Davis conservait un visage froid, pas du tout amusé par sa réponse.
En voyant son visage glaciale, de la tristesse traversa les yeux de Shirley avant qu'elle ne la cache rapidement.
Elle prit une grande inspiration et s'inclina profondément : « Je voulais vous remercier de m'avoir sauvée à ce moment-là ! Vous avez la gratitude de Felicia et la mienne ! »
« Evelynn, je suis désolée ! Pardonne-moi ! » Soudain, elle s'agenouilla en criant sa culpabilité, sans même attendre sa réponse.
« Quoi ? Prin... Shirley, relève-toi ! Pourquoi fais-tu ça !? C'est inapproprié... » Evelynn semblait prise au dépourvu, elle ne comprenait pas pourquoi elle s'agenouillait pour demander pardon.
Shirley la regarda avec détermination en avouant : « Si le prince Davis ne m'avait pas arrachée aux griffes d'un fou, mon corps aurait été souillé ! S'il n'avait pas perdu son temps pour moi, il ne t'aurait rien arrivé ! »
« Qu'est-ce que tu veux dire ? » Evelynn plissa les yeux, elle jeta un coup d'œil à Davis qui restait silencieux.
Shirley lui expliqua alors ce qui lui était arrivé cette nuit-là, ainsi que la façon dont Davis l'avait sauvée.
Elle lui montra aussi le contenu du Cristal d'Imagerie, dissipant tout malentendu qui aurait pu naître de son explication.
« Ce que je voulais dire, c'est que si ce n'était pas pour moi, tu ne serais pas dans cette... cette situation en ce moment. » Shirley regarda les bras d'Evelynn et répondit avec culpabilité. Ses yeux étaient pleins de remords.
« Qu'est-ce que tu dis ? Ce n'est pas comme s'il savait que j'étais en danger. Si tu ne lui avais pas dit que ce n'était pas toi qui l'avais invité, ce serait peut-être vraiment la fin pour moi ! » Evelynn la réconforta chaleureusement du fond du cœur. Un instant plus tard, elle secoua la tête : « D'ailleurs, je suis aussi contente qu'il ne t'arrive rien de grave ! »
Shirley fut saisie par sa magnanimité : « ... Mais... moi, toi ! Regarde-toi ! C'est entièrement de ma faute de l'avoir retardé. Tu n'as pas besoin de travestir la vérité pour me consoler. »
« D'accord, alors que dois-je faire ? Te punir ? » En soupirant doucement, elle demanda en levant sa main sectionnée.
« Oui ! C'est pour ça que je suis venue ! Sinon, je ne pourrai jamais me pardonner ! » Shirley cria avec détermination.
Evelynn resta sans voix.
« Elle cherche sa propre satisfaction et son auto-pardon, exauce son vœu, Evelynn. Elle se fiche complètement de ton sort. » Davis dit froidement, il sentait que quelque chose n'allait pas chez cette Shirley.
Shirley frissonna, elle articula vite : « Non ! Je... »
« Ai-je tort ? » Une voix froide et une pression brisèrent rapidement ses espoirs.
Shirley resta silencieuse et baissa le regard.
Davis continua en se tournant vers Evelynn : « Tes blessures ne justifient pas qu'elle vienne quémander un châtiment, sous aucun angle. Vous n'êtes pas si proches, de toute façon, ni liées par une relation hiérarchique. »
« Est-ce vrai... ? » Avec une telle franchise de la part de Davis, Evelynn soupira en questionnant.
Evelynn n'était pas dupe, elle avait déjà une intuition de ce que l'autre voulait, mais elle conservait une lueur d'espoir de pouvoir enrichir la relation avec sa nouvelle amie. C'était son caractère, quelque chose qu'elle ne pouvait pas changer facilement.
Shirley baissa les yeux vers le sol. Elle voulait contredire, mais ses pensées disaient le contraire. Qui était Evelynn pour elle ? Une amie au niveau d'une connaissance.
Elle releva la tête et regarda Evelynn avec des yeux clairs : « Honnêtement, il se peut que je ne me soucie pas tant que ça de toi, mais je pense que c'est de ma faute si tout cela t'est arrivé. J'ai décidé de tourner la page, et c'est pour ça que je demandais ton pardon. »
Evelynn pouvait sentir son regard et la détermination qu'il contenait.
Shirley tenait sa jupe et continua : « C'est la première fois ! La première fois que je tue quelqu'un de mes propres mains. Avec mon statut, je n'avais pas besoin de me salir les mains, mais dans ce cas, je n'ai pas retenu mes coups. J'ai tué ce fou qui a essayé de me violer, ainsi que ses subordonnés de sang-froid cette semaine. Il n'y a plus de retour en arrière possible, je dois changer de personnalité, je ne peux plus être la même vieille Shirley, et je ne suis déjà plus la même vieille Shirley ! »
« Je comprends. » Evelynn répondit solennellement : « Tu peux partir... »
« Hein ? » Shirley resta interdite.
Les yeux de Davis s'écarquillèrent tandis qu'il esquissait un léger sourire : « Impitoyable ! Elle lui a infligé le pire châtiment que Shirley pouvait endurer. Du moins, si elle voulait vraiment le pardon d'Evelynn au départ. »
« Mais, je n'ai pas encore été punie !? » Shirley s'écria, confuse, d'une voix basse.
« Qu'est-ce que tu dis ? Je t'ai déjà punie... » Evelynn lui répondit avec un air sérieux.
Shirley repensa à tout et ne trouva pas quand elle avait été punie : « Non... »
« N'as-tu pas réalisé en quoi consiste ton châtiment ? » Davis demanda d'un ton glacial.
Shirley se tourna vers lui, ses yeux pleins d'émotions complexes : « Quoi ? »
Son visage froid se mua en un léger rictus : « Ton châtiment, c'est que tu n'obtiendras jamais le pardon que tu voulais d'elle. »
Les yeux de Shirley s'élargirent, quelques secondes passèrent avant qu'elle ne se lève et ne quitte le palais, absente.
Pour eux, on ne savait pas ce qu'elle pensait.
Quelques minutes passèrent avant qu'Evelynn n'ouvre la bouche : « Peu importe que je lui pardonne ou non, c'est en son cœur qu'elle doit trouver le moyen de se pardonner à elle-même... »
En entendant ses paroles, la pensée de Davis changea tandis qu'il secouait la tête : « Ah, elle n'était pas impitoyable, elle était juste gentille... Soupir. »
...
Le lendemain, comme prévu, Davis et Evelynn quittèrent la Capitale Royale de l'Empire Ashton, montant sur la Vouivre à Cornes Dorées.
Quand la Vouivre à Cornes Dorées vit Evelynn, elle rugit de colère et détruisit les murs alentour. Elle ne fit rien d'autre par la suite, mais se laissa docilement monter par tous les deux.
Puisque partir sans un mot aurait été considéré comme impoli, il leur donna simplement la richesse nécessaire pour réparer les murs et partit juste après avoir été raccompagné par les anciens de l'Empire Ashton.
Au loin, une belle silhouette vêtue de robes rouges observait la Vouivre à Cornes Dorées s'éloigner. Une seule larme pouvait être vue couler des yeux de cette silhouette.
La bouche de cette silhouette bougea légèrement tandis qu'une plainte angoissée pouvait être entendue dans l'atmosphère sereine : « Je voulais ton pardon, pas le sien... »
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