde autour d’eux ; dès que ce léger déséquilibre apparut, ils s’en aperçurent.
Le clan des Cerfs affronta le clan du Roi Rouge dans cet état et, évident, ils furent vaincus.
« Le clan des Cerfs est fini. »
Tandis que Ryutanu le Bras Fort s’écroulait, l’épéiste Shunrai renversait son yatagan ensanglanté sur son épaule.
En marmonnant pour lui-même, l’assassin entendit soudain des rires entremêlés de cris. Grâce à son ouïe affûtée, il reconnut aussitôt à qui ils appartenaient. À ses hommes.
« Les rescapés ? »
Mais pourquoi maintenant ? demanda-t-il intérieurement. Aucune réponse ne vint, à l’exception du spectacle d’éclaboussures sanglantes dans un coin de leur dispositif pendant que ses camarades fuyaient à toutes jambes.
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« Ahaha ! C’est parfait ! Y a tellement à choisir ! »
Les rires résonnèrent tandis que le sang fusait de toutes parts. Chaque fois que Vine brandissait son épée, des hurlements montaient et des cadavres s’amoncelaient.
« … Chef, ta mauvaise habitude refait surface. »
Le guerrier gnome, Berk, fronça les sourcils, mais il continuait à soutenir Vine de loin, foudroyant les adversaires qui s’aventuraient dans sa zone morte grâce à sa magie.
Les rochers aiguisés étaient difficiles à éviter dans la nuit noire, mais pire encore, si l’on parvenait à les esquiver, seule la lame infernale de Vine attendait les malheureux.
Tout ce que le regard pouvait embrasser, tout ce que la lame pouvait atteindre, tout était happé par les profondeurs de l’abîme sous le joug de la lame corrompue de la chef du clan de la Lune Rouge.
« Crève ! Crève ! Crève ! Ahahaha ! »
« La chef a ouvert une brèche. Allez, foncez ! »
Sur l’ordre de Berk, Pale fonça droit devant.
« Shurei, Rue, couvrez-moi. »
Grâce à ses sens, Pale repéra ses ennemis dans l’obscurité et décocha ses flèches à partir de son petit arc. À chaque volée, des hurlements éclataient. C’était là la compétence de la sylphe qui surpassait même la précision des projectiles rocailleux de Berk.
« Hah ? »
Alors que Vine s’amusait à abattre les uns après les autres, quelque chose l’en empêcha, provoquant un cri d’exaspération. Tandis que des étincelles jaillissaient dans la nuit, il devint clair que celui qui l’avait bloqué n’était autre que l’épéiste de l’Est qui s’était nommé Shunrai.
« On dirait que tu t’amuses. Tu serais pas intéressée par une alliance avec moi ? »
« Ne joue pas les grands à mon sujet ! Je vais te déchiqueter en mille morceaux ! »
Vine secoua sa lame pour chasser les lambeaux de chair et le sang qui s’y accrochaient, rengaina son arme, arbora un sourire féroce et s’élança vers l’épéiste de l’Est.
En réponse, Shunrai inclina légèrement son yatagan sur son épaule et abaissa sa garde, prêt à bouger à n’importe quel instant.
Un instant, le silence régna entre eux.
Seulement pour un instant.
« SEI ! » [1]
« SHAA ! » [1]
Puis, dans l’instant qui suivit, Shunrai et Vine poussèrent un cri en même temps, tandis que des gerbes d’étincelles jaillissaient lorsque leurs lames se croisèrent. Voyant qu’ils ne parvenaient pas à tuer leur adversaire, ils brandirent de nouveau leurs épées.
La lame sombre de Vine frôla le nez de Shunrai, tandis que le yatagan de ce dernier coupait quelques mèches des longs cheveux noirs de Vine.
Plus petite que Shunrai, Vine visa ses pieds, mais celui-ci n’eut nullement l’intention de les protéger. Il fit un pas en avant et prépara un coup descendant visant à abattre Vine.
Vine claqua la langue en sentant la mort arriver, replia son épée et, s’en remettant à son instinct, bondit sur le côté pour éviter la lame qui tombait.
Shunrai riposta en balayant l’air de son épée, dégageant une attaque semblable à un ouragan violent. Si elle l’avait touchée, la tête de Vine aurait explosé telle une grenade, mais en guise de revanche, Vine sauta par-dessus sa tête.
Dans un duel au sabre, on joue sa vie à chaque fraction de seconde. Technique, force, perception, courage, vitesse… Même si l’adversaire vous dépasse sous tous rapports, on ne doit jamais douter de son épée, car l’y manquer reviendrait à accepter sa défaite.
C’est pourquoi ces deux guerriers maintenaient leur esprit ferme, concentrés uniquement sur le combat.
« ! »
Lorsque le cache-nez de Shunrai fut tranché, son sourire féroce qui s’y cachait finit par apparaître au grand jour.
« Pourquoi tu souris, bordel ?! »
Des veines gonflèrent aux tempes de Vine alors qu’elle faisait un pas en avant. Lorsqu’elle dégaine sa lame, elle lança une attaque vers l’épéiste de l’Est. C’était terrifiant de voir son visage gracieux maculé de sang et tordu par une grimace atroce.
Shunrai reçut son assaut de plein fouet avec son propre yatagan et éclata de rire.
« Bien, très bien ! Donne-m’en plus ! Hi hi. »
« Hah?! »
Alors qu’une furie brûlait dans le regard de Vine, elle repoussa le yatagan de toutes ses forces. Dès qu’un espace suffisant se créa, elle balaya sa lame pour viser le cou de Shunrai. Mais lorsque celui-ci recula, son sourire ne disparut pas. Les yeux écarquillés d’excitation, il imita Vine.
Vine claqua la langue en voyant la conduite singulière de Shunrai et rengaina de nouveau son épée courbe.
« Je vais te tuer. », cracha Vine.
« Me tuer ? Répéter ce genre de choses ne te donne qu’une allure faible, fillette. », riposta Shunrai.
Vine avait toujours eu la mèche courte, alors il n’était pas surprenant qu’à ces mots, elle perde instantanément toute retenue. Elle esquisssa un sourire sublime, mais son regard ne riait pas. Il dégageait une intention meurtrière intense tandis qu’elle fixait son adversaire.
« Fonce ! »
À peine ce mot prononcé, Pale dépassa Vine. Celle-ci s’approcha de Shunrai pour l’empêcher de poursuivre Pale, mais ce dernier ne daigna même pas regarder la jeune femme et concentra toute son attention sur Vine.
La décision était si parfaite que Vine ne put s’empêcher de claquer la langue. À l’origine, Vine comptait lui trancher la gorge s’il essayait de courir après Pale ou montrait la moindre hésitation, mais hélas…
Shunrai savait que Pale voulait uniquement rejoindre l’endroit où se trouvait Ryutanu. Mais pour lui, un survivant était plus intéressant qu’un mourant, alors il avait instinctivement ciblé Vine.
Dans la nuit noire, le combat entre ces guerriers déchaînés n’était pas près de finir.
◆◇◆
« Ryutanu ! »
En courant, Pale ne distinguait plus rien. Ni la bataille proche, ni les ennemis, ni ses alliés. Rien. Elle ne pouvait se concentrer que sur son vieil ami, qu’elle serra contre elle malgré son corps ensanglanté. À ses côtés, l’adjointe de Ryutanu, cette petite fille qui s’était cachée dans la remise, semblait prête à fondre en larmes.
Tandis que Ryutanu ouvrait vaguement les paupières et respirait faiblement, Pale retint son souffle.
« … Ce…c’est… vé…ri…ta…ble… ment… cruel… POur…quoi ? »
Les yeux de Ryutanu étaient emplis de larmes lorsqu’il levait le regard vers Pale.
Pensant qu’il l’accusait, Pale ne cessait de s’excuser en le serrant fort.
« Désolée. Si je n’étais pas partie dans la forêt… toi, je… »
Ryutanu secoua la tête. Lui parler demandait déjà un effort immense et ses bras ne répondaient plus correctement, mais malgré tout, il tenta désespérément d’essuyer les larmes des yeux de Pale.
« Pri…cesse… »
« Ça va aller. Tout ira bien… C’est pour ça, Ryutanu ! »
« Sofi… »
Respirer même constituait une torture. La voix de Ryutanu s’était éteinte.
« Oui ! Grand frère ! »
Sophia essuya ses pleurs et saisit les mains de Ryutanu.
« Diss…ous… clan… des… Cerfs… Vi…vez… com…me… vous… voulez… »
« Non, non, grand frère ! Nous… serons… toujours… »
« Pri…cesse… S’il…vous… plaît… occupe…-toi… d’eux… »
Ryutanu ne put achever cette dernière phrase.
« Non, tu plaisantes, hein ? Ryutanu… Ryutanu ! »
Pale sanglotait à gorge déployée tandis que Sophia pleurait en silence. Shurei et Rue les protégeaient, mais cela ne durerait pas éternellement. Rue n’avait pas le pouvoir de ressusciter les morts et Shurei sortait de son domaine de compétence.
Pourtant, ce fut les assassins qui les encerclaient qui furent le plus agacés par ce tournant inattendu.
Alors que l’épéiste du clan du Roi Rouge et la femme aux cheveux noirs s’entre-tuaient, leurs alliés s’étaient fait massacrer par des femmes et des enfants. Cette réalité blessait terriblement la fierté de leur clan, celui-là même qui avait écrasé le clan des Cerfs.
« Jusqu’à quand allez-vous laisser ces femmes et ces enfants vous piétiner !? »
Visiblement enragé, l’assassin ordonna à ses hommes de foncer sur Pale et les rescapés du clan des Cerfs. Shurei se prépara à les défendre, tandis que Berk harcelait la Dague de Webrus depuis la distance.
Se prendre ces projectiles rocheux en pleine forêt commençait à devenir agaçant ; les assassins cliquèrent de la langue et tournèrent leur vengeance vers la source d’où ils provenaient.
Un regard plus attentif aurait révélé que les rochers provenaient du même endroit depuis le début.
Plusieurs d’entre eux avaient été mis hors combat alors qu’ils se rapprochaient, mais Berk estima que Shurei pourrait probablement les gérer tant que les tirs étaient interceptés.
Une fois cette décision prise, Berk décida de montrer le morceau.
« Vous regretterez d’avoir pris la Dague de Webrus pour ennemi », déclara l’assassin, persuadé que Berk se cachait au fond de la forêt.
Mais une voix lui répondit soudain.
« Qui sait ? », dit-elle.
L’assassin se retourna, stupéfait, et quelle ne fut pas sa surprise de voir le guerrier gnome juste derrière lui.
« Comment peux-tu être… Comment es-tu arrivé jusque ici ?! Tu étais là-bas ! »
« Hmm… Tu veux dire ça ? »
Tandis que le projectile rocailleux flottait dans les airs, il décrivit une trajectoire incurvée et rebondit depuis le même endroit d’où il avait été lancé, projetant un autre membre de la Dague de Webrus hors du combat.
« C’est un jeu auquel on s’amuse dans mon village natal. On dirait qu’il a été plutôt utile cette fois. »
« Sale type ! »
L’assassin bondit en arrière dans la panique, mais Berk ne le lui permit pas. Avant qu’il n’ait pu réagir, son corps fut coupé en deux.
« Hmm… Qu’est-ce que je suis censé dire dans un cas pareil encore ? »
Berk se le murmura tranquillement en reprenant son souffle.
« Berk Alsen vient de trancher la tête du général ennemi !! »
Lorsque cette annonce résonna dans toute la forêt, les membres de la Dague de Webrus poussèrent des cris et s’éparpillèrent comme de jeunes araignées effrayées.
[1] Cri de guerre. Ne veut vraiment rien dire.
Les deux lunes jumelles rouges, Ervi et Navi, éclairaient les paupières closes de Pale.
« Ah, ah… »
Ses yeux, fermés par ses acolytes, s’ouvrirent peu à peu tandis que la déesse de la lumière lunaire, Vardina, accordait sa bénédiction à Pale.
Mais, ironiquement, la première chose que ces yeux contemplèrent fut le spectacle sans espoir du corps sans vie d’un compagnon.
« AH, AHH !! Ryutanu ! »
Ce visage familier trempait dans le sang, son corps en était entièrement maculé. Combattait-il depuis si longtemps ? On ne distinguait même plus de qui était ce sang. Le sien ou celui de son adversaire, personne ne le savait, mais une grande partie s’était déjà desséchée.
« Pourquoi… Pourquoi ? »
Pourquoi ce monde cruel était-il si prompt à lui arracher ce qu’elle chérissait ? Pale se l’interrogeait, sans recevoir de réponse.
« Ah, trop tard, hein ? » Une voix familière interpella Pale.
Ce n’était autre que Vine, qui s’affrontait à cet épéiste de l’est il y a peine un instant.
Son attitude franchement détendue poussa Pale à la fusiller du regard.
« Quoi, tu as un problème ? »
Mais Vine se contenta de rire, comme si le regard noir de Pale ne la gênait en rien.
« Malheureusement, me fusiller du regard ne sert à rien. Celui qui l’a tué, c’est la Dague de Webrus, et ton incapacité à arriver à temps relève de ta faute personnelle. En tant que personne qui t’a proposé de l’aide, il n’y a aucune raison que tu m’adreses ce genre de regards. »
Pale ingurgita les émotions qui menaçaient de la submerger.
Elle jugeait n’avoir fait aucun tort et détourna les yeux.
« Humpf. Eh bien si tu as assez de self-control pour ne pas gueuler sur autrui, je suppose que c’est tant mieux. Donc, que fait-on maintenant ? »
« … Maintenant ? »
Autour d’eux serpentait le fleuve de sang et de cadavres laissé par Vine, Berk et les jeunes filles.
« Tu veux te venger, c’est bien ça ? »
« C’est… »
En Pale brûlaient les flammes de la haine. C’était un sentiment qui exigeait qu’elle consume tout autour d’elle ou qu’elle sombre en folie. C’était la première fois qu’elle éprouvait une telle émotion.
« Le véritable ennemi, ce n’est pas la Dague de Webrus. Derrière eux se cache le Roi Rouge. »
Sophia essuya ses yeux puis fusilla Pale et Vine du regard.
« Le Roi Rouge… » murmura Pale, interdite.
« Héh… » Vine hocha la tête.
« Comment t’appelles-tu ? » demanda Pale.
Pale Symphoria scruta l’obscurité qui habitait son cœur, et l’abîme la fixa en retour. Ce qui reflétait dans ces magnifiques bijoux qu’étaient ses yeux, c’était son propre corps en feu sous les flammes noires de la vengeance.
« Sophia », répondit la jeune fille.
« Madame Sophia… J’ai l’intention de tirer ma revanche sur la Dague de Webrus et le Roi Rouge. Souhaitez-vous venir avec moi ? »
Sophia hocha muettement la tête, et les autres rescapés du clan des Cerfs firent de même.
« Madame Vine. »
« Oui ? »
« Shurei, Rue… Il n’y aura plus de chemin du retour après ça. »
« Ça reste préférable que d’abandonner nos camarades ! » répondit Shurei.
Rue hocha la tête.
« À partir de maintenant, vous suivrez mes ordres. Retenez bien ceci : la Dague de Webrus et le Roi Rouge paieront pour leurs crimes ! »
L’ombre de la Déesse de la Vendetta surgit au sein de Pale, et elle en prit conscience.