Hiver.
Il a fait froid.
C'est devenu l'hiver parce qu'il a fait froid ?
Peu importe, de toute façon.
En tout cas, c'est l'hiver.
L'aigle se déplace parfois au loin.
Je me demandais où il allait, et c'était le donjon du nord où habitent les Géants.
Apparemment, il utilise les environs du donjon du nord comme terrain de chasse.
La discussion que j'avais eue avec les Géants peu avant la fête des récoltes visait semble-t-il à transmettre cette info à l'aigle.
J'étais persuadé qu'on parlait du numéro de la fête.
***
Enfin, à la fête, l'aigle a fait équipe avec Aigis le poussin de phénix, et les Géants avec les Lamias, et ils se sont tous donnés à fond.
J'avais bien compris que ce n'était pas pour la fête.
Tiens, s'il va souvent au donjon du nord, il pourrait pas porter des lettres aux Géants ?
Comme ce sont les Géants qui lisent, c'est écrit sur des planches, donc c'est un peu lourd.
Il peut porter ça sans problème.
Désolé, mais je compte sur toi.
La récompense... des daikons, ça va ?
Compris.
C'est payé d'avance.
J'ai découpé les daikons en rondelles et en ai lancé plusieurs en l'air.
L'aigle les a attrapés adroitement en vol et les a mangés.
Il est doué.
Hein ?
Aigis, qui était arrivé sans que je m'en aperçoive, m'a réclamé son tour.
Mauvais timing, c'est la paye pour le transport des lettres.
Si j'aide à porter les lettres, tu m'en lances ?
L'aigle, Aigis dit qu'il va aider, ça te va ?
Tu vas être encombrant.
C'est ça.
***
Aigis, dernière vérification.
Le résultat est joué, mais je lance quand même ?
Aigis a répondu des yeux que ça ne le dérangeait pas.
Alors, c'est parti.
J'ai lancé une rondelle de daikon en l'air.
Le plus près possible de Aigis.
Je me suis dit qu'il était trop naïf, et comme prévu, Aigis n'a pas réussi à l'attraper.
C'est un des petits de Kuro, qui était à côté de moi, qui l'a attrapé.
Il l'a mangé sur place et est venu vers moi.
La queue qui remuait, une tête à dire "alors, comment c'était ?"
Je n'avais qu'à le féliciter.
J'ai caressé la tête du petit de Kuro, en faisant semblant de ne pas voir Aigis déprimé.
L'aigle consolait Aigis.
Après avoir vu l'aigle partir avec les lettres et Aigis sur le dos, je me suis reposé tranquillement dans ma chambre au manoir.
J'avais prévu de faire du travail du bois, mais la servante Oni Ann m'a fait la remarque que j'en faisais un peu trop ces temps-ci.
Ce n'était pas mon intention, mais quand on m'a dit de prendre exemple sur le Roi Démon, j'ai quand même réfléchi.
Ce qu'il faut imiter, c'est probablement le fait que le Roi Démon vienne régulièrement au village jouer avec les chatons.
Qu'il faut savoir souffler un peu, comme lui.
Je croyais déjà faire des pauses, mais visiblement ça ne se voyait pas.
Je me suis ravisé, et aujourd'hui je me la coule douce, bien visible.
D'abord, je m'enfonce dans un grand canapé.
Fufufu.
Ce canapé, je l'ai fait moi-même.
Je m'y suis mis entre deux préparatifs d'hiver.
Obtenir ce moelleux m'a donné du fil à retordre.
***
C'est pour ça qu'on me trouve trop travailleur, hein.
Je me reprends.
Je savoure le moelleux du canapé.
Le soleil est encore haut, quel luxe.
Tiens ?
C'est Miel ?
Sur mon ventre... Ouh, oh, toi aussi t'as bien grandi.
Le Roi Démon a dit qu'il serait temps de lui trouver un partenaire, tu en penses quoi ?
Pas encore besoin ?
Hahaha.
***
Après Miel, Rael, Uel, Gael, Ariel, Haniel, Zeruel, Samael, les chattes sœurs et les chatons ont grimpé les uns après les autres sur mon ventre...
C'est lourd.
Et ils ne se battent pas sur mon ventre.
Parce que leurs griffes font mal.
Huh ?
Hein ?
***
Je me suis fait expulser du canapé par les chats.
Et les chats se sont installés confortablement sur le canapé, chacun sa place, en bonne entente.
***
Se peut-il qu'ils croient que ce canapé est à eux ?
J'ai renoncé au canapé de ma chambre et suis allé au salon.
Parce que me reposer dans ma chambre ne montrait pas assez aux autres que je me reposais.
Pas du tout parce que j'ai perdu face aux chats.
Au salon, ce qui attire l'œil, c'est Marbit en armure complète sous un kotatsu.
Il boit de l'alcool avec le slime à alcool, en plein jour.
On m'a dit d'imiter le Roi Démon, mais pas Marbit.
Ceci dit, c'est un maître en farniente.
« C'est faux.
C'est juste un fainéant. »
Rinzia m'a arrêté alors que j'approchais du kotatsu.
Elle a traîné Marbit hors du kotatsu et l'a projeté au loin.
« Je vous ai dit de rassembler tout le monde dehors pour l'entraînement des Kiabit. »
« J'ai répondu que je passais mon tour. »
« C'est obligatoire. »
Leur bagarre, ou plutôt l'attaque unilatérale de Rinzia, a commencé.
Le slime à alcool a fini l'alcool resté sur le kotatsu.
Et ce slime a été récupéré par la Sainte Celes.
***
Bon.
Que faire ?
Je devrais aller dans le kotatsu maintenant que Marbit n'y est plus ?
En repensant à Marbit emmené en tête-à-tête par Rinzia, j'hésite.
Je laisse tomber.
En regardant un autre coin du salon, on voit la vaillante silhouette de Hiichiro projetée sur un écran de tissu blanc.
C'est la vidéo de la fête des récoltes.
En forme de dragon, équipé, en pose.
On dirait pas mon fils, il a l'air trop fort.
Sous forme humaine, Gral et Rananoon sont aussi dans la vidéo.
La vidéo dure cinq minutes, mais Laimelen, Dose, Giral et Graffaroon la regardent en boucle.
Ile, qui gère la vidéo, me fait une tête désespérée, alors je lui demande combien de fois ils l'ont vue.
« J'ai perdu le compte.
Ça dure depuis ce matin. »
Je vois.
Je peux pas leur dire d'arrêter, je cherche une parade.
Le mieux serait d'amener Hiichiro, Gral et Rananoon en personne.
Le vrai vaut mieux que l'image.
« Hiichiro-sama et Gral-sama sont en étude.
Rananoon-sama fait la sieste. »
Une servante Oni qui était là me l'apprend.
***
« Jusqu'à ce que l'étude de Hiichiro et les autres se termine.
Bon courage. »
J'ai secoué le regard suppliant d'Ile et quitté le salon.
Les gosses sont en étude, alors.
Je me disais bien qu'il était calme.
Du coup, quoi faire en attendant ?
***
Les petits de Kuro me regardent avec des yeux pleins d'attente.
Ceux de Zabuton aussi.
Hmph.
C'est bon.
J'ai décidé de jouer avec les petits de Kuro et ceux de Zabuton.
Nuit.
Je mange, le corps fatigué.
« Je croyais avoir dit de vous reposer ? »
Le regard d'Ann fait mal.
Demain je me repose pour de vrai, alors pardonne-moi pour aujourd'hui.
Ce fut une journée d'hiver tranquille.