'Son sourire inhabituel me mettait mal à l'aise. Bon, je n'y pouvais rien. Ce n'était pas poli de la laisser comme ça alors qu'elle me tenait dans ses bras plus longtemps que d'habitude. Bien sûr, je ressentais aussi un petit pincement pour l'erreur que j'avais commise plus tôt.'
« Quel âge as-tu maintenant ? »
« J'ai trois ans. »
Layla me regarda un peu surprise, comme si mon apparence et mon âge ne collait pas ensemble. Quoi ? Bon, je savais qu'il n'existait pas de gamine de trois ans capable de parler aussi bien, aussi correctement et aussi mignonnement que moi.
« Je vois. Tu as déjà trois ans. On dirait hier que j'apprenais la nouvelle de ta naissance. »
Je ne l'avais pas remarqué quand elle l'avait dit sur le ton d'un vieux rongé par les remords, mais Layla semblait savoir qui j'étais depuis longtemps. Oh, bien sûr, elle pouvait le deviner rien qu'en me regardant. Malgré tout, j'avais l'impression que le ton de sa voix laissait entendre qu'elle connaissait ma mère aussi. Qui était cette femme, au juste ?
« Tu ne sais rien sur les circonstances de ta naissance, n'est-ce pas ? »
« Hein ? »
Elle souriait avec intérêt. Mais qu'est-ce qu'elle avait à sourire comme ça ? J'étais frustrée. En plus, Layla avait l'air indescriptiblement excitée.
« Tu sais des choses sur ta mère ? »
« Tu connais ma mère ? »
J'avais déjà envisagé la possibilité qu'elle la connaisse, mais était-ce vraiment le cas ?
Layla baissa son corps à ma voix. Elle s'assit et posa sa tête sur sa main ; cette femme était belle. Vraiment belle. Si on avait été sur Terre, elle aurait été repérée pour un film hollywoodien sur-le-champ.
« Personne ne t'a rien dit ? Je m'en doutais. Les gens ont tendance à penser que cacher les choses aux enfants est la méthode la plus sûre pour les élever. »
Je savais ce qu'elle voulait dire. Pourtant, elle était clairement sarcastique alors même qu'elle souriait si beau. Bon, elle n'avait pas tort. Je pouvais deviner pourquoi on ne me racontait rien sur ma mère, donc je ne pouvais pas tirer de conclusions à l'emporte-pièce. En fait, même moi je ne voudrais pas dire à un enfant la vérité cruelle sur ses parents. Si on brisait les rêves et les fantasmes des gamins, on méritait d'aller en enfer.
« Tu veux que je te le dise ? »
« Tu me le diras ? »
« Tu veux savoir ? »
Une voix douce, susurrée. Cette douceur rappelait celle de Dranste. On aurait dit l'appât du diable.