JamieWasTaken3 : NOOOOOOOOOOOOOO
Je me figeai, les jointures blanches sur la poignée de la porte, les yeux rivés sur la porte rouge devant moi.
J'avais failli rater la rupture de limite là, tout de suite, si toutes les voix dans ma tête ne m'avaient pas arrêtée.
Même maintenant, c'était si, si, si tentant d'ouvrir la porte et d'en finir.
Si je partais maintenant, tout ce cauchemar n'aurait servi à rien et ça…
Merde alors. Je ne serais pas cette streameuse de merde qui avait bu l'acide gastrique d'un mille-pattes géant pour rien !
Alors je serrai les dents, arrachai ma main de cette porte, la pointai du doigt et, d'une voix rauque, hurlai : « Merde, porte ! Personne ne t'aime de toute façon ! »
Et j'eus une quinte de toux parce que ma gorge me faisait encore mal.
En réponse à mes insultes, mon environnement changea légèrement et de l'acide se mit à suinter des murs, remplissant lentement la pièce.
Je le fixai avec un rictus.
« Et merde à toi aussi, toi, morceau de merde moche ! » Tousse « J'ai vu des tas de compost pourris plus beaux que toi ! »
Une autre quinte de toux.
JamieWasTaken3 : OUAIS TU LUI DIS
Jeofffff : whoa whoa whoa
KaiEbikoOfficial : nana ;_;
KaiEbikoOfficial : je veux pas que tu craques
Je pris une grande respiration, encore tremblante.
« Ça va. Je suis faite pour craquer. Ça va ! » marmonnai-je, veillant à ne pas trop forcer sur ma gorge cette fois.
Sur ce, je fis demi-tour et m'enfonçai plus profond dans l'estomac de la chose, toujours careful à tenir l'acide à distance grâce à mon hydrokinésie.
Ma tête cognait toujours, mon corps était faible, et j'avais probablement l'air d'un désastre complet, mais je continuai.
J'envoyai John en éclaireur devant pour repérer d'autres dangers et sortis machinalement ma fiole pour en boire une gorgée.
Les effets furent instantanés. Ma gorge picota sous le liquide chargé d'éther et la douleur s'estompa lentement.
Dommage que je n'aie pas le temps d'utiliser l'oreiller en sécurité. Je pouvais me soigner physiquement et restaurer mon Éther avec la fiole, mais ça n'aidait pas pour les maux de tête… Bon, il faudrait que je gère le mal de tête.
Il ne fallut pas longtemps pour que je repère le faux Excalibur vert au loin. Il était déjà à moitié submergé dans l'acide et de minuscules bestioles rampaient partout dessus… en fait, ces bestioles étaient dans l'acide aussi.
Je jetai un œil sur le côté, à l'acide que je tenais à distance et… oui. Il y avait de minuscules bestioles qui flottaient à l'intérieur, bougeant, clairement vivantes et en forme.
Laisse tomber. J'aurais dû arrêter de questionner comment tout ça marchait. C'était probablement tout conçu pour me déstabiliser et me foutre la trouille de la manière la plus optimale possible.
Quoi qu'il en soit, je m'approchai lentement de l'épée-clé verte pendant que le niveau d'acide continuait de monter et qu'il devenait plus chiant de tout tenir à l'écart.
J'espérais vraiment que choper cette épée m'aiderait à sortir d'ici, parce que sinon, il allait falloir que je nage dans l'acide.
Finalement, j'atteignis l'épée et repoussai l'acide loin d'elle. Malheureusement, repousser l'acide ne repoussa pas toutes les bestioles qui rampaient sur l'épée.
J'échangeai Tranchant contre Souffle de feu et leur crachai dessus pour les dégager.
Ça ne fit rien.
Après que le feu eut passé sur l'épée, les rampantes étaient encore là, rampant et rampouillant.
Putain, à quel point ces trucs étaient résistants ?
Apparemment très, vu que leur habitat naturel était l'acide gastrique d'un monstre géant.
Je grimaçai, sortis mon Dragon Blaster, le pointai sur l'épée et tirai une bouillie de plasma liquide. Le plasma enveloppa l'épée entièrement un instant avant de couler lentement vers le « sol ».
Il y en avait moins qu'avant, mais elles étaient encore là.
Eclipsoon : Je pense qu'il faut la chopper avec les bestioles dessus
John n'était pas dehors, donc personne dans le chat ne vit mon expression écœurée.
AotoNana : Je déteste cet endroit putain.
J'écartai le plasma qui s'amassait autour de l'épée avec mon hydrokinésie. Puis je levai le bras et tendis lentement la main vers l'épée… avant de m'arrêter.
Les rampantes continuaient de ramper.
J'avais tellement pas envie de toucher ça.
Mais plus j'attendais, plus elles semblaient revenir de je ne sais où.
Rester là à hésiter me donna aussi l'occasion parfaite de les observer de près. C'était en fait difficile de dire quel genre de bestiole c'était, puisqu'elles n'étaient qu'un petit haricot noir avec six pattes qui en sortaient – presque comme un dessin très simplifié d'une bestiole générique.
JamieWasTaken3 : mec l'acide
Ma tête se tourna net et en effet, l'acide me dominait praticamente à ce stade. Je commençais aussi à sentir la tension de le tenir à distance avec mon hydrokinésie. Je ne pourrais probablement pas le faire bien plus longtemps.
Alors je pris une grande respiration, marmonnai en boucle, « Merde, merde, merde, merde… » sous cape, et finis par attraper le manche de l'épée-clé–
Un frisson me parcourut l'échine quand les minuscules bestioles décidèrent illico de migrer de l'épée vers ma main, puis mon bras, et puis–
« Merde, merde, merde, merde– ! » continuai-je à psalmodier, de plus en plus fort, les dents serrées, essayant très fort de ne pas penser à toutes ces rampantes sur mon corps en ce moment même.
J'essayai de tirer l'épée-clé, mais elle ne bougea pas d'un millimètre. Je l'attrapai de l'autre main aussi et tirai de toutes mes forces.
« ALLEZ, MORCEAU DE MERDE ! » hurlai-je, malgré ma gorge encore blessée.
Il y avait trop d'acide autour de moi maintenant, je n'eus d'autre choix que de céder et de rétrécir la bulle d'air qui me protégeait.
J'échangeai Souffle de feu contre Analyse et Estimai l'épée-clé.
Un objet imaginaire, utilisable seulement par ceux qui veulent vraiment l'utiliser.
« QU'EST-CE QUE TU VEUX DIRE PUTAIN ?! »
Je voulais m'en servir, merde ! Laisse-moi m'en servir ! Pourquoi je n'arrivais pas à la sortir ?!
Quelque chose rampait dans mon oreille.
Je passai réflexivement à Garde-flamme et l'enveloppai de feu.
Ça ne fit rien. Ça continua de ramper dans mon oreille.
Ma poigne sur la Clé d'Épreuve se crispa, et dans ma tête je jurai au Tisseur de Destin que je le retrouverais putain et que je lui fourrerais cette Clé d'Épreuve de merde dans le cul avant–
Ma concentration lâcha et l'acide se rua sur moi.
« VA TE FAIRE FOUTRE ! » hurlai-je mais ne lâchai pas la Clé d'Épreuve.
Juste au moment où l'acide allait m'engloutir, la putain de clé finit par céder.
Ma poigne était de fer, donc elle ne partit pas en volant hors de mes mains. À la place, juste au moment où je taillassai inadvertamment vers le haut du fait qu'elle sortit si soudainement, elle.emit une vive lumière verte qui sembla trancher le sommet des entrailles du Mille-pattes tout en repoussant l'acide avec une onde de choc qu'elle créa.
Puis vint le rugissement de douleur très fort tandis que tout autour de moi tremblait.
Je ne lâchai toujours pas la putain de clé. À la place, je luttai contre la nausée, l'inconfort, et mon envie de hurler, et la balançai sur le côté, espérant qu'elle libère une autre rafale de lumière.
Toute la longueur des entrailles du Mille-pattes éclata comme un raisin avant d'éjecter violemment tout ce qu'elle contenait – les minuscules bestioles, la chair carbonisée, l'acide, moi.
Je hurlai alors que les gouttes d'acide me douchaient mais me forçai à garder les yeux ouverts, juste assez longtemps pour repérer le lac de salive de mille-pattes juste en dessous de moi.
Trop tard me souvins-je que je pouvais ralentir ma chute avec Chute de plume et je m'écrasai droit dedans.
C'était absolument dégoûtant et ça me rentra dans les yeux et le nez et–
J'activai Auto-destruction pour nettoyer mes environs immédiats, m'en foutant des dégâts que ça me ferait. Des flammes explosèrent tout autour de moi, brûlant le mucus, me laissant tomber plus profond dans le trou qui contenait toute cette merde.
Un instant plus tard, j'atterris sur le flanc avec un craquement et un glissement et clignai immédiatement des yeux pour chasser les points lumineux et les bouts carbonisés de la substance dégoûtante.
Je sus juste, instantanément, qu'il menait à l'escalier vert. Il le fallait.
Il n'y avait pas de décision à prendre.
Je forçai mon corps hurlant à se relever et à entrer dans ce putain d'escalier.
Dans ma vision périphérique, je vis des globules de mucus redescendre dans le trou ainsi que le Mille-pattes avec deux grands trous dedans qui grimpait vers moi.
J'atteins la trappe et enfonçai la Clé d'Épreuve dans la serrure. La serrure réagit instantanément en avalant la clé entièrement avant qu'elle et la trappe ne clignotent et disparaissent promptement, révélant un escalier descendant.
Il était sous ce putain de lac de mucus tout ce temps.
Je me jetai dans les escaliers, m'en foutant des blessures que je pourrais m'infliger en faisant ça.
Je rebondis sur la première marche où j'atterris avec un craquement, roulai plus bas, rebondis encore, et m'arrêtai.
Je me relevai immédiatement en me débattant pour regarder derrière moi et–
Tout comme quand j'étais descendue dans cette caverne, les escaliers avaient été bloqués quand je ne regardais pas.
Je les fixai dans l'incrédulité totale pendant quelques instants avant de fermer les yeux et de souffler.
Puis je me souvins des minuscules bestioles rampant sur moi et… constatai qu'elles n'étaient plus là.
Est-ce qu'elles avaient jamais été là ? Étaient-ce une sorte d'hallucination ? Ou la Clé d'Épreuve les avait-elle fait disparaître d'une façon ou d'une autre ?
Tout ce qui m'importait, c'était que j'étais enfin sortie de ce putain d'endroit.
Avec cette pensée, m'affalais sur les escaliers et perdis connaissance sur le coup.
J'ai dû perdre et reprendre conscience une douzaine de fois tandis que j'étais là sur les escaliers, me sentant à la fois absolument misérable et incroyablement soulagée. Je n'ai aucune idée de combien de temps je suis restée dans cette position, mais éventuellement, je me forçai à m'asseoir sur une des marches – putain, merde, mon bras doit être cassé – et procédai à invoquer John et le fis me regarder.
Yeux rouges, vilaines brûlures couvrant mon visage et mes bras, vêtements en lambeaux, mes cheveux on dirait qu'un tsunami et un typhon se sont relayés pour les brosser–
Je congédiai John, pas envie que le chat me voie plus longtemps et fixai l'escalier descendant avec effroi.
Parce que… le texte avait très clairement dit « Épreuves ».
Ce n'avait été que la première. Il y en aurait d'autres.
Et je n'avais aucune idée de combien il y en était censé y avoir.
Çait pouvait être deux, ou ça pouvait être des centaines.
Pas étonnant que devenir rang trois soit apparemment rare si il faut passer par un truc comme ça.
Ma respiration se bloqua et des larmes commencèrent à se former dans mes yeux.
Je ne savais pas ce qui m'attendait au bout de cet escalier mais je ne voulais pas y aller.
En même temps, je ne pouvais pas abandonner après tout ça. Sinon, tout aurait été pour rien.
Ouais, coût irrécupérable, bla bla–
« Nooon… Pourquoiii… » laissai échapper un geignement malgré moi, interrompant mes propres pensées.
Je finis assise sur les escaliers, à sangloter toute seule, pendant des heures.