'Ça s'est passé l'année de mes trois ans, alors que j'allais sur mes quatre ans.'
'Quand la conquête de Praezia s'acheva, ne lança pas d'autres guerres. Lorsque l'empereur belliqueux cessa sa campagne, tous les pays voisins, qui tremblaient de peur, poussèrent joyeusement des « hourra ! »'
'Bon, c'est ce que j'aurais fait, moi aussi. J'aurais peut-être ajouté un truc et en fait un jour férié annuel. En disant : « c'est un jour à célébrer. »'
'En tout cas, contrairement aux pays voisins qui offraient autrefois un spectacle tragique, les réactions de notre noblesse étaient restées constantes. Six mois, c'était la limite, et dès que le roi ressentirait ne serait-ce qu'une pointe d'ennui, il irait à nouveau chercher l'odeur de la mort. Tsk tsk tsk, est-ce qu'ils y croyaient vraiment ?'
'… ce n'est pas une affirmation complètement fausse, mais tu sais…'
'Ça datait déjà de quatre ans. Contrairement au début de nos années paisibles, toutes sortes de spéculations couraient sur les lèvres de chacun : l'empereur aurait peut-être enfin retrouvé la raison. On disait que, peut-être, avoir une fille avait enfin éveillé l'essence de l'humanité en lui. C'est tout du bullshit, bien sûr.'
'Oh, qui a dit que mon père était humain ? Mon père était un dingue !'
« Assisi, tu sais pourquoi il a arrêté la guerre ? »
« N'est-ce pas parce que la princesse est née ? »
'… Non, je ne pouvais pas croire ça du tout.'
'Comment ce cinglé aurait-il pu renoncer à sa soif de guerre juste à cause de moi ? C'était absolument ridicule.'
'Alors que je faisais une grimace, Assisi questionna ma réaction. Je ne trouvais pas ça juste, mais je ne pouvais pas le dire à l'ingénu Assisi. Pour une raison quelconque, depuis le moment où j'ai rencontré Assisi pour la première fois, il m'avait considérée comme sa fille bien-aimée et innocente. Comment avait-il pu en arriver à une telle énorme illusion ?'
'Tout…'
'… Ce que j'avais fait pour survivre…'
'… Était à cause de mes…'
'… Mes efforts désespérés !'
'Assisi devrait se mettre ça dans le crâne !'
'Bon, Assisi ne savait pas que mon père m'avait serré le cou dès qu'il m'avait vue. C'était une façon très polie de dire qu'il essayait de me tuer. Je me souvenais que mon enfance avait été comme marcher sur des œufs. Si ce n'avait pas été moi, n'importe qui serait mort. Vas-y, moi !'
« Ça va ? »
« Heu ? Ah, ouais. »
« Tes jambes ne te font pas mal ? »
Je me tournai vers Assisi.
« Assisi, tu te rends compte que tu me demandes ça toutes les cinq secondes ? »
« … »
Assisi se tut. Il avait l'air gêné. Je ne pus m'empêcher de rire à la façon dont il détournait les yeux des miens.
'C'était sans effort de bien connaître Assisi. Comment pouvais-je être si claire ? Contrairement à n'importe qui d'autre, je pouvais le voir au travers si clairement, et ironiquement, c'était ça le problème. Qu'est-ce que je devais faire d'un homme si pur ?'