Après leur visite de l'aquarium, Kou et Hijiri se promenèrent dans de vieilles ruines de château en ville.
De temps en temps, elles s'abritaient du soleil dans des cafés pour partager un thé, ou visitaient les musées alentour, sans destination précise. Mais comme pour toutes les choses amusantes, le temps semblait filer à toute allure. Avant qu'elles ne s'en rendent compte, le soleil avait considérablement baissé.
Leur dernière halte, choisie par Hijiri qui continuait de tirer Kou par la main, fut une plateforme d'observation toute proche. Et lorsqu'elles y arrivèrent…
« Ahahah, on a tout l'endroit pour nous toutes seules ! » « Ben oui, la RV suffit pour visiter n'importe où… »
Hijiri courut joyeusement vers les baies vitrées offrant une vaste vue panoramique sur la ville.
…Des endroits comme celui-là, tout comme l'aquarium tout à l'heure, étaient devenus moins fréquentés ces dernières années. D'ordinaire, les seuls à s'y rendre étaient des couples en rendez-vous, pas si différents de Kou et Hijiri.
Après tout, n'importe qui pouvait expérimenter la visite de n'importe quel lieu populaire dans le monde, ou même l'espace, sous une forme plus commode.
« Pourtant, être là en personne a un truc de spécial, et c'est plutôt marrant aussi. » « Ouais, voir ça ensemble avec quelqu'un d'autre, c'est plutôt sympa. Ceci dit, je commence à être fatiguée par toute cette marche. » « Ahahah, on a beaucoup marché aujourd'hui. Je sens déjà qu'on aura des courbatures demain. »
Tandis que Hijiri riait sans trop se faire de souci, Kou décida de poser la question qui la travaillait depuis toute la journée.
« Dis, Hijiri… Pourquoi tu as décidé de m'inviter à un rendez-vous comme ça, du coup ? »
Elles avaient passé du temps ensemble maintes fois par le passé. Mais c'était la première fois que Hijiri qualifiait expressément cela de rendez-vous, ce qui parut bizarre à Kou.
Quand Kou demanda la raison, Hijiri se tourna vers elle avec un doux sourire.
« Tu vois… c'est juste parce que t'as changé. » « J'ai… changé ? »
Il y avait eu un changement extrêmement évident ces derniers mois, avec Kou qui s'était transformée en fille et tout, mais cela n'avait pas vraiment de sens pour Kou, qui se contenta de se regarder elle-même avant d'incliner la tête, perplexe.
« Ah, je veux dire, t'es devenue une fille, ouais. Mais c'est pas ça que je voulais dire… Hmm… je sais pas comment l'expliquer… » Hijiri se mit à marmonner toute seule, cherchant ses mots, jusqu'à ce qu'elle prenne une grande respiration pour se donner du courage avant de fixer Kou droit dans les yeux. « Je veux dire, t'as toujours eu tendance à t'inquiéter et à te faire du mouron pour ça. »
En disant cela, Hijiri effleura doucement son propre cou.
« Si je te l'avais demandé à l'époque, je suis sûre que tu t'aurais sentie forcée de le faire, par culpabilité. » « Moi… ouais, probablement. »
Chaque fois que Kou voyait la cicatrice au cou de Hijiri, elle ressentait une pointe de culpabilité et l'impression de devoir expier. Hijiri en était consciente, et elle évitait donc de trop demander à Kou.
Ces derniers mois, Kou semblait l'avoir surmonté, ne prêtant plus attention à la cicatrice, allant même jusqu'à la valoriser avec le reste de Hijiri.
« J'ai l'impression qu'à l'époque, j'aurais profité de toi, alors j'ai juste attendu, attendu que tu t'en remettes. Et… j'ai senti que c'était le bon moment. » « Du coup, tu penses pas que je fais ça parce que… » « Mhm, tu le fais pas par sens des responsabilités, mais parce que toi-même, t'avais envie de venir ici avec moi. »
Un silence s'installa un moment, le temps que Hijiri prenne plusieurs grandes inspirations avant de croiser le regard de Kou.
« Tout ce temps… je t'ai toujours aimée. Même avant que tu deviennes une fille… et après aussi. J'ai toujours… toujours aimé. »
Le soleil vira à l'orange derrière Hijiri tandis qu'elle déclarait cela, sa voix ferme même en se répétant.
« Moi… moi aussi j'ai… mmfh ?! »
Les sentiments dormants depuis tant d'années dans le cœur de Kou se mirent à affleurer, jaillissant si vite qu'elle buta sur ses propres mots en essayant de les exprimer. Mais elle sentit qu'elle devait répondre, alors elle ouvrit la bouche… seulement pour que les lèvres de Hijiri scellent ces mots.
Pendant un instant… Kou sentit le goût de la banane et du chocolat. Une dizaine de secondes passèrent comme ça, qui parurent une éternité pour Kou, et presque décevantement, Hijiri se recula, leurs lèvres se séparant.
« Ah… euh… je me suis laissée emporter, je suis trop désolée !! » « Hweh ?! Ah, oui, c'est bon ! »
Le visage de Hijiri était rouge tomate alors qu'elle agitait nerveusement les mains pour s'expliquer, et Kou, le visage tout aussi rouge, secoua la tête frénétiquement pour montrer que ça allait. Puis elles tombèrent dans un silence gêné, toutes deux essayant de jeter un coup d'œil à l'autre avant de détourneler yeux, embarrassées, juste après… jusqu'à ce que Hijiri brise enfin le silence.
« Moi… j'ai… encore un peu peur d'entendre ce que tu voulais dire. Du coup… tu pourras me le dire une autre fois, après avoir réfléchi. » « O-Okay… si tu le dis… »
Kou répondit vaguement, encore sonnée, le bout des doigts effleurant ses lèvres pour revivre la sensation d'à l'instant.
« Bref… encore désolée ! On devrait rentrer maintenant, avant qu'il ne fasse trop nuit et qu'ils ne commencent à s'inquiéter. »
Hijiri semblait avoir retrouvé son attitude habituelle peu après. Reprenant la main de Kou, toutes deux se mirent en route pour le retour.
Mais leur relation avait déjà radicalement changé. Kou semblait maintenant suivre la conduite de Hijiri presque machinalement, le cœur encore battant la chamade, ses sens un tourbillon de confusion. Et pourtant, sous tout ça, une sensation flottante et excitée grandissait régulièrement dans sa poitrine.
Ils grandissent si vite, éhéh