Ce n'était ni le bureau ni le jardin où elle m'avait menée. C'était sans doute la salle de réunion. J'avais toujours entendu parler de cet endroit, mais je n'y avais jamais mis les pieds.
J'entendais des voix au-delà de la porte épaisse et gigantesque. Debout devant la porte, j'avais l'impression de rapetisser encore. Pourquoi ce bâtiment était-il si grand ? J'étais complètement submergée par l'immensité du palais. Ces ornements délicats, et cette taille inutilement gigantesque. Je supposais que c'était ça. Le palais où se concentrait tout le pouvoir de l'empire ; l'endroit où se trouvaient les institutions politiques, y compris la résidence du chancelier. Je n'en avais seulement entendu parler. C'était la première fois que je venais au palais Podere.
« Votre Majesté, nous devons organiser une autre cérémonie… »
« Nous sommes reconnaissants que Sa Majesté mène lui-même la bataille, mais… »
« Mais c'est trop téméraire de s'y rendre immédiatement comme ça… »
J'ai glissé la tête par la porte qu'avait entrouverte la servante. À l'ouverture de la porte, mes oreilles se sont remplies de voix embarrassées.
'Qu'est-ce que c'est que tout ça ?'
En tournant la tête, j'ai aperçu Ferdel. Il se touchait la tête avec une mine embarrassée.
'Qu'est-ce qu'il a ?'
L'instant d'après, en voyant Caitel, j'ai compris le comportement de Ferdel.
'… Est-ce que je peux retourner dans ma chambre… ?'
« Mais le commandant des Chevaliers de la Lune d'Hiver est en grand danger. Vous devriez tous savoir que personne parmi les renforts n'est assez capable pour le remplacer… »
Ferdel continua sur un sourire. Il tentait de calmer le jeu,
« Même si nous prévoyions d'envoyer des renforts depuis trois semaines… »
« Nous avons encore besoin de nous préparer… »
Ça n'a pas marché du tout sur eux.
C'était ça, une « dispute de salon », hein ? L'atmosphère sérieuse m'a fait peur, mais ce qui était encore plus effrayant, c'était que la situation elle-même semblait avoir dépassé les bornes.
J'ai roulé mes yeux tremblants et me suis tournée vers Caitel.
'C'est flippant, putain de flippant.' Il regardait les hommes comme s'il allait en tuer un. Beurk, que ses yeux étaient terrifiants. Bien sûr, les autres avaient l'habitude de cette expression, mais à mes yeux, Caitel ressemblait à une bombe nucléaire qui exploserait au moindre contact.
« Nous sommes ravis que Votre Majesté mène cela, mais… »
« Le sens de cette guerre change quand Votre Majesté y va en personne… »
'Ça suffit, ces cinglés sont allés trop loin.' Ils ne voyaient pas qu'il est en colère ?
J'entendais la colère de Caitel monter. Oh, non. Il était vraiment furax. J'ai soudain eu l'envie de claquer la porte et de fuir.
'Est-ce que je devrais juste m'enfuir ?' C'était quoi, cette urgence ? Je faisais tourner mes méninges, et à ce moment les poings de Caitel se sont serrés fort.
« S'il me faut plus de préparation, alors quand suis-je censé les rejoindre ? Je suis quasi certain que le rapport disait que chaque instant compte maintenant. »
Sa voix grave était inattendument calme. J'avais encore plus peur de ce calme. C'est comme le calme avant la tempête.
« Quelqu'un veut bien expliquer ? »
La tête de Caitel s'est légèrement relevée. Ses yeux brillaient férocement.
'Ce ne sont pas des yeux d'humain.'
À cet instant, Caitel a souri.
'Attends, il sourit ?' Oh… mes lèvres se sont closes sans un mot. Papa, il était vraiment enragé. Il souriait pour se contenir ? Mais c'est encore plus flippant.
Il a prononcé les mots d'une voix basse, mais tout le monde s'est tu. La salle de conférence est devenue silencieuse, mais tous les nobles du pays semblaient assez courageux.
« Mais nous pensons que vous devriez vous préparer davantage… »
« Nous devrions refaire une cérémonie… »
« Surtout, nous devons penser à la dignité de cet empire et à la vôtre… »
Je me suis bouché les oreilles juste après avoir entendu ça.
'Ça va péter !'
Bam, le bruit de ses mains frappant le bureau a retenti, même avec mes oreilles bouchées. J'ai froncé les sourcils. Le bureau a été pulvérisé. J'ai juré de ne jamais, au grand jamais, m'opposer à mon papa. Ouais. Ma vie est trop précieuse.
En un instant, le sang qui gouttait de la main droite de Caitel a coulé sur le sol. Peu importe le rugissement qui a failli faire éclater les tympans de tous, le bruit qui a brisé le bureau, ou quoi que ce soit, tous étaient terrorisés par l'intention meurtrière que Caitel déversait.
« Alors vous irez tous au front et vous battrez à la place de mon Chevalier Noir. »
Les yeux de Caitel brillent dans le silence, où il n'y a même pas un souffle. Il a tordu les lèvres. Ce sourire ressemblait plus à de la dérision qu'à un sourire. J'ai avalé ma salive en silence. J'ai reculé lentement.
'Non.' Entrer là-dedans, c'était du suicide.
« J'attacherai vos corps sans valeur qui ne connaissent que la cupidité… »
Il n'y a pas eu le moindre murmure. Seul Ferdel a secoué la tête. Il avait l'air d'avoir déjà abandonné.
'Hé, qui lui a dit d'abandonner !' Arrêtez-le tout de suite !
« Pour les utiliser comme boucliers contre les flèches qui volent vers moi. »
'Putain, ce caractère !'
Avant que je m'en rende compte, son épée brillait dans la main de Caitel. J'ai senti mon cou devenir froid. Les yeux de Caitel luisaient froidement.
« Fermez-la, ou je vous coupe la langue à tous. »
'Maman, je veux rentrer maintenant !'
C'est comme ça que je devais avoir l'air de loin, et ces gens devaient être encore plus horrifiés. Cependant, la salle de conférence doit être une zone sans armes. Ah, mais ça ne pouvait pas être interdit parce que c'est une épée invoquée dès qu'il l'appelle.
Assez de fuite, j'ai sérieusement envisagé si je devais vraiment m'enfuir. Y entrer maintenant serait un suicide. Que faire ? Dois-je juste m'enfuir ? Dois-je repartir comme ça ? Dois-je revenir plus tard quand ce sera calme ?
Pourtant, je n'ai pas eu le choix dès le début.
« Princesse ! »
'Cet abruti !' Ferdel, qui jouait pendant la réunion, m'a fait un signe de la main.
'Hé, c'est poli de ne pas faire semblant de se connaître à ce moment-là, les bonnes manières, tu ne connais pas ?!'
Malgré mon rugissement silencieux, tous leurs regards se sont tournés vers moi.
'Beurk, ne me regardez pas !' Arrêtez de faire attention à moi ! Quoi que j'en pense, tous les regards étaient déjà braqués dans ma direction. Bien sûr, Caitel n'était pas une exception, dégageant trop d'intention meurtrière.
Ses yeux cramoisis me toisent. Coincée dans l'embrasure, je ne pouvais rien faire. Je croyais qu'il s'était pas mal adouci ces temps-ci. En regardant ces yeux, un souvenir m'est revenu. La tentative de meurtre de notre première rencontre.
Ce n'est pas un souvenir de premier baiser, c'est un souvenir de première tentative de meurtre. Tout est foutu. Je ne voyais pas la réponse.
'Dis-moi pas que tu vas me frapper aussi. Si ?!'
« Papa ! »
Il n'y a qu'une chose à faire pour moi dans un moment comme ça. À mon sourire, Caitel a durci son visage. Hein ? Est-ce que j'ai fait quelque chose de mal ? J'ai cru voir ses yeux sanglants s'adoucir, mais n'était-ce qu'une illusion ?
Il m'a regardée puis a détourné les yeux. J'ai eu l'impression qu'il m'avait ignorée. Quelque chose me semblait bizarre.
« Je partirai demain à midi, comme prévu. »
L'épée dégainée, Caitel s'est levé de sa chaise. Il avait l'air calme et semblait se foutre de ses poings ensanglantés et de son bureau détruit.
« Si vous avez une objection, suivez-moi. »
Il ne pouvait y avoir d'objection. Pas tant qu'il tient une épée comme ça.
Bien sûr, son épée avait disparu maintenant. C'était juste sous mon nez que Caitel s'est avancé droit. Bien sûr, je pensais qu'il viendrait vers moi, mais j'étais quand même un peu gênée quand il l'a fait.