Le front nord, aussi connu sous le nom de chaîne de montagnes du dieu de la neige, était l'un des champs de bataille les plus féroces du royaume de Germion. Sous un climat rude, fait du blanc désespoir d'un long hiver et d'un été bref, ceux qui le fréquentaient n'étaient pour la plupart que des voyous.
Depuis la fondation du royaume de Germion par un épéiste maléfique, ses frontières n'avaient cessé de s'étendre, et tout récemment, pour être précis il y a cinquante ans, ils avaient enfin commencé à porter leur regard sur les montagnes du dieu de la neige.
Les tribus entourant la chaîne de montagnes connue sous le nom de Yugushiva étaient hostiles au royaume de Germion. Leur peuple excellait à l'épée, et beaucoup d'entre eux en étaient venus à être connus comme des dieux féroces. Le royaume de Germion avait souffert entre leurs mains.
Mais tout changea lorsqu'un héros apparut.
Avec la grande épée qu'il maniait, il appelait la foudre et le tonnerre ; c'était l'aventurier, Gulland Rifenin.
Il arpenta le champ de bataille et revendiqua la tête de quatre chefs. C'était un chevalier saint et un héros.
Il parvint même à unifier les soldats que des commandants au cœur faible ne pouvaient pas, permettant à la guerre contre les Yugushiva de progresser sans encombre.
Cela faisait quatre ans qu'il avait pris ses fonctions.
Après avoir surmonté l'infériorité numérique et repoussé la bataille vers le nord, ils n'étaient enfin plus qu'à un pas de vaincre les Yugushiva.
Ce fut ce même héros qui fut grandement perplexe lorsqu'un messager de la capitale arriva à son bureau.
« À peine le voyage en forêt n'était-il pas suffisant, ils veulent en plus que j'assiste à une fête d'adieu ? Il semble que Sa Majesté ne soit pas très intéressée par la fin de la bataille ici, au nord », dit Gulland avec sarcasme.
Le messager insista. « Cela ne vous plaît peut-être pas, mais vous devez y aller. Ce sont les ordres du roi. »
« Tch ! » Gulland claqua la langue, faisant pâlir le visage du messager qui baissa la tête.
« Bien. Qui va me remplacer pendant mon absence ? » demanda Gulland.
« Personne. Le front nord doit simplement maintenir le statu quo… L'hiver devrait entraver les mouvements de l'ennemi, aussi a-t-on décidé que la brève absence de Lord Gulland ne poserait pas de problème », expliqua le messager.
« Eh bien, Sa Maje esteeeeet bien informé », dit Gulland d'une voix basse en réprimant sa colère.
C'était vrai que la plupart des Yugushiva avaient été tués. Bien qu'ils fussent habiles à la lame, devant le Bleu Foudroyant de Gulland, ils étaient aussi démunis que des agneaux.
Leurs mouvements s'alourdissaient aussi en hiver et ils ne pouvaient tenter aucune attaque à grande échelle.
Gulland pouvait effectivement partir sans problème. Le fait que le roi l'ait perçu l'agaçait au plus haut point.
« Alors, Lord Gulland, je vous ai transmis le message du roi. Si vous voulez bien m'excuser… »
Le messager s'inclina et tourna les talons, laissant Gulland seul à grommeler.
C'était un ordre, donc il devait y aller.
« C'est vraiment emmerdant, mais on dirait que je vais devoir revoir cette sainte », dit Gulland, puis il appela ses subordonnés pour leur donner des ordres.
« Pourquoi tu pars, toi aussi ? » dit Gulland, encore plus agacé, alors qu'une chevalière en armure aux cheveux roux attachés en faisceau apparaissait devant lui.
Dans ses mains se trouvait l'épée qu'elle avait reçue du trésor royal, Vashinant. Cette demoiselle écarlate était fort populaire auprès du peuple.
« Il semble qu'une mission importante me soit confiée », dit-elle.
Bien que chevalier saint, ce n'était que de nom, car elle ne possédait pas encore la force qui allait avec le titre. Elle arpentait les champs de bataille pour apprendre des autres chevaliers saints. Une fois, elle était allée au sud, puis elle était revenue au nord.
« Tch, peu importe. Je vais à la capitale pour rendre mon rapport. C'est tout, mais… Ah, oui. Tu connais cette sainte, non ? » dit Gulland.
« Est-il arrivé quelque chose à Dame Reshia ? » demanda Lili.
Lili s'était déjà habituée à la façon brutale de parler de Gulland. Elle ne se recroquevillait plus quand il parlait, et avait même commencé à lui répondre. Gulland lui-même s'était aussi attaché à Lili et à son épée maudite après leurs nombreuses batailles ensemble.
Bien sûr, il ne le dirait jamais à voix haute, mais il la reconnaissait.
« Apparemment, elle va retourner à la Tour d'Ivoire. Sérieusement, quelle plaie ! Elle gêne ma bataille ! » dit Gulland, agacé.
« Alors, dites-lui quelque chose de ma part », dit Lili calmement.
« Hah ? Et ici je croyais que tu allais pleurer et me supplier de t'emmener. Tu l'prises vachement bien », dit Gulland, surpris.
« J'ai déjà été informée par les lettres de Dame Reshia. En plus, je ne suis plus une gamine qui pleure toutes les larmes de son corps, mais une chevalier qui manie son épée pour le peuple. Je ne pleurerai plus », dit Lili.
« Hmph, bah t'as grandi, toi », dit Gulland.
Je me rendis dans une grotte pas trop loin de la forteresse pour entendre le rapport des koro nains.
« Pourtant qu'il y avait une grotte dans un coin pareil », dis-je.
Faire une carte demandait beaucoup de travail, car cela nécessitait que des gens inspectent chaque recoin d'un endroit avant de pouvoir la tracer.
Ma demande à ces koro nains était de me trouver un gisement de minerai.
« Regardez ceci », dit un koro nain en me tendant une pierre noire.
Il me dit de la regarder, mais elle ne semblait pas différente d'un autre caillou.
« C'est du bon fer noir, le combustible des armes », dit le koro nain.
Donc c'est la matière première qui compose nos armes et armures. C'est une sensation bizarre de voir le matériau brut qui constitue notre équipement.
« Cette grotte est donc un gisement ? » demandai-je.
« Oui, bien que la quantité qu'on peut en extraire reste à voir », répondit le koro nain.
Ces petits gars pourraient être capables de forger des armes et des armures, mais même les armes finissent par se briser.
Ma vieille grande épée en fer, par exemple, était rudement solide, mais à la fin, elle s'est quand même brisée. Une fois les armes cassées, nous devrons compter sur ces gars pour les réparer.
Donc, les armes sont des consommables, et nous devrons assurer un approvisionnement constant pour mener notre guerre.
« Pouvez-vous le découvrir ? » demandai-je.
« Avec du temps », répondit le koro nain.
« Alors, s'il vous plaît… Aussi, si possible, j'aimerais que vous appreniez aux centaures et à nous, gobelins, cette méthode », dis-je.
Les koro nains se regardèrent un instant, puis hochèrent la tête pour montrer leur accord.
Pour que les gobelins, les demi-humains et les koro nains commencent à échanger des technologies, un petit coup de pouce de ma part était nécessaire. Nous, gobelins, n'avons pas grand-chose à offrir, après tout. Celui qui a le plus à apprendre d'un tel arrangement, ce sommes nous, les gobelins.
Une ombre noire passa au-dessus de ma tête. Quand je levai les yeux, je notai qu'il s'agissait ni plus ni moins de la harpie, Yushika, qui était en train d'atterrir au sol.
« Tu n'étais pas à la forteresse, alors je me suis dit que tu serais ici », dit-elle.
Je saluai Yushika tandis qu'elle repliait ses ailes, puis je hochai la tête et exposai ma demande. Cette femme, qui était une marchande jusqu'au bout des ongles, ne serait jamais venue me voir sans arrière-pensée.
« Comme d'habitude, tu sais vite comprendre. En fait, les elfes m'ont confié un message », dit Yushika.
Les demi-humains auraient certainement du mal à refuser une requête des elfes de Forni, leurs bienfaiteurs.
Apparemment, les elfes remettaient sur pied la vieille école elfique.
« Hmm… » Je croisis les bras en plongeant dans mes pensées.
Quand Yushika vit cela, elle crut que j'étais perplexe, alors elle m'expliqua les avantages d'avoir une école. « Votre Majesté n'est peut-être pas familière avec le concept, mais une école est un lieu où l'on apprend. Diverses races y enverraient les plus doués parmi eux pour étudier. Et quand ces gens auront obtenu leur diplôme, ils retourneront dans leurs patries et utiliseront ce qu'ils ont appris pour les améliorer. »
C'était bien ce qu'était une école.
« Les elfes rassemblent actuellement des gens exceptionnels pour en faire les étudiants de leur académie. Il n'y aura pas de discrimination ; demi-humains, gobelins… n'importe qui pourra y entrer », expliqua Yushika.
L'école était en effet un rêve inaccessible pour les gobelins. Même le concept d'économie que nous avions essayé de leur enseigner il y a quelques jours… Il y a bien trop de choses qu'ils ne savent pas.
Pour l'instant, je devrais choisir quels gobelins envoyer. L'éducation est nécessaire pour faire d'excellents bureaucrates. Si, au final, il s'avère que les gobelins sont désespérés pour le travail de gestion, je n'aurai qu'à faire faire par d'autres. Elfes, demi-humains, même humains… Peu importe.
Cela dit, je me demande si savoir trop de choses ne risquerait pas de créer une faille dans mon règne ?
Je ne suis pas parfait, je le sais bien. Je commets des erreurs de temps en temps, et j'échoue parfois… Si les gobelins deviennent plus intelligents, viendra-t-il un jour où les quelques élites se dresseront contre moi pour pointer mes défauts ?
Non, peu importe. Je ne reculerai pas devant cela.
Un roi est celui qui fait face à toute opposition sans peur.
Je suis un roi. Peu importe qui c'est, je les affronterai sans honte.
Un roi est un gardien. Un roi est un guide. Un roi est l'incarnation même de la fierté.
Je dois devenir un roi dont les gobelins pourront être fiers.
« …Très bien, j'accepte la proposition des elfes. Dans les prochains jours, j'enverrai quelques gobelins au village elfe. Qu'en est-il des descendants des cristaux ? » dis-je.
« Nous accepterons aussi. Pouvoir étudier à l'école érigée par nos bienfaiteurs est un honneur. »
Il semble que cette école ait assez de valeur rien que par son nom.
Je hochai la tête en retour tandis que Yushika esquissait un sourire en coin.
« Si je peux me permettre de m'éclipser… » dit Yushika en s'envolant vers le ciel.
Inquiet, je me tournai vers le koro nain. « Choisissez deux éléments exceptionnels parmi les vôtres. Nous les enverrons à l'école elfique. »
Les yeux des koro nains gonflèrent visiblement, puis après s'être regardés l'un l'autre pendant une bonne seconde ou deux, le koro nain à qui je parlais demanda. « C'est vraiment acceptable ? »
« Je peux être le chef des gobelins, la race responsable de la destruction de votre village, mais j'ai l'intention de vous traiter avec impartialité. En plus, retenir des gens juste parce qu'ils sont d'une race différente ne nuira qu'à l'avenir. »
Après avoir demandé aux koro nains de continuer leur recherche de minerais, je fis demi-tour et partis.
Je n'ai pas le luxe d'enterrer des gens exceptionnels dans la boue.
Il y a bien trop à faire. Le problème de la nourriture, le système de gouvernement… Nous n'avons pas le temps.
Tout en gardant l'irritation que je ressentais en laisse, je retournai à la Forteresse de l'Abîme.
Dans la capitale du royaume de Germion, la nouvelle du retour de Reshia à la Tour d'Ivoire avait déjà circulé.
Que ce soient les marchands qui tenaient leurs étals, les ouvriers travaillant dans les rues, les officiers de l'armée, ou les prêtres… tout le monde — hommes, femmes et enfants — parlait du départ de la sainte. Bien sûr, Mill Dora avait aussi entendu la nouvelle.
Les enfants qu'elle soutenait étaient plus de dix. Avant de rencontrer Reshia, quand elle avait fait une courte halte avant de se rendre en forêt, elle avait eu recours au vol, mais après l'avoir rencontrée, elle avait commencé à travailler honnêtement.
Bien sûr, les plus gros profits venaient toujours de son second nom « tueuse de mage ».
Reshia n'avait jamais rien dit sur son travail d'aventurière digne d'un gangster ; elle était comme une héroïne pour les enfants.
Après avoir fini son travail de la journée, elle rentra auprès des enfants, épuisée. Normalement, elle aurait mangé et serait allée se coucher dès son retour, mais les enfants l'entourèrent.
« Reshia part vraiment ? » demandèrent les enfants d'une voix abattue.
C'était limpide ce qu'ils ressentaient.
« Dame Reshia elle-même a déjà décidé, alors on n'y peut rien », dit Mill.
Mais les enfants n'acceptèrent pas cette réponse.
« C'est pas ça, on pensait qu'il y avait un truc qu'on pouvait faire, nous aussi. Mill, t'es une aventurière, toi aussi, non ? On va te donner une quête. » Dit l'un des enfants.
« Oublie. C'est sans espoir. De toute façon, je suis pas si douée que ça en aventurière », dit Mill.
Bien qu'elle dise ça, elle n'était pas non plus si pressée de laisser Reshia partir comme ça.
« …Donc, vous avez quoi en tête ? » Mill se demanda après un soupir.
Quand elle dit ça, les enfants lui tendirent une petite barrette.
« On a préparé un cadeau d'adieu. Donne-le à Reshia, s'il te plaît. »
C'était quelque chose qu'ils avaient acheté en magasin, une barrette faite avec un coquillage brillant. N'importe qui pouvait voir au premier coup d'œil que c'était bon marché.
« Dame Reshia est célèbre, alors elle va probablement recevoir plein de cadeaux », dit Mill en soupirant à nouveau. « Et si vous voulez me donner une quête, vous allez devoir payer. »
Ces enfants nés à l'orphelinat auraient du mal une fois qu'ils sortiraient dans la société. C'était quelque chose que Mill avait appris de première main. Si elle gâtait ces enfants maintenant, ils ne vaudraient plus rien une fois grands. Bien sûr, ils étaient aussi pénibles, donc elle était particulièrement dure aujourd'hui.
« …C'est l'ami important de Mii, mais je te le donne », dit l'enfant, Mii, en lui tendant un ourson sale et tiède.
Le fait qu'elle lui tende ça montrait à quel point cela comptait pour elle. Cela tira si fort sur les cordes du cœur de Mill que ses yeux devinrent humides en regardant Miinaana.
Les autres enfants l'entourèrent et lui donnèrent chacun quelque chose d'important pour eux en la suppliant d'exécuter leur demande.
Mill poussa un profond soupir en ébouriffant vigoureusement la tête d'un petit garçon aux yeux larmoyants, puis elle accepta la barrette.
« …Bon, je vais faire en sorte que ça marche », dit Mill en se levant de sa chaise, promettant aux enfants qu'elle s'en occuperait, puis elle les border confortablement dans leur lit.
Elle n'était pas sûre elle-même que Reshia accepterait vraiment la barrette, mais quoi qu'il arrive, elle devait la rencontrer… pour le bien des enfants.
« Je vais demander de l'aide aux aventuriers », marmonna Mill.
Elle était toujours silencieuse avec les autres aventuriers, donc elle n'était proche de personne. Il y en avait quelques-uns, cependant. Par exemple, Wyatt, avec qui elle était la plus proche, mais malheureusement, il était parti quelque part, donc elle ne pouvait pas compter sur lui.
Reshia elle-même était aussi en résidence surveillée, donc elle devait aller au château.
« Si je me fais prendre, c'est la peine de mort, c'est sûr », dit Mill en claquant la langue.
« Mais je dois répondre à leurs prières », dit-elle.
Comme le vent, Mill courut dans les rues du soir.
Les personnes les plus influentes du pays étaient réunies dans l'immense salle de bal. Puissants marchands, prêtres influents, nobles, bureaucrates, officiers militaires, royauté…
Alignés devant ces hommes se trouvaient certains des mets les plus grands et les plus luxueux. Une seule bouteille des vins servis ici, par exemple, vaudrait un mois de salaire entier pour un pauvre hère.
Même la musique qui jouait en fond était magnifique, la musique des musiciens de la cour semblait faire éclore les fleurs elles-mêmes.
Chacune de ces personnes autorisées à assister à ce festin était capable de représenter sa classe. Elles rivalisaient de splendeur et échangeaient des informations sous le couvert d'un festin joyeux. Pour ces gens, ce festin n'était pas différent d'une opportunité d'espionner leurs rivaux pour en trouver les faiblesses.
En surface, un festin joyeux, mais à l'intérieur, une tumeur purulente.
C'est dans ce genre d'atmosphère qu'un vent souffla.
« Sa Majesté le Roi et Sa Sainteté, la sainte, Dame Reshia Fel Zeal ! » annonça le chambellan.
Des applaudissements accueillirent le roi et la sainte alors qu'ils faisaient leur entrée.
Les sourcils de Reshia se haussèrent légèrement, mais elle resta mostly impassible tandis qu'elle marchait aux côtés du roi vers son siège.
« Ne faites pas attention à moi. Profitez du festin », dit le roi, et la musique recommença.
Les personnes influentes arrivèrent les unes après les autres. Elles saluaient d'abord le roi, puis Reshia.
Il semblait n'y avoir pas de fin aux salutations quand le chambellan parla à nouveau.
« Le Chevalier Saint, Lord Gulland Rifenin ! »
Les gens s'agitèrent.
Le héros, Gulland Rifenin, qui était comparé aux héros d'antan, participait.
La foule le couvrit d'applaudissements et de sourires, bien que ce qu'ils pensaient vraiment restât voilé dans l'ombre.
L'expression de Gulland ne changea pas alors qu'il traversait la foule et s'agenouillait devant le roi.
« Je suis de retour du front nord, Votre Majesté », dit-il.
« Bienvenue. Nourriture et boisson ont été préparées, mangez à votre guise », dit le roi.
« …Merci pour votre grâce, Votre Majesté », dit Gulland.
Gulland fit demi-tour avec grâce en se retirant du roi et s'approcha de Reshia.
« Ça fait un moment, Dame Reshia. Vous avez l'air en forme », dit Gulland.
« Oui, vous aussi, vous avez l'air bien », dit Reshia.
Seuls quelques mots furent échangés avant que les deux ne se séparent, et les gens commencèrent à s'amasser autour de Reshia et Gulland.
Il n'y avait pas de fin aux salutations. Même quand une conversation se terminait et que Reshia essayait de trouver une place pour se reposer, d'autres marchands aux aguets apparaissaient pour engager la conversation. Pour les nobles, ce festin était important, car il était organisé par le roi. Pour les vieux marchands, c'était une occasion pour eux d'étendre leurs racines dans la capitale.
Mais il y avait un marchand qui venait tout juste de déménager des pays voisins. Il continuait à parler à Reshia malgré son visage impassible ou son absence de réponse. Naturellement, n'importe qui aurait froncé les sourcils face à un tel entêtement.
Pour couronner le tout, le marchand évaluait Reshia comme un produit à vendre. Reshia faillit hurler sur l'homme, mais heureusement, Gulland intervint.
« Désolé, mais j'ai des affaires avec la sainte », dit-il en souriant.
Malheureusement, sa bonne action, s'il l'avait voulue comme telle, ne fut pas accueillie par des regards bienveillants. Reshia le regarda comme on regarde un homme qui a une mauvaise haleine.
Pendant ce temps, Gulland le fixait avec des daggers dans les yeux. Il souriait, mais pas ses yeux. La pression émanant de lui était juste comme celle d'une bête puissante, causant au marchand de transpirer à froid de partout.
« O-O-Of coouuurse ! » dit le marchand dans la panique alors qu'il fuyait prestement les lieux.
Gulland tendit la main à Reshia.
« Votre main, milady », dit Gulland.
À cela, tous les regards se portèrent sur eux. Bien que troublée, Reshia n'eut d'autre choix que de prendre la main de Gulland.
« On dirait que vous n'avez pas votre arme avec vous aujourd'hui », dit Reshia, voulant au moins montrer son déplaisir par ses mots, mais Gulland ne fit que rire.
Ignorant la foule qui commençait à s'agiter, le chevalier saint et la sainte sortirent dehors.
Dès qu'ils furent dehors, Reshia rejeta la main de Gulland.
« Qu'est-ce que tu manigances ? » demanda Reshia.
« Tu peux pas pas cracher sur la gentillesse d'un mec ? » pétitionna Gulland, mais les yeux de Reshia ne devinrent que plus froids.
« …Ok, laisse tomber. J'ai un message de Lili », dit Gulland.
« Mademoiselle Lili ? Qu'est-ce qui se passe ? » demanda Reshia.
Voyant une fissure se former sur le visage impassible de Reshia, Gulland ne put s'empêcher de grinner.
Quand Reshia vit ça, elle fronça les sourcils et essaya de ramener le gel sur son visage.
« Bah, ne t'inquiète pas, c'est rien de spécial. Elle veut juste que tu saches que les jours qu'elle a passés en tant que ton chevalier étaient les plus heureux », dit Gulland.
Reshia pensait qu'il dirait quelque chose d'acariâtre, mais contrairement à ses attentes, les mots qu'il prononça venaient vraiment de Lili.
« …Je vois… » dit Reshia, le moral en berne.
Gulland fut déçu de voir qu'elle le croyait. « Et ici je pensais que tu allais me prendre en flagrant délit de mensonge. »
Reshia secoua la tête et sourit tristement. « Je peux au moins voir à travers quelqu'un quand il ment… Eh bien, alors, Lord Chevalier Saint, si vous voulez m'excuser. »
Gulland claqua la langue en regardant Reshia partir.
Il retourna au festin, mais il ne put tout simplement pas en profiter.
« …Hmph, Lord Chevalier Saint, hein. »
Gulland ignora les flatteries des nobles et quitta son siège.
164 jours avant la guerre avec les humains.