À dire vrai, dans cette maudite terre du nord où hurlait le vent et mordait la neige, Maria grelottait déjà sous sa mince chemise de nuit blanche. Sans sa Constitution naturellement élevée de 3,5, qui produisait assez de chaleur interne pour repousser le froid, n'importe qui se serait déjà effondré, inconscient et gelé.
Après avoir été rudement frottée de neige, Maria était complètement trempée.
Sa chemise de nuit, déjà légère, en était devenue presque transparente et se collait à son corps délicat et blanc comme neige. Par chance, le parfum qui s'attachait à sa peau s'en trouvait très atténué, et ce qu'il en restait était couvert par la terre et les feuillages.
La chevalière, consciente de l'offense, s'inclina encore une fois avant de disparaître dans la nuit, sa lame à la main.
Maria grimaça en s'asseyant parmi les arbres. Les cris des bêtes sauvages et le hurlement du vent l'entouraient. Sa tâche, désormais, était simple : se cacher.
Aussi puissante qu'elle pût devenir un jour, aussi légendaire que fût son statut de boss caché de la 3.0, elle n'était pour l'heure qu'une petite fille, [Affaiblie] et vulnérable. Même avec un couteau, elle aurait eu de la chance de ne pas se blesser elle-même.
Pouvait-elle survivre à cela ?
À cette fuite sans fin, sans terme visible ?
Le souffle court, le pas mal assuré, Maria trottina vers le point de rendez-vous convenu. Le vent cruel effaçait ses petites empreintes presque aussitôt qu'elle les laissait.
Chez la chevalière, la fierté distante des jours ordinaires avait cédé la place à une rage silencieuse. Maria ne lui avait pas reproché sa grossièreté de tout à l'heure, mais pour une chevalière de Cainehurst, son geste restait impardonnable.
Et ceux qui l'avaient contrainte à pareille indignité ?
Ils seraient tous envoyés en enfer.
Par l'honneur des [Chevaliers de la Chasse Sauvage], gardiens de la dame et bouclier de Cainehurst, Selena en faisait le serment.
« Tu as fini de courir ! »
Deux mercenaires des [Chouettes de Nuit] avaient enfin rattrapé la chevalière. Ils la poursuivaient depuis ce qui leur semblait une éternité. Leur cœur débordait de cruauté et d'avidité. Les nobles de Cainehurst étaient tombés ; celle-ci n'était sûrement qu'un reste à ramasser.
Mais le pas de Selena restait calme. Sa lame courbe, noire et rouge, luisait faiblement dans l'obscurité. Elle dégageait une aura meurtrière plus froide encore que le givre. En cet instant glacé, la forêt elle-même se tut.
Sa voix froide s'éleva :
« Hyènes, taisez-vous quand je tue. Ne dérangez pas dame Maria. »
L'instant d'après, son ombre se disloqua, et Selena, tel un fantôme de la Chasse Sauvage, fila entre les arbres, la lame éclatant dans le noir. Les mercenaires tombèrent sans un bruit.
[Compétence : Fantôme de la Chasse Sauvage] : frappe avec la fureur implacable de la Chasse. Face à des ennemis de classe inférieure, inflige des effets de Domination : peur, panique, intimidation. Les cibles à haute Volonté peuvent y résister partiellement, sans jamais annuler les bonus accordés à la chevalière.
La [Chasse Sauvage] : un phénomène rare et terrifiant de [Fracturé].
Un cortège de cavaliers spectraux en armures rouillées, l'épée crépitant d'éclairs, montés sur des destriers squelettiques. Ils zèbrent le ciel nocturne. Ceux qui se contentaient de les voir étaient paralysés de terreur ; ceux qui se trouvaient sur leur route disparaissaient sans laisser de trace.
Un symbole de perdition, de mort et de guerre.
Et la chevalière qui en portait le nom était l'une des forces les plus redoutables de Cainehurst.
Maria, cachée au plus profond de la forêt, sentit elle aussi cette présence glaçante. Comme une ombre étouffante cherchant à entraîner toute vie dans le royaume des morts.
« Rang Argent... Chevalière de la Chasse Sauvage. »
En joueuse chevronnée de [Fracturé], Maria la reconnut sans peine. La [Chevalière de la Chasse Sauvage], classe avancée issue de l'évolution du [Chevalier de Sang], n'était devenue jouable qu'après l'extension 3.0. C'était le choix privilégié des guildes et des factions militaires du nord, en raison de sa grande capacité de survie en milieu hostile.
« Mais ils n'étaient pas censés exister avant la 3.0... »
Son cœur se serra. La faction cachée de Cainehurst avait donc existé depuis le début, exactement comme l'avaient supposé les théoriciens du forum.
Et la mystérieuse Maria de la [Tour de l'Horloge Astrale]... appartenait à cette lignée.
'C'est une mine d'or.'
Maria soupira. Dommage que l'histoire officielle laisse cette période de son passé en blanc. De son enfance à son apparition à la Tour, il n'y avait qu'un vide. Autrement dit, à partir de maintenant, chacun de ses actes comptait. Une seule erreur pouvait tout gâcher.
Sur la ligne du temps, la bêta fermée du jeu s'ouvrait avec la version 1.0, [Cendres de la Flamme] : le crépuscule du panthéon du Dieu Soleil et l'extinction du Premier Feu.
Tant que cette intrigue n'aurait pas commencé, elle ne pourrait pas agir comme un PNJ actif.
Mais une fois qu'elle serait lancée ? Elle serait en âge.
Elle pourrait entrer pour de bon dans le monde.
Que ce fût pour éviter d'être abattue comme le boss de la 3.0, ou pour empêcher [Fracturé] d'être détruit par les armées du chaos de la 8.0, Maria façonnerait l'avenir.
Elle courait à travers bois, le souffle haché, le front moite. Elle ignorait comment tournait le combat derrière elle. Tout ce qu'elle pouvait faire, c'était espérer que la chevalière reviendrait avec de bonnes nouvelles à l'aube.
Quand elle atteignit enfin le lieu du rendez-vous, elle s'effondra dans la neige, haletante.
Nerveuse, anxieuse, elle scruta les ombres.
La lumière commença à monter à l'est.
Enfin, quelqu'un sortit de l'obscurité.
Ses yeux cramoisis se plissèrent.
Une armure des [Chouettes de Nuit].