Bien que je reste sur mes gardes, je continue de suivre les pas de la femme.
« … Tanya. »
Soudain, elle prononce un nom dans le vide devant elle.
Il n'y a personne… ? À peine cette pensée m'effleure-t-elle qu'une autre femme semble se matérialiser à ses côtés.
« Vous m'appelez, maîtresse ? »
« Mm, faites venir un médecin immédiatement. »
« C'est déjà fait. Nous attendons les ordres de maîtresse. »
« Ah, bien joué, Tanya…. Alors, qu'est-ce que tu veux faire ? »
La conversation m'est brutalement lancée. Ma seule réponse est la confusion.
« Ce que je veux faire, cela veut dire… »
« Nous avons déjà tout préparé, le médecin peut se rendre auprès de ton petit frère sans attendre. À présent, tu as deux options : soit tu me fais confiance et Tanya emmène le médecin vers ton frère tout de suite, soit tu viens d'abord à mon domaine ? »
Mon cœur bat la chamade sur l'instant. Pour être honnête, je ne désire rien de plus que de faire soigner mon frère par un médecin.
…. Mais.
« … Allons d'abord à ton domaine. »
Je choisis la seconde option. À ma réponse, la femme nommée Iris plisse les yeux.
« Eh bien, pourquoi ça ? »
« Je te l'ai dit, je ne suis pas assez naïve pour faire confiance à quelqu'un qui surgit de nulle part. J'irai où tu habites, et nous discuterons correctement de ce que tu as dit. Je ne vais pas abandonner mon frère si facilement. »
Après que j'ai exposé ma pensée avec franchise, elle se met à sourire pour une raison quelconque.
« Cette façon de réfléchir n'est pas mauvaise…. Si tu changes d'avis, dis-le-moi sur le champ. Ah, et ne t'inquiète pas pour les frais. C'est pour moi. »
« … Je comprends. »
Puis, nous recommençons à marcher. Au bout d'un moment, nous atteignons la rue principale. Elle monte dans une calèche garée sur le côté.
La calèche ne ressemble pas à un véhicule public ou de location, mais plutôt à sa propriété personnelle. Et bien qu'elle soit aménagée de manière simple, quiconque a l'œil verra immédiatement sa qualité haut de gamme.
…. Donc peut-être ne mentait-elle pas lorsqu'elle a dit être la dirigeante du Conglomérat Azura.
Alors que je rumine, elle appelle mon nom, et je reviens à moi.
Bien, alors… !
Je raffermis ma volonté, et monte dans la calèche.
Alors que le silence s'installe entre nous, le véhicule roule pendant une demi-heure environ. J'ai l'impression que nous sommes quelque part au loin, et je constate que nous sommes déjà en plein quartier des aristocrates.
Notre voiture pénètre dans un lieu qui paraît somptueux même comparé aux autres domaines de haut standing.
…. Hein ? La calèche continue d'avancer.
« Bienvenue à la Maison Ducale de la famille Armélia. »
« … Duc, sama ? »
À ses mots, je subis un nouveau choc.
À l'époque, je pensais que je n'approcherais jamais quelqu'un comme un Duc. Je n'avais jamais anticipé une telle situation.
« Eh bien, suis-moi. »
Je suis conduit dans le manoir par la femme.
Je pense pouvoir dire sans risque que si je devais rentrer à pied seul, je ne parviendrais même pas à retrouver la porte. Je me perdrais à coup sûr.
Avant que « cette personne » ne me prenne tout, ma vie d'avant était passablement aisée. Mais même ainsi, je n'ai jamais vu un château comme celui-ci.
Enfin, nous entrons dans ce qui ressemble à un salon.
Bon, du moins je ne devrais plus être choqué de sitôt. Je m'assois sur une chaise.
« … Tu t'es calmé ? »
« Tu crois que oui…. Non, est-ce que madame pense que c'est le cas ? »
Maintenant que j'y pense, je n'ai jamais vraiment utilisé de politesse en parlant. Dans n'importe quelle autre situation, on m'exigerait probablement des excuses…. Bon, si ça arrive, je ferai avec.
Cette personne veut probablement encore que je fasse quelque chose pour elle, donc je n'aurai probablement rien à faire pour l'instant.
« Tu n'as pas à forcer ton ton et ta façon de parle, apprends juste doucement à l'avenir. »
Bien que j'aie eu cette idée, je ne m'attendais pas à ce que non seulement je n'aie pas à m'excuser, mais que ma façon de parler soit acceptée.
Les aristocrates ne voient généralement même pas les gens du peuple comme des humains…. Plutôt comme des fourmis.
À cause de ça, je pensais qu'elle ne pouvait pas tolérer ma façon de lui parler.
« Ha…. »
La preuve, c'est que même si elle a dit elle-même que ça n'avait pas d'importance, la servante derrière elle me fusille du regard.
« … Hein, Tanya ? »
Mais elle semble l'avoir remarqué, et s'adresse directement à sa servante.
Puisque la maîtresse le dit expressément, il n'y a pas d'autre choix ? La servante soupire.
« … Oui, tout comme le dit maîtresse. »
« Alors, soyons généreux sur les mots. Ce que je veux que tu fasses maintenant…. N'est pas grand-chose. Pour le dire franchement, que dirais-tu d'apprendre d'abord l'étiquette appropriée pour ton futur travail ? »
« … Ha ? »
« À partir d'aujourd'hui, tu travailleras pour mon conglomérat en tant que ma main. En échange, nous t'aiderons à obtenir ta vengeance, et nous prendrons soin de ton frère. C'est une offre exceptionnelle, non ? »
« Ah. C'est trop beau pour être vrai, si beau que je deviens vraiment sceptique sur les clauses cachées. »
« Héhéhé…. Ce que je souhaite, c'est que tu fasses bon usage de toi-même après avoir rejoint le Conglomérat Azura. Quand ce moment viendra, je te donnerai des instructions. »
« J'ai le pressentiment que ces instructions seront assez redoutables. »
Du pain qui tombe du ciel a définitivement quelque chose derrière…. Je me demande quel genre d'instructions ce sera.
« … Je suis la dirigeante du Conglomérat Azura, la fille de la Maison Ducale d'Armélia, ainsi que la Représentante du Seigneur Féodal du Duché. »
L'entendre se présenter officiellement ainsi me fait frissonner malgré moi. Auparavant, je pensais que rien au monde ne pourrait plus me surprendre. Mais en l'écoutant, je reçois un sacré choc.
En y repensant, c'est déjà assez clair. Puisqu'elle vit dans ce domaine, elle possède le sang des Ducs d'Armélia.
Mais je n'aurais jamais imaginé qu'elle serait dans une lignée si directe, et encore moins qu'elle aurait la même autorité que le Duc lui-même sur cette terre.
Qui plus est, la fille du Duc d'Armélia est la femme qui a été excommuniée par l'Église il y a quelque temps, provoquant d'immenses troubles dans toute la région.
« Quant aux répercussions futures, je ne pourrai rien faire d'étrange ou d'inapproprié. Une partie de la raison vient de mon père, qui est Premier ministre. Plus important encore, je ne pourrais pas faire face aux citoyens de mon fief…. Et si je tramais quelque chose en secret, j'engagerais plutôt quelqu'un de plus habitué à ce domaine que toi. »
Bien que j'aie des questions sur la première partie de son explication, j'accepte la dernière.
En effet, elle pourrait facilement trouver quelqu'un d'autre plus qualifié pour faire ce genre de choses.
« … Tu t'en es rendu compte, n'est-ce pas ? J'étais celle qui a été excommuniée à l'époque. »
Je trouve difficile de répondre à cette question. Face à mon silence, elle se met à rire.
« Je vois au chat qui sort du sac grâce à ta réaction…. Le moindre de mes gestes sera suivi de près par tout le monde. Mon statut d'aristocrate rend les choses difficiles à accomplir. C'est pour ça que j'ai besoin de toi. »
Après cela, elle m'explique grossièrement ce que le conglomérat veut que je fasse une fois recruté.
C'est donc ça qu'elle voulait dire par utiliser mon prestige et mon pouvoir. Étrangement, j'accepte ses conditions.
« … Alors, acceptes-tu notre offre ? Si c'est le cas, je ferai soigner ton petit frère correctement par le médecin. »
Ainsi, je conclus le marché avec elle.