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Fluffy Paradise

Chapitre 8 : Je me suis fait convoquer

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Chapitre 8

Chapitre 8 : Je me suis fait convoquer

Chapitre 8/8100%~15 min de lecture2 847 mots

Quelques jours après l'affaire du dragon de feu, j'ai bel et bien reçu du palais une convocation du genre « amène-toi un peu par ici ».

Comme il devait y avoir plein de gens importants, on m'a pomponnée à outrance.

Une robe en mousseline bleu clair, très fraîche. Aux pieds, des chaussons blancs. Sur la tête, un grand ruban blanc et un ornement fait de petites fleurs bleues ravissantes.

On avait aussi prévu un ruban blanc assorti pour le lapin, alors on le lui a noué autour du cou.

La robe est adorable et je suis contente de la porter, mais avec ma tête toute banale, le résultat est mitigé, honnêtement.

Ma famille m'a couverte d'éloges, mais leur partialité est telle que ça ne compte pas.

Cette fois, ce n'est pas notre voiture : c'est le palais qui envoie quelqu'un nous chercher.

Traitement VIP ! Enfin, pas exactement…

Comment dire : transfert sous escorte ? Avec quatre chevaliers pour la protection, la solennité est franchement pesante.

C'est à cause de la remarque de Papan sur le fait de « supprimer » les gens ?

Un peu effrayée à l'idée de monter dans la voiture du palais, j'ai serré le lapin contre moi.

Le porter sur le dos ne va pas avec une robe, alors pour l'instant je le tiens dans mes bras.

Maman, qui a tout de suite perçu l'inquiétude de sa fille, m'a prise dans ses bras pour me faire monter.

Jusqu'au palais, je reste collée à Maman.

La voiture a franchi le portail principal et s'est dirigée vers la plus grande entrée, celle des cérémonies officielles.

La voie qui part du portail est assez large pour que trois voitures y roulent de front.

Bon, cette largeur doit aussi servir aux parades et à des usages militaires.

Devant l'entrée se dresse une fontaine emblématique, au centre de laquelle se tient une statue de déesse d'environ deux mètres.

Cette déesse est la fille du dieu qui a créé ce monde et on l'appelle Crésiol. Comme c'est elle qui soutient le monde, la tradition veut qu'elle tienne « ce monde » dans sa main droite et « le monde des morts » dans sa main gauche.

Selon le mythe, Crésiol est la déesse de la miséricorde et de la régénération : elle accorde aux vivants le pouvoir de guérir et régénère l'âme des morts. Les âmes qu'elle a régénérées sont envoyées auprès du dieu créateur, qui leur donne une nouvelle vie dans « ce monde ».

Ce qu'on devient dépendrait de la conduite qu'on a eue de son vivant.

Cela dit, si le dieu créateur est bien ce dieu-là, j'ai l'impression qu'il tranche moins sur la conduite que sur ce qui l'amuse.

Sa fille Crésiol doit en voir de toutes les couleurs…

Aïe, mes pensées sont en train de fuir la réalité.

La voiture a contourné la fontaine par la droite et s'est arrêtée sous le porche de l'entrée, une sorte de rond-point.

Deux chevaliers chargés de nous guider sont venus nous accueillir.

Décidément, Papan doit être sous surveillance.

En attendant, j'ai remercié les chevaliers qui nous ont escortées et je leur ai fait « au revooir » de la main.

Même ces visages patibulaires n'ont rien pu contre l'innocence enfantine : ils m'ont rendu mon geste en souriant.

Les couloirs que nos guides ont choisis n'étaient que dorures et scintillements.

On voit au premier coup d'œil que les colonnes ont été travaillées par des artisans qu'on doit qualifier de maîtres ou de génies. Parce que la ciselure est absolument extraordinaire ! Au point qu'on se demande si elle ne casserait pas rien qu'en la touchant.

Les servantes qui nettoient tout ça ne sont pas des amatrices non plus !

Le jardin que j'ai aperçu au passage ressemble à un jardin anglais, avec un labyrinthe de haies et un charmant pavillon.

En ce moment, le vert tendre repose les yeux, et les fleurs sont surtout dans des tons pâles, blancs et roses.

J'aimerais bien prendre le thé dans un endroit pareil, par beau temps. Avec des petits gâteaux, et en invitant les boules de poils. Je pourrais demander ça à Vi, un de ces jours ?

… Sauf que le prix à payer me fait un peu peur.

Tandis que je profitais de ce palais-labyrinthe, une porte absolument gigantesque est apparue.

Beaucoup trop grande. C'est ça, l'esthétique inutile ?

Elle fait plus de deux fois la taille de Papan, donc dans les quatre mètres ?

Au passage, Papan mesure environ un mètre quatre-vingt-cinq. Si je reste vague, c'est que les unités n'ont rien à voir. Les unités de longueur sont le gel, le mino, le kai puis le sas, chacune valant cent fois la précédente. Dans ces unités, Papan mesure soixante-treize gels. Converti, un gel fait environ deux centimètres et demi.

Je ne sais pas si c'est exact, mais je n'ai pas de mètre pour vérifier.

Ah, me voilà encore en train de penser à autre chose pour fuir la réalité.

Mais aussi, cette énorme porte est d'un clinquant ! Et il y a des gardes de chaque côté. Leur uniforme diffère de celui des chevaliers : ce doit être la garde royale ?

Il y en avait déjà quand j'ai vu le roi, maintenant que j'y pense.

Avec tous ces indices réunis, derrière cette porte il ne peut y avoir qu'une « salle d'audience » !

Les ministres et les dignitaires alignés, un tapis rouge au centre, qui mène à un escalier, et en haut le roi et la reine.

Ouille… j'ai envie de fuir de toutes mes forces.

Pendant que j'imaginais tout ça, Papan présentait la convocation à l'un des gardes.

Après vérification, il a fallu deux gardes pour ouvrir la porte.

Ouh là. Elle est bien lourde, cette porte.

Maman m'a prise par la main et nous sommes entrées.

J'étais en pleine panique intérieure — c'est bien la salle d'audience ! — quand une grande voix a retenti derrière nous.

« Le chancelier, monsieur le duc Dêlrant d'Osfe ! La directrice du bureau d'ingénierie magique de l'Institut royal de recherche magique, madame la duchesse Seluria d'Osfe ! Ainsi que leur fille, dame Neferutima ! »

Eh bien, quel ténor remarquablement timbré.

Attendez, Papan était chancelier ?

C'est pas possible !

Et Maman. C'est quoi, l'ingénierie magique ? Et directrice, c'est important comment ?

J'avais entendu dire qu'ils étaient tous les deux des gens importants, mais je l'apprends pour de bon la troisième année de ma réincarnation.

Bon, la capacité de mon cerveau est dépassée…

Une fois nos noms annoncés, nous avons avancé jusqu'au bas de l'escalier et fait la révérence des vassaux.

Moi aussi, comme Maman : la fameuse demi-flexion qui fait trembler les jambes.

Le lapin est coincé sous mon bras. Ça fait un peu bête, non ?

« Pardonne-moi de t'avoir fait venir, duc d'Osfe. Mets-toi à l'aise. »

Parfait, le roi nous a autorisés à nous redresser tout de suite.

Je relève la tête et j'observe les alentours.

C'est exactement comme je l'imaginais.

En haut de l'escalier, le roi, la reine et Vi.

Juste en bas des marches, les ministres, mais eux je les connais, ça va. Plus bas, les nobles titulaires de charges, alignés avec les gardes royaux, et le long du mur il y a aussi des suivantes.

« Quand Sa Majesté appelle, j'accours avec joie. »

« Il s'agit de l'affaire du dragon de feu survenue l'autre jour à l'Académie. On me dit que Neferutima a conclu un contrat avec le dragon de feu : est-ce exact ? »

Les mots du roi ont déclenché un murmure général.

On savait qu'un dragon de feu était apparu, mais l'histoire du contrat n'avait pas dû circuler.

« Il ne s'agit pas d'un contrat en bonne et due forme. »

Papa a quand même nuancé les propos du roi.

« Mais elle peut user de la puissance du dragon de feu, n'est-ce pas ? »

« Il est vrai que, si ma fille le souhaitait, le dragon de feu emploierait sa puissance. Cependant, ma fille n'a pas reçu la grâce de la bête sacrée. »

Tiens ? Je découvre : c'est quoi, cette « grâce de la bête sacrée » ?

Vu le fil de la conversation, un bonus de capacité classique des histoires de triche ?

« Il n'y a donc aucun risque que cette puissance se retourne contre notre royaume ? »

« Non. Je le jure sur le nom de Dêlrant d'Osfe. »

Dans ce monde, « jurer sur son nom » est la parole la plus lourde qui soit.

La puissance du dieu créateur réside dans le nom véritable, et se parjurer, c'est mourir. Dans ce cas, l'âme ne peut pas gagner « le monde des morts » : elle s'anéantit, dit-on. De plus, on ne peut jamais donner un faux nom quand on jure ainsi. Si l'on essaie, la voix ne sort plus, paraît-il. Je n'ai jamais essayé, donc je ne peux pas vérifier.

Et il est également impossible d'utiliser le nom d'autrui. Le principe m'échappe complètement !

Si c'est un système que le dieu a intégré à l'ordre du monde, en comprendre le principe ne changerait sans doute rien.

« Entendu. Je te crois. Alors, a-t-on déterminé la cause de l'incident ? »

À la question du roi, un vieil homme s'est avancé.

Robe à capuche et bâton : l'allure du mage par excellence.

« Sur ce point, permettez-moi de vous exposer les choses. »

« Je t'en prie, Sazâl. »

Je l'ai appris après coup : ce vieux Sazâl est le directeur de l'Institut royal de recherche magique, le mage le plus puissant et le plus haut placé du royaume de Gashe.

« D'abord, le cercle magique d'invocation ne comportait aucune erreur. Le dispositif de sécurité prévu en cas d'incantation fautive fonctionnait également très bien. À l'essai, une incantation exacte a invoqué une bête magique, et une incantation erronée n'a rien déclenché. »

« Le mage n'est donc pas en faute ? »

« C'est exact. »

« Mais comment expliquez-vous alors qu'un dragon de feu ait été invoqué ? »

« Une puissance qui dépasse l'humain… peut-être même la volonté d'un dieu. »

« … Un dieu ? »

Ah, oui. Celui-là en serait bien capable !

Sans doute pour me forcer à fréquenter les gens.

J'aimerais dire que je n'avais rien demandé, mais rencontrer Sol m'a vraiment fait plaisir.

« … Et vous, grand prêtre, qu'en pensez-vous ? »

Le grand prêtre était tout le contraire du vieux Sazâl.

Habit sacerdotal blanc, veste à col montant, longue étoffe argentée nouée à la taille en guise de ceinture, fentes profondes sur les côtés. Une broderie complexe de fil bleu, qui pour moi ne ressemble qu'à un motif géométrique de mauvais goût. On voit peu le pantalon, je sais juste qu'il est blanc. Ce qui s'en rapproche le plus, ce serait le changpao chinois.

Quant au grand prêtre lui-même, disons-le : il est gros !

Vous voyez le prêtre corrompu qu'on trouve dans les mangas ?

Celui qui s'engraisse sur les offrandes, mange à s'en faire péter la panse et devient énorme. Exactement ça !

« Pour ma part, j'y vois la conduite du dieu créateur. Si les bêtes sacrées se rassemblent dans ce royaume, c'est que le dieu place ses espérances en Votre Majesté. Qu'elle guide ce monde vers une terre de paix gouvernée par les hommes. »

Ah-ha. Voilà donc une partie de l'origine de cette histoire.

Encore un schéma tout tracé.

Se donner pour le porte-parole du dieu, conditionner le peuple et aller jusqu'à se mêler de politique : ce schéma-là.

Dans ce monde, la seule religion est la Sainte Église de la Création, qui vénère le dieu créateur et la déesse Crésiol.

Le culte des esprits des elfes et des hommes-bêtes doit être autre chose qu'une religion.

D'où le fait que la religion ait acquis une puissance égale à celle des royaumes.

Dans une montagne à la frontière entre le royaume de Gashe et le pays voisin de Milma se trouve le siège de la Sainte Église de la Création, et l'unique temple. Ce siège est un véritable petit État religieux. Pour prendre une comparaison de l'autre monde, quelque chose comme le Vatican.

Autrement dit, cette Sainte Église de la Création serait le foyer d'où l'on inculque aux familles royales et aux peuples de chaque pays l'idée que « le monde doit être administré par les humains », et d'où l'on organise la persécution des autres espèces.

Mais trancher sur la foi d'une partie seulement, ce n'est pas très sain, non ?

Je n'ai encore rencontré aucune autre espèce, et je ne connais pas l'ordre de ce monde.

Avoir recommencé bébé signifie que j'ai du temps devant moi jusqu'à ma mort : voyons cela tranquillement.

L'espérance de vie humaine ici serait un peu plus longue que là-bas.

Et de toute façon, mon objectif principal reste de me faire câliner par des boules de poils. La demande du dieu passe après.

« Néma, tu t'ennuies ? »

Une voix m'a interpellée, et j'ai sursauté.

En relevant brusquement la tête, j'ai croisé le regard de Vi, qui avait l'air de bien s'amuser.

Heu… pourquoi est-ce qu'il s'amuse autant ?

Aïe ! Ne me dites pas que, pendant que je réfléchissais, tout se lisait sur mon visage ? Que j'ai fait cent grimaces toute seule ?

Et qu'il m'a observée en se régalant ?!

La honte… C'est quoi ce supplice.

Morte de honte, j'enfouis mon visage dans le lapin.

Même ma gêne, Vi doit être en train d'en profiter.

Prendre plaisir à voir une gamine de trois ans se tortiller de honte : ce n'est pas un prince sadique, c'est un prince pervers !

Au-dessus de ma tête, un rire étouffé m'est parvenu : il se retenait.

Papan ! Maman ! Au secours !

Votre fille est le jouet d'un pervers !

« Si tu t'ennuies, tu veux aller jouer avec Râsu dans un coin ? »

Quoi ! C'est permis ?!

Non, attends. C'est le roi qui m'a convoquée.

M'éloigner sans son autorisation, ça ne se fait pas.

« Chire, ch'est powmis ? »

J'ai sorti l'arme de l'enfance, à fond.

Le lapin serré contre moi, le regard larmoyant, la supplique en bonne et due forme.

Avec Papan, c'est un succès garanti…

« Ces conversations étaient bien difficiles pour Neferutima. Pardonne-moi de ne pas m'en être aperçu. »

Oh ! Ça marche aussi sur le roi !

Décidément, mieux vaut se montrer aimable avec le détenteur du pouvoir suprême.

« Ch'est pas gwave, pace que je chuis contente de voiw le woi et la weine. »

L'amabilité ne coûte rien, et c'est ce qu'on appelle savoir vivre en société. Il faut tout de même paraître enfantine, d'où le choix des mots.

Ce n'est pas du dépit, d'accord !

D'ailleurs le roi comme la reine m'ont souri d'un air ravi, donc tout va bien.

« Râsu. »

À l'appel de Vi, Râsu apparaît sans hâte depuis la droite : il se tenait donc à côté.

Vi lui glisse quelque chose à voix basse, puis donne aussi des instructions à une suivante.

Râsu lui répond d'un hochement de tête magnanime.

Ce geste, mais quelle merveille !

Pendant que je me pâmais intérieurement, Râsu a sauté du haut de l'escalier, sans le moindre élan.

Comme un chat, ou plutôt : c'était un chat.

Sans bruit, sans impact, il s'est posé en silence. Le mouvement des muscles de son dos. C'est un chat, c'est certain.

Râsu est venu jusqu'à moi, m'a reniflée, puis, en me dépassant, a lâché un « Gaou ».

J'ai compris qu'il me disait de le suivre et j'ai voulu faire un pas, tout excitée.

Une seconde !

Ouf, ouf. J'ai failli désobéir à Papan et Maman.

Râsu ne serait pas en train d'utiliser le charme ? Quel enfant terrible !

Comme on m'a interdit de jouer avec une bête sacrée en public, j'adresse un regard interrogateur à mes parents.

Papan a eu un rire gêné pour je ne sais quelle raison, et Maman m'a souri comme pour dire « très bien observé ».

« Nous avons encore à parler avec Sa Majesté. Néma, tu ne t'agites pas trop et tu restes sage, n'est-ce pas ? »

Ha ha. Me voilà prévenue.

Comme j'ai déjà pas mal de bêtises à mon actif, je réponds d'un « Voui ! » bien énergique.

Je me retourne, l'esprit enfin libre pour jouer avec Râsu, et…

La queue qui remue, qui remue.

*Hop—*

Je l'ai attrapée d'un mouvement quasi réflexe.

Mince !

Les chats détestent qu'on leur touche la queue.

Dans ma vie précédente, je faisais pareil au chat de la maison et ça finissait toujours en effusion de sang. Je n'ai décidément rien appris.

Je guette craintivement la réaction de Râsu : il n'a pas l'air d'y prêter attention. Il serait même plutôt de bonne humeur.

Il s'est remis en marche en me laissant sa queue dans la main.

Ah, je vois.

Je me suis fait appâter par la queue. Il l'a fait exprès, ce coquin !

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