Mmh, l'hiver est vraiment mordant, tiens.
Difficile de sortir du kotatsu.
Comme pour m'y encourager, le dîner fut un nabemono qu'on mangea dans le kotatsu.
De quoi me faire encore moins sortir du kotatsu.
Je n'en sors que pour aller aux toilettes.
Le nabemono du dîner : un poulet aux légumes de montagne, généreux en sansai.
Accompagné d'un condiment à base d'agrumes, je le dégustai avec délice.
Ceux qui partagèrent mon repas dans le kotatsu furent Ru, Tia, Ria, et Aigis, le poussin de phénix.
À chaque fois, je me demande : est-ce que ça va vraiment, Aigis ?
Pas parce qu'elle manie la cuillère avec adresse.
C'est un poulet au pot, tout de même ?
Enfin, les oiseaux carnivores mangent bien d'autres oiseaux.
C'est une conversation qu'on a déjà eue maintes fois.
Plus que les détails, tu veux que je te le passe ?
Oui, oui, tu veux du yuzukoshō.
Tiens.
« Ah, ça, moi aussi ça m'intriguait. Passe-le-moi ensuite. »
Ru réclama la petite assiette de yuzukoshō qui venait de passer à Aigis.
« L'arôme est bon, ce petit piquant est agréable. »
Tia, qui l'avait déjà utilisé, fit l'éloge du yuzukoshō en disant cela.
Merci.
C'est Ria qui a prêté main-forte.
« J'ai fait de mon mieux en combinant divers ingrédients avec de l'écorce de yuzu. Enfin, le produit fini est… disons… particulier. »
Ria fit une mine un peu embarrassée, si bien que Ru lui demanda ce qui n'allait pas.
« En fait, ce yuzukoshō ne contient pas de poivre. »
« Eh ? Vraiment ? »
« Oui. En poursuivant le goût que recherche le chef du village, j'en suis arrivée à une recette sans poivre. Comme je m'y attendais, chef, je pense qu'il faudrait changer le nom. »
« Comment peut-on l'appeler "poivre" s'il n'y en a pas ? »
Ria et Ru disent ça, mais le yuzukoshō que je connais, c'est bien celui-là.
Devrais-je en mettre ne serait-ce qu'une pincée ?
Mmh…
« Allez, allez, il n'y a pas de plainte sur le goût, et pour le nom, on peut considérer que la composition est tenue secrète, non ? »
Grâce à l'intervention de Tia, pas d'ajout de poivre.
Le nom resta tel quel.
Une fois le nabemono terminé, je restai là, bien au chaud dans le kotatsu.
On bavardait en buvant le thé que les servantes oni venaient de refaire.
La discussion penche pour envoyer Train à l'académie.
Il y a des inquiétudes, mais ça ira.
Une elfe des montagnes l'accompagnera.
Oui, celle qui est souvent avec Train.
Dans l'idéal, j'aimerais y adjoindre quelques adultes, mais…
Ce sont les anges qui ont du personnel disponible, mais leur réputation au Royaume Démon laisse à désirer, paraît-il.
Le Roi Démon m'a dit d'éviter : à la capitale, ça risquerait de créer des problèmes inutiles, alors qu'au Cinquième Village ou à Shashart, ce serait moins grave.
Du coup, je négocie avec Bézel, Randan et Gratz pour emprunter du monde.
J'en ai aussi parlé à Hō, mais je lui ai déjà confié Gōru, Shīru, Bron et les autres.
Je reconnais qu'ils sont devenus des adultes responsables depuis leur mariage, mais je me souviens trop de l'époque où ils semaient le chaos dans le village.
Ça a commencé quand Urza est arrivée au village, non ?
C'est sûrement son influence.
Enfin, une bonne influence, je pense.
Probablement.
Tandis qu'on bavardait ainsi, l'un des Fenrirs s'approcha du kotatsu où j'étais.
Qu'est-ce qu'il y a ?
Tu veux entrer dans le kotatsu ?
Non ?
Une tempête de neige ?
Une grosse tempête arrive pour demain soir.
Je vois.
Compris.
Le soleil est déjà couché, alors on s'occupera des mesures anti-tempête dès demain matin.
Merci pour l'info, ça m'arrange.
Je caressai la tête du Fenrir.
Mmh, pas de cornes, c'est facile à caresser.
Kuro et les autres bouderaient, alors je le garde pour moi.
Bon, Ru, Tia, Ria, vous avez entendu ?
Désolé, mais je compte sur vous pour prévenir tout le monde.
Demain va être chargé.
« D'accord, laisse-nous faire. »
« Les anges se mobiliseront au complet. »
« Les hauts-elfes ne seront pas en reste ! »
…
Pour des gens qui répondent si énergiquement, vous ne bougez pas beaucoup, hein ?
« Ehehe… on n'arrive pas à sortir du kotatsu. »
« En-en-core un petit peu, le temps de se réchauffer. »
« C'est ça. »
Peu importe, mais n'oubliez pas de faire passer le message.
« Ha~i »
Le lendemain.
Je regardai le ciel depuis l'entrée du manoir.
Le temps s'annonçait mauvais.
Comme l'avait dit le Fenrir, une tempête se profile pour ce soir.
« Chef. Les abris de la zone d'élevage ont été revérifiés, tout est en ordre. On va rentrer les bêtes plus tôt aujourd'hui. »
Une fille du peuple-bête me fit ce rapport.
C'est ça.
On les rassemblera après midi.
« Chef, les bâtiments de la zone d'habitation ont été revérifiés. Aucun problème. Par précaution, on va regrouper les gens dans quelques grandes maisons. »
Rapport d'une haute-elfe.
Compris.
L'auberge sera ouverte, servez-vous.
Vous pouvez aussi venir au manoir.
« Entendu. »
La haute-elfe partit vers la zone d'habitation, et un centaure arriva à sa place.
C'est la communication régulière.
« Chef. Merci pour le contact. Les premier, deuxième et troisième villages ont commencé leurs préparatifs pour la tempête. Nourriture, carburant : aucun manque. Même si la tempête dure jusqu'au printemps, on tiendra. »
C'est rassurant, mais s'il faut tenir jusqu'au printemps, c'est moi qui vais être embêté.
Bien, je pense que vous le savez déjà, mais suspendez les communications régulières pendant la tempête.
Ça mènerait à des blessures ou à des disparitions.
« Entendu. On reprendra quand le temps se calmera. »
Je compte sur vous.
Le centaure me salua et se dirigea vers le manoir.
Je le regardai partir, et le suivant à arriver fut Tō du quatrième village.
« Chef. Le dernier convoi pour le quatrième village part dans peu de temps. Y a-t-il un message à ajouter ? »
Tout est bon.
Le Navire universel restera cloué au sol un moment, alors occupe-toi de la maintenance là-bas.
« Compris. Mais s'il te faut quelque chose, préviens-moi. J'accourrai illico. »
Bien sûr.
Je compte sur toi.
« Ouais. Ah, et la station thermale n'a pas de souci non plus. Par contre, Yoru râlait après une arme utilisable même en pleine tempête. »
Toujours la même.
« Toujours la même. C'est aussi ce qui fait sa force, alors je ne peux pas trop la brusquer. »
Hahaha.
« Bon… dernière vérification : pas besoin d'emmener An et Ramurias au quatrième village ? »
J'ai dit aux deux enceintes d'évacuer au quatrième ou au cinquième village, mais elles ont refusé net de bouger.
Elles disent qu'elles ne fuiront pas face à l'adversité du village.
Enfin, elles sont encore bien capables de se mouvoir.
Si l'accouchement était imminent, je les aurais fait évacuer de force.
Cette fois, impossible de les convaincre.
Du coup, elles resteront à l'endroit le plus sûr du manoir.
Oui, ma chambre.
C'est comme ça que c'est décidé.
« C'était une vérification inutile. Désolé. »
Pas de souci, ça m'arrange.
En voyant partir Tō, je levai les yeux au ciel.
On a proposé d'évacuer les enfants au cinquième village en même temps qu'An et Ramurias, mais ce fut refusé aussi.
Ce n'est pas parce qu'une évacuation précédente au cinquième village a causé des problèmes.
La solidité des bâtiments du village est prouvée, et pas seulement Ru et Tia, mais Dōsu lui-même a souligné qu'il ne faut pas fuir à chaque crise.
Il est important de faire front commun face à l'adversité.
C'est peut-être vrai.
Mais l'idée que les enfants restés au village puissent être blessés, ou pire, me terrifie.
Dōsu dirait qu'on peut mourir même en marchant par temps clair.
Soit, mais quand même.
Comme compromis, j'ai fait installer l'une des portes de transfert courte distance de Ru dans les sous-sols du manoir.
Destination : le Donjon du Grand Arbre.
De là, on peut rejoindre le Cinquième Village.
Elle est en place, mais pas encore activée.
C'est pour le pire des scénarios.
Sans ça, j'aurais fait évacuer An, Ramurias et les enfants au Cinquième Village.
Ou alors j'aurais cédé à leurs arguments ?
C'est moi, après tout.
Allez, pas le temps de lâcher prise.
Il faut se préparer pour la tempête.