Ysvéra et moi franchîmes ensemble l’entrée déformée.
Dès que mes pieds touchèrent le sol ferme, un monde entièrement différent se révéla à nous.
Des champs verdoyants s’étendaient à perte de vue.
Une brise légère portait le parfum des fleurs, tandis qu’une rivière aux eaux limpides coulait paisiblement tout près.
D’anciens arbres dressaient leurs cimes au-dessus de nous, leurs feuilles émeraude ondulant doucement sous un ciel bleu éclatant.
Des oiseaux chantaient.
Des papillons volutaient paresseusement dans l’air.
Je regardai lentement autour de moi.
« Ce n’est vraiment pas l’entrée typique d’un héritage dangereux. »
Ysvéra fronça légèrement les sourcils en inspectant les environs.
« Cet endroit est étrange. »
Avant même que nous ayons pu poursuivre nos investigations.
Toc !
Un nuage de fumée blanche apparut devant nous.
La fumée tourbillonna et se condensa jusqu’à dessiner la silhouette d’un vieil homme assis, les mains croisées dans le dos.
De manière étrange, bien que son corps soit visible, son visage demeurait caché par une fine nappe de brume qui refusait de se dissiper.
« Euh. »
Le vieil homme se racla la gorge avec une dignité exagérée.
Son regard balaya chacun de nous.
« Vous êtes venus tous deux ici pour chercher l’héritage de ce vieil homme ? »
Je joignis respectueusement les mains en un geste de salut.
« Oui, Sénior. Bien que, pour être honnête, nous ayons découvert cet endroit tout à fait par hasard. »
« Hmm... »
Le vieil homme caressa sa barbe imaginaire.
Avant qu’il ne puisse répondre, Ysvéra fit soudain un pas en avant.
« Un Ouralien ? Que faites-vous ici ? » Ses yeux pourpres s’agrandirent.
Je cligna des yeux.
« Tu le connais ? »
Avant que Ysvéra ne puisse répondre, le vieil homme applaudit vivement.
« Désormais, chaque héritier subira une épreuve différente ! »
Claquement !
Les décors environnants se dissolurent sur le champ.
Quand je rouvris les yeux, Ysvéra avait disparu.
À la place, je me retrouvai assis dans une modeste salle de bois.
Une lumière chaude filtrait à travers les cloisons de papier, offrant à l’endroit une atmosphère apaisante.
Entre lui et moi se trouvait une basse table en bois.
Une théière répandait discrètement sa vapeur aux côtés d’une tasse.
Le vieil homme saisit tranquillement sa tasse avant d’en prendre une lente gorgée, comme s’il disposait de tout le temps nécessaire.
Je regardai instinctivement autour de moi.
« Sénior, mon compagnon... »
Il agita simplement la main d’un geste dédaigneux.
« Elle va parfaitement bien. Chaque candidat ici-bas subira une épreuve distincte, inutile de vous faire du souci pour elle. »
Malgré ma préoccupation, je ne pouvais rien y changer.
Je hochai la tête et acceptai son explication.
Le vieil homme reposa délicatement sa tasse sur la table.
Puis, il plongea son regard directement dans les miens tandis que l’ambiance dans la pièce changeait subtilement.
La quiétude s’évanouit.
« Jeune homme, savez-vous combien d’ennuis vous attendent ? »
???
Cette question me prit totalement au dépourvu.
« Qu’entendez-vous par là, Sénior ? »
Le vieil homme ricana doucement.
« Je veux dire exactement ce que j’ai dit. Il y a une quantité extraordinaire d’ennuis qui vous attendent. »
Un frisson glacé me parcourut l’échine.
Je venais à peine de rencontrer cet homme mystérieux.
Pourtant, après un seul regard jeté sur moi, il annonça calmement que mon avenir était semé de désastres.
Rien ne fut moins rassurant.
« Pouvez-vous au moins me dire de quel genre d’ennuis il retourne ? »
Le vieil homme sourit avec mystère.
« Si je vous le dis maintenant, cela perdrait tout son intérêt. »
...
‘“Quel intérêt, vieux malade, crachez tout de suite ce qui vous attend.” J’eus l’impérieuse envie de le lui hurler.’
Il s’adossa confortablement avant de continuer.
« Tu portes un destin hors norme, enfant. »
Une aura terrifiante suinta de son corps et la pièce s’assombrit ; je ressentis l’impression qu’une montagne invisible venait soudain de s’écraser sur mes épaules.
Jusqu’à respirer devint pénible.
Puis, aussi soudainement qu’elle était apparue, la pression se dissipa.
Cette fois, lorsqu’il posa son regard sur moi, ni bonté ni hostilité ne s’y lisaient.
Seulement de la curiosité.
« Jeune homme, ce vieil homme ne vous posera cette question qu’une seule fois. »
Sa voix se fit calme, mais chaque mot semblait porter un poids inexplicable.
« S’il existait une possibilité, seriez-vous disposé à changer votre destin ? »
Au même moment…
Ysvéra se retrouva prise dans une autre pièce.
Contrairement à celle d’Evren, celle-ci ressemblait à un ancien cabinet de travail.
Le vieil homme était déjà assis derrière une table en bois, versant tranquillement son propre thé.
Aussitôt qu’elle le vit, Ysvéra plissa les yeux.
« Que tramez-vous exactement, Sénior ? » demanda-t-elle.
Il n’y avait pas la moindre trace de politesse dans sa voix.
Le vieil homme la fixa un instant avant de lâcher un long soupir.
Lui-même possédait une épouse vampire et savait comment fonctionnait l’esprit de ces femmes.
« Comme il se doit chez les suceurs de sang, votre talent pour faire grimper la tension d’autrui est effrayant. »
Ysvéra demeura impassible.
« Alors peut-être devriez-vous répondre à ma question. Que tramez-vous réellement ? »
Le vieux esprit but tranquillement une gorgée de son thé.
Il pouvait clairement percevoir le lien unissant cette jeune fille et le jeune homme.
Non seulement ils avaient tissé un lien extraordinairement inhabituel, mais ils avaient également reçu la bénédiction d’une grande entité.
S’immiscer dans leur destinée serait téméraire et n’attirerait que des ennuis sur lui.
Il soupira une nouvelle fois.
« Petite fille, tu ferais mieux de montrer un peu plus de respect envers tes aînés. Et quant à ce que je trame, »
Il esquisssa un sourire entendu.
« Disons simplement que ton mari en faisait déjà partie bien avant que je décide de m’en mêler. »
L’expression de Ysvéra devint aussitôt grave.
« Que voulez-vous dire ? »
Le vieil homme rit doucement.
« Voilà une attitude qui me plaît. »
« Toi – ! »
Il leva un doigt pour la faire taire.
« Ne sois pas si impatiente. »
Il l’inspecta ensuite de haut en bas avec une mine amusée.
« Bien qu’il y ait quelque chose qui intrigue plutôt ce vieil homme. »
Ysvéra fronça les sourcils.
« Quoi ? »
« Comment quelqu’un qui possède ton caractère a-t-elle réussi à épouser ce garçon ? »
Il caressa sa barbe, songeur.
« Tu l’as séduit ? »
« B-Bah ?! »
La composition de Ysvéra se fissura instantanément alors qu’une pâle rougeur envahissait ses joues.
« Q-Quelle sorte de question est-ce que c’est que ça?! »
Le vieil homme éclata de rire.
« Comme il se doit chez les suceurs de sang, d’abord vous sucez du sang, puis vous sucez – »
« STOP ! Vieil obsédé ! »
Le visage de Ysvéra devint écarlate.
Le vieux esprit se mit à rire aux éclats.
« Hahahaha ! Il est vraiment amusant de taquiner les jeunes, je me rappelle soudain ma jeunesse. »
Il prenait véritablement plaisir.
Cela faisait une éternité qu’il n’avait trouvé personne d’aussi divertissant à fréquenter.