« … I-impossible… »
Du clocher du Grand Château sacré, le roi saint Nefîro IV avait tout vu.
Les armes Arc-Divin s'activant, puis balayées : toute la séquence.
Quelque chose de lancé avait dispersé le souffle doré et crevé jusqu'aux nuages.
D'un ciel dégagé comme par plaisanterie tombait une lumière d'une clarté haïssable.
Cette lumière semblait lui répéter que ce qui venait d'arriver n'était pas un mensonge…
Quelques secondes, ou quelques minutes ?
Le roi saint ne put que rester planté là, hébété.
« A… ah… impossible ! Impossible… impossible, impossible… ! »
Comme pour fuir un spectacle qu'il refusait d'admettre, il dévala l'escalier en colimaçon.
« … C'est ça, la puissance d'un héros ? Ne dites pas de sottises… ! »
L'assurance du roi saint n'a jamais été sans fondement.
Il a étudié la théologie plus que quiconque.
Il peut réciter par cœur n'importe quel document, il a lu jusqu'au dernier tous les livres interdits. Les arts divins tabous ensevelis dans les ténèbres, l'histoire des invasions légitimées par le revers des mythes : tout est dans sa tête.
C'est précisément pour cela qu'il sait.
… Que les héros ne sont pas si puissants.
Un héros a beau être fort, il ne reste qu'un individu qui peine déjà contre un monstre un peu coriace.
Il ne peut pas l'emporter sur une arme Arc-Divin. C'est absurde.
Une chose pareille, c'est ni plus ni moins…
« … l'œuvre de Dieu, non ? »
Serait-ce donc là la volonté divine… ?
Impossible. C'est lui que Dieu aime.
Cheveux blancs en bataille, le roi saint se dirigea vers son bureau.
Son allure devait être assez insolite pour attirer les regards des prêtres, mais il n'était plus temps de se soucier du qu'en-dira-t-on.
D'un instant à l'autre, ce faux héros insensé allait arriver.
… S'il ne fuyait pas vite, il serait tué.
« Où allez-vous, Votre Majesté ? »
Un prêtre s'approcha, l'air inquiet.
Celui-là même qui était venu faire son rapport.
Vêtu de l'habit des hauts prêtres, il devait faire partie des esprits que le roi saint avait soumis.
« Dans mon bureau ! … Hn… ?! »
Un vertige le prit soudain et il vacilla.
Le stress d'avoir vu un spectacle aussi inattendu, sans doute.
« Tout va bien ? »
Il se retrouva soutenu par le prêtre.
« … Tout va bien. Ce n'est rien. »
Le roi saint se redressa en titubant et voulut repartir.
« Le bureau est par ici, Votre Majesté. »
lui dit le prêtre.
« Tss ! »
Se tromper de chemin à l'intérieur du Grand Château sacré.
Il était apparemment plus bouleversé qu'il ne le croyait.
Sa hâte lui faisait sans doute trouver le trajet jusqu'au bureau anormalement long.
Une fois enfin de retour dans son bureau, il renversa aussitôt étagères et tiroirs et entassa dans un sac les objets de valeur et les documents secrets.
« Que faites-vous ? »
« Je fais mes bagages ! »
« Pourquoi vos bagages ? »
« Vous ne comprenez donc pas cela ! »
Cela l'agaçait. Il n'avait déjà pas de temps à perdre.
Effet secondaire d'avoir gavé ses prêtres de rumeurs à outrance : ils lui obéissent absolument, mais en contrepartie ils ont perdu toute capacité de réflexion.
« Je fuis ! J'abandonne cette cité sainte ! Si je reste, je n'en sortirai pas indemne ! Dans ces conditions, il faut au moins que moi je sois sauvé ! »
« Mais si Votre Majesté… si celui qui est au sommet et qui commande s'enfuit, qu'adviendra-t-il du peuple ? »
« Qu'importe ! Ce bétail ! Qu'il me fasse gagner du temps pour fuir, cela suffira ! »
Et en criant cela, le roi saint eut une révélation.
« Mais oui… ! Vous, il reste bien des débris d'armes Arc-Divin dans les sous-sols du Grand Château sacré ?! »
« Les armes Arc-Divin, ces armes de destruction massive fabriquées en aspirant la magie des citoyens ? »
« Oui, celles-là ! »
Sa façon de parler l'intriguait, mais passons.
De toute manière, personne d'autre n'écoute.
« Quand les faux héros entreront dans la cité sainte… activez-les toutes ! On ne peut sans doute plus les faire voler, mais elles produiront une explosion capable de raser la ville. Et s'il reste des armes Arc-Divin dans les autres forteresses, ordonnez qu'on les tire sur la cité sainte ! »
Par surprise, cela devrait fonctionner même sur ce faux héros insensé.
Et si les faux héros y laissent la vie, il n'aura qu'à tout leur mettre sur le dos et revenir.
« Et là, je recommencerai tout… »
… Tout va bien. Tout va bien. Tout va bien.
Il ne lui reste plus longtemps à vivre, mais avec les armes Arc-Divin, il pourra vite recommencer.
« Mais en faisant cela, il y aurait de nombreuses victimes parmi le peuple… »
« Des victimes… ? Du bétail ne devient pas des “victimes” ! Ces gens sont nés pour m'obéir ! Si je l'ordonne, ils descendront en enfer avec joie, comme d'habitude ! C'est là le sens de leur vie ! »
À l'instant même où le roi saint lançait ce hurlement…
« — Je vois, je vois ♪ Voilà pour la si précieuse interview de Sa Majesté le roi saint ♪ »
Le prêtre s'était soudain tourné vers le mur et parlait d'une voix comique.
L'écart avec son sérieux de tout à l'heure était tel qu'avant même de s'indigner de cette insolence… il resta interdit.
« Que… faites-vous ? »
« Il semblerait que ce soit ainsi… alors, chers spectateurs, qu'en avez-vous pensé ? »
« Hé, qu'est-ce que vous fabriquez, misérable ?! »
Il crut à un accès de folie… non.
Il eut, allez savoir pourquoi, un pressentiment épouvantable.
« Kihyahya ♪ Toutes mes excuses ♪ »
Le prêtre tournoya sur lui-même et prit la pose.
« — It's ☆ Showtime ♪ »
Et sur cette réplique fétiche.
Quelque chose se décolla par lambeaux du paysage que voyait le roi saint.
C'étaient… des papillons irisés.
Les papillons fondus dans le décor s'envolèrent tous ensemble.
Et derrière eux se trouvait…
« … Qu… »
… le peuple.
Le roi saint se tenait, il s'en aperçut alors, non pas dans son bureau, mais sur l'estrade d'où il haranguait la foule.
Devant lui, la place assez vaste pour contenir tous les habitants de la cité sainte.
Et le peuple s'y pressait à en remplir chaque interstice.
Il y avait même, allez savoir pourquoi, les soldats qui devaient être au front.
Et tous ces gens… couvraient le roi saint de huées.