'Keu, la princesse doit être dans tous ses états, à l'heure qu'il est, non ?'
Une loge d'honneur, avec une vue superbe sur le stade.
Un vieil homme à la carrure raide s'enfonça dans le somptueux canapé et sourit méchamment.
C'était Lippie de Monarch.
Il était le deuxième noble le plus en vue de l'Empire du Sud, la cité de Lamer comprise.
« Vous vous êtes bien occupé de la Faucheuse Rouge, j'imagine ? »
Le chevalier qui se tenait aux côtés du comte répondit froidement.
« J'ai versé rubis sur l'ongle la part qui lui avait été promise et je l'ai expédié au royaume de Castia. »
« Bien, du bon travail. »
Il ne restait aucune preuve du complot.
La princesse aurait beau protester avec la dernière obstination, le pari était déjà engagé.
« Y a-t-il une chance qu'un pilote mercenaire assez sot se présente ? »
« Tous les clans et tous les mercenaires de l'arène ont été prévenus de ne pas intervenir dans ce duel. Personne ne sera disposé à contrarier le comte, seigneur de Lamer et propriétaire de l'arène. »
« Bien, très bien ! Je n'ai donc plus qu'à attendre les résultats ? »
C'est trois ans plus tôt que Monarch avait entendu les rumeurs sur la princesse.
C'était l'époque où l'on commençait à parler de sa beauté.
Elle était jeune et belle et, par-dessus tout, il lui suffisait d'aller poser la main sur une princesse de haut lignage.
Voilà pourquoi il cherchait une occasion de se l'approprier.
Sachant que Reina avait une dette énorme auprès de la banque impériale, il s'était mis à user du système bancaire et à pousser celle-ci à en réclamer le remboursement.
Et le bel oiseau élancé s'était pris à son piège.
« Keuk keuk keuk ! »
« Qu'est-ce qui vous met de si belle humeur ? »
Le comte Monarch riait tout seul. Un prêtre âgé, de haut rang, s'approcha.
« Ah, monseigneur Pascal ! »
Le comte Monarch se leva de son siège et salua le vieux prêtre.
Pascal était un prêtre de haut rang d'El Kassel, que Monarch avait invité et qui avait servi de notaire pour le pari conclu avec la princesse Reina.
« Si c'est une bonne nouvelle, ne pouvez-vous pas m'en faire part ? La joie ne se multiplie qu'à être partagée, n'est-ce pas ? »
« Hahaha, ce n'est pas grand-chose. Je riais simplement… »
L'évêque Pascal était un homme fort au fait des choses, y compris du monde obscur.
Si le comte lui avait avoué avoir tout manigancé pour « s'approprier la princesse », il s'y serait entièrement opposé.
Il aurait condamné le noble avec la dernière sévérité.
« Cela a dû être pénible pour vous, de venir de si loin. »
« En effet. Mais quand je songe aux dons que vous faites chaque année, cela ne me dérange pas de me déplacer. »
« Hahaha, ne dites pas cela… »
Le comte Monarch riait au-dehors, mais il éprouvait de l'amertume au-dedans.
Ses dons aux congrégations n'étaient pas faits de bonne foi.
C'était pour gagner en reconnaissance politique et sociale qu'il donnait cet argent, la mort dans l'âme.
« Mais quand commencera le combat notarié ? »
« Nous l'avons placé en dernier, car ce sera le plus palpitant. »
« Hum hum, vraiment ? »
Les deux hommes échangèrent encore quelques mots, puis tournèrent la tête vers l'arène, où se déroulait le neuvième combat.