Après l'embuscade à la prison de Kaldoras, les gens ont recommencé à jaser sur Keitel. Tyran sanguinaire, roi fou de Soleil… on en a tellement parlé que ces rumeurs sont même arrivées jusqu'à mes oreilles. Bon, toutes les servantes en parlaient, donc impossible de ne pas les entendre.
L'affaire s'est un peu calmée quand Keitel a fait exécuter ou tuer tous les surveillants de la prison. Tous les fonctionnaires liés à cet incident ont été renvoyés. Quiconque portait une quelconque responsabilité a été condamné à mort, peu importe la raison. Grâce à cette exécution sanglante et impitoyable, la dignité de Keitel a encore pris un coup. Les gens ne voyaient plus en Keitel un père généreux élevant sa petite princesse.
Quelle vilenie inévitable. Non, une tyrannie.
« Ils sont tous inutiles. Comment ont-ils pu conserver leur misérable existence jusqu'ici avec une telle incompétence ? »
J'étais mal tombée ? J'ai entendu sa voix glaciale dès que j'ai pénétré dans la pièce.
Apparemment, la situation était assez grave. Les criminels détenus là-bas étaient pour la plupart des prisonniers politiques ayant commis des crimes de premier degré.
La plupart des ennemis de Keitel avaient été tués lors de son intronisation, mais ceux qu'on n'avait pas pu exécuter étaient restés en prison. Ce n'était qu'une rumeur, mais Keitel aurait fini par tous les tuer, si Ferdel ne l'en avait pas empêché.
« C'est comme ça depuis tout ce temps. »
« Ça me donne envie de tous les buter. »
J'ai pu sentir sa soif de sang profonde. Il était sérieux. Même son regard détestable était terrible. Ferdel a soupiré.
« Garde-les. Tu finiras par crever à la place. »
« Et si je commençais par te buter, toi ? »
« Tu ne le feras pas. Tes menaces ne marchent pas sur moi. »
Ils s'entendaient encore plutôt bien alors qu'ils avaient l'air en froid. Je suppose que c'est leur destin.
« Bref, tu devrais jeter un œil à ça. C'est d'Assisi. Il a réussi à abattre Praezia-Nord. Il semble que Praezia-Sud tienne encore bon. Les deux camps sont en confrontation depuis un mois déjà. »
« Et alors ? »
« Je te suggère d'aller faire un carnage là-bas et d'évacuer ton stress. »
Ferdel a suggéré ça, mais le visage de Keitel s'est raidi. Peut-être que Ferdel pensait que cette tempête sanglante venait de son stress. Ben, peut-être.
Cependant, il a décidé de rester ici à cause de moi. Quand même, c'est un père. J'ai ressenti un truc bizarre. Quand il a entendu mon souffle, Keitel a tourné la tête vers moi. Son regard lourd m'a atteinte.
« Papa ! »
C'était un regard similaire à celui de la fois où il avait essayé de me tuer, mais quand j'ai couru vers lui avec un grand sourire, les yeux de Keitel ont changé. Il a recomposé son visage.
« Ne cours pas. Tu vas te faire mal. »
Non, je ne me ferais pas mal. Tu n'as aucune idée depuis combien de temps je cours comme ça. Je courais, pensant que c'était rien. Cependant, à ce moment-là, mon orteil s'est coincé sur le seuil de la porte. Non ! J'allais tomber !
« C'est pour ça que je t'ai dit de ne pas courir. »
Avant que mon corps ne touche le sol, des bras solides m'ont happée. Hihi, c'est Papa. Bon, c'est bon. Même si j'étais tombée, il aurait été là pour me rattraper.
« Papa… »
C'est un homme si froid avec moi. Je ne savais pas pourquoi je lui souriais tout le temps.
Bah, je connaissais la réponse mieux que personne, alors passons.
Merde, je voulais juste survivre. Snif. Snif. Snif. Je m'en foutais d'avoir plus d'amour de sa part maintenant. Je voulais juste rester à ce niveau ! C'était là que je me sentais le mieux !
« Princesse, montrez-lui votre petit charme ! »
« Regarde, je suis mignonne ! »
En réponse à la voix de Cerera, j'ai porté mon index à ma joue et lui ai souri. C'était tout, et Ferdel faisait un raffut pas possible à côté de moi. Hé, je faisais pas ça pour toi.
« Wahou, tu es trop mignonne. Trop mignonne… elle est absolument adorable ! Si charmante ! Un si joli enfant ! »
C'est toujours un fanatique pour moi.
J'ai tourné la tête et regardé mon père à nouveau. Papa, c'était quoi cette expression ? Je faisais tout pour être mignonne juste pour toi. Il voulait crever ? Je lui donnais un truc, alors il devait m'en donner un en retour ! C'est tout ? Salaud.
« Princesse, regardez par ici ! Par ici ! Coucou, me voilà ! »
'Hé, j'ai arrêté de jouer à coucou, d'accord ? Tu devrais essayer un truc nouveau !'
« Princesse, Princesse Ariadna ! A-r-i-a-d-n-a~ ! »
Oh, franchement. Papa, il est trop relou. Il devrait faire quelque chose pour lui.
Keitel a soupiré et m'a soulevée quand j'ai tiré sur son vêtement. Je me demandais pourquoi… même s'il ne montrait pas vraiment son affection comme Ferdel, j'aimais encore plus Keitel. Je suppose qu'il était vraiment mon père après tout. Keitel attirait l'attention d'une façon ou d'une autre, donc mes yeux étaient irrésistiblement attirés vers lui. Bon, c'est une tout autre histoire quand il pète un câble.
Ferdel essayait d'attirer mon attention, mais il s'est vite affalé sur le canapé. Il avait l'air passablement déprimé.
Ouais, quel fanatique. Je pensais qu'il devrait m'aimer un peu moins que maintenant.
Il m'aimait trop.
« Keitel, pourquoi la petite princesse me déteste autant ? »
« Parce que t'es moche. »
Hein ? Mon visage s'est figé. Hein ? Qu'est-ce que je viens d'entendre ?
« Ah, c'est parce que je suis moche. C'est ça. C'est… non ! Donnez-moi une réponse sérieuse ! »
Ferdel a ri et a lancé le coussin à côté de lui. Bien sûr, Keitel l'a esquivé sans problème.
« Alors, peut-être parce que t'es pas attirant ? »
« Quelle est la différence ? »
Hum… peut-être le nombre de lettres ?