« Princesse, Seigneur Zavaikal risque de se sentir mal à l’aise. »
Je reculai d’un pas sous l’effet des paroles de , mais je n’en devins que plus curieuse. Pourquoi tenait-il tant à ne pas se marier ? Mon père était l’homme le plus égoïste et le plus effrayant que j’aie jamais connu, et pour tout dire, il avait déjà une fille adulte comme moi ; à moins d'être complètement folle, une femme hésitait avant de lui accorder sa main.
Pourtant, Assisi était célibataire, c’était un bel homme, sans compter qu’il passait pour un chevalier célèbre. Pourquoi, bon sang, pourquoi ?
« Princesse. »
Putain. Ma mère a toujours eu de la repartition.
J’avais l’intention de lui poser la question dès que détournait le regard, mais je compris que ce serait impossible. Ce que je ferais quand même, plus tard.
Je saisis ma tasse de thé et tournai les yeux vers Assisi. À y réfléchir, il m’avait semblé bien morose lors de notre première rencontre. Le Chevalier noir, à genoux en train de sangloter devant l’arbre d’hiver.
Jusque-là, je n’aurais jamais imaginé que ce soit lui qui deviendrait mon chevalier gardien.
Une drôle de coïncidence, en vérité. Pourquoi pleurait-il de la sorte à cette période ? Je savais bien qu’Assisi affichait habituellement des mines terne, mais je n’avais jamais daigné me demander ce qui pouvait bien le tourmenter au point d’être aussi abattu. De toute façon, je ne pouvais pas lui demander : nous n’étions pas intimement liés à l’époque.
Je ruminais ainsi un sujet inédit pour moi. C’est à ce moment précis que mon regard croisât celui d’Assisi.
Ses yeux, d’un vert tirant sur l’or…
Je ne les avais jamais quittés du regard, et à chaque fois, je me disais que cette teinte était d’une beauté et d’un mystère à couper le souffle. Et puis, leur limpidité était tout simplement remarquable.
« Assisi, donne tes mains ! »
Fixant les miens avec cette expression vitreuse, il m’arriva soudainement l’envie de l’embêter et de lui coller ma main sur la sienne. Je ne m’attendais guère à obtenir quoi que ce soit, mais il posa tout simplement les siennes sur les miennes d’une manière si naturelle que je fus prise d’un fou rire.
« Héhé, tu m’as vraiment offert tes mains. Tel un petit chien obéissant. »
Ce n’est qu’à ce moment-là qu’il eut l’air de comprendre que je le prenais pour tel. La figure d’Assisi vira au cramoisi, et j’eus l’impression d’en mourir de rire. La scène était tout bonnement hilarante.
« Tu sais donc offrir tes mains ? Bien garçon, Assisi. Bien garçon. »
Je tendis le bras pour lui caresser la tête, mais il rétracta précipitamment sa main, le visage encore embrasé.
Putain, comment diable pouvait-il être aussi adorable ? C’était vraiment le meilleur des chevaliers, à ceci près qu’il savait parfois faire preuve d’une roideur de mule.
Se moquer gentiment de lui est un véritable plaisir.
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